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Deux reporters expatriés à Juba, au Soudan, pour couvrir le referendum d'indépendance du sud du pays, le 9 janvier 2011.

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De l'argent, du vrai, de celui qu'on peut palper
dimanche 14 nov. 2010
Obtenir de l'argent frais à Juba, le casse-tête ultime

Samedi 13 novembre 2010, fin de matinée. Nous faisons face à une vérité simple, logique et implacable : on n'a plus d'argent, de billets, de cash, de biftons, etc., qu’importe le nom que vous lui donnez. Et pareil à un toxico, on est en manque. On a bien ce produit de substitution appelé carte bleue qui, une fois glissée dans un distributeur, permet, dans PRESQUE tous les endroits de la terre, d’avoir de l’argent. Mais à Juba, aucun de ces précieux distributeurs à l’horizon. 

Que faire ? A l’heure où nous écrivons ces lignes, nous n’avons pas encore trouvé la solution. Bien sûr, il y a les virements. Nous avons ouvert un compte à cet effet. Seulement, le transfert d’argent international par Internet est impossible (du moins ni chez la BNP, ni chez la Caisse d’Epargne). La solution : virer de l’argent de nos comptes français à un tiers qui irait ensuite dans son agence faire un virement sur notre compte sud-soudanais. Seulement voilà, c’est samedi (ok, on n'a publié le post que dimanche, mais quoi, au moins on ne triche pas sur les dates. C'est à cause de ce problème de connection Internet mentionnée dans un post précédent), les banques en France comme au Soudan sont fermées. Il faudra attendre lundi. Et encore. Apparemment, les détails bancaires de notre compte soudanais ne suffisent pas (du moins à la BNP et à la Caisse d’Epargne. Comment ça, je suis un délateur…).

Dans l’immédiat, on fait quoi ? Sans aucun billet en poche. Le consulat, bien sûr ! Il suffit de faire un transfert en ligne sur leur compte en France et le personnel à Juba nous rende l'équivalent en livre soudanaise sonnante et trébuchante. Bien pensé, mais non. Le consulat, lui aussi soumis aux mêmes contraintes, se fait livrer du cash directement par le Quai d’Orsay. Le consul, lui-même, demande à ses amis en provenance de Nairobi ou de Kampala de lui faire venir de l’argent frais ou prend sa voiture et fait l’aller-retour dans la journée pour retirer des billets, à Kampala.

Ravis d’apprendre que nous ne sommes pas seuls à être dans la m.... Mais on n'attend personne et on n'a pas de voiture !! Seul espoir sur lequel compter : Chris. Notre Christ à nous. Il bosse avec nous dans le collectif. Il travaille aussi pour une ONG américaine. Lui-même à court de cash, il doit demander sa paie de la semaine. Si c’est le cas, on aura de quoi voir jusqu’à lundi pour les virements. Et s’il n’est pas payé ? Reste l’aumône. Demander aux personnes que nous venons de rencontrer depuis quelques jours à peine de nous avancer de l’argent, en attendant de pouvoir les rembourser..

Que ce court récit ne soit pas mal perçu. Il n’est absolument pas question de jouer les pauvres. Dans un lieu comme Juba, on frôlerait l’indécence. Non, ce post est juste là pour rappeler que l’argent c’est d’abord du concret avant d’être du virtuel. Et que, décidément, l'argent est la drogue la plus dure au monde.

PS : Chris a reçu sa paie. Nous avons donc eu notre dose de billets. On respire mieux. Jusqu'au prochain manque.

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