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Deux reporters expatriés à Juba, au Soudan, pour couvrir le referendum d'indépendance du sud du pays, le 9 janvier 2011.

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16 heures de sueur, de poussière et de musique saturée
lundi 8 nov. 2010
Pour atteindre Juba, au sud du Soudan, nous avons pris le bus depuis Kampala, la capitale du Soudan. Une expérience, hmm, disons, particulière.

"L'important, ce n'est pas la destination, c'est le voyage." Mouais. On ne va pas dénigrer Robert-Louis Stevenson, mais après seize heures assis dans le bus qui relie Kampala, la capitale de l'Ouganda, à Juba, la principale ville au sud du Soudan, l'important est surtout d'arriver !

Le périple commence dès l'entrée dans le bus. Evidemment, nous sommes chargés comme des mules : un sac sur le dos, un deuxième sur le ventre, un troisième (contenant ordinateur et autre pied de caméra et donc fragile) à main. Il nous faut marcher sur des sacs de blé, esquiver les ballots de vêtements et enjamber les bagages des autres passagers entreposés à même l'allée du bus. Les soutes ? Toutes remplies par des régimes de bananes. Et oui, la liaison Kampala-Juba (un peu plus de 600 km) est fortement empruntée par les marchands ougandais qui viennent vendre leurs produits sur les marchés de Juba.

Résultat, à peine installés sur nos sièges (n°44 et 45) au fond du bus, de grosses gouttes de sueur, déjà, ruissellent un peu partout sur nos visages. Il est 22h30, assis, il ne reste plus qu'à attendre que le sommeil nous prenne. Dommage, le chauffeur a un tout autre projet.

Il lance sa compil' des tubes (du moins on suppose). Mode sonore réglé sur : "J'organise ma première boum." A fond, donc. Avec clip-vidéo à l'appui. Et alors là, autant vous dire, que Jay-Z, P-Diddy et autre 50 cent, c'est vraiment des petits, très petits joueurs. Jamais vu autant de liasses de billets et de déhanchements aguicheurs que dans ce bus. Une véritable orgie de bling-bling. Jusqu'à une heure du mat'. L'astuce habituelle des chauffeurs pour se tenir éveillé. Perdu, on a appris plus tard que cette avalanche sonore n'était pas la règle de tous les conducteurs.

Pas loin de deux heures du matin, l'effort physique n'est plus qu'un lointain souvenir, la musique s'est tue (mais elle reviendra nous hanter), le moment de se reposer un brin est arrivé. Et bien non, toujours pas. Cette fois c'est la route qui s'y met. Au revoir voies bitumées, bonjour chemins de terre. Et avec lui son cortège de poussière et de trous. On n'est plus au temps des premières boums, mais dans celui des premiers pogos, à valdinguer de droite à gauche mais sur son siège.

Entre deux secousses, on arrive à grapiller quelques minutes de sommeil. Au petit matin, la frontière approche. Le premier pour signifier que l'on quitte l'Ouganda. Un peu d'attente, mais pas de souci particulier. Second arrêt : l'entrée au Soudan. A la sortie du véhicule, un officiel demande à vérifier le contenu de nos sac et demande qu'on le suive. Coup de stress. Surtout que  nos ordinateurs sont restés dans le bus. Et s'il partait sans nous? On nous fait asseoir sur un lit (qui fait office de siège) en face d'un bureau. Finalement, celui qui doit être le responsable, jette à peine un coup d'oeil sur nos passeports et nos autorisations de circuler au Sud-Soudan. On peut partir sans autre formalité...

Retour au bus donc. Retour de la musique, aussi... Mais avec la lumière du jour, le paysage, mélange de rouge (la route) et de vert (la végétation car le sud du Soudan possède un climat équatorial), saute aux yeux. Les huttes font aussi leur petit effet. A travers les fenêtres, à ce moment là, on se laisse happer et on le concède : Stevenson n'a, peut-être, pas tout à fait tort.

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