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Trois semaines anglaises en Mayenne
lundi 19 déc. 2011
Venir s'installer dans la campagne française, beaucoup de familles anglaises ont fait ce choix. Un pari dans lequel elles engagent leur futur, certaines pour le meilleur, pour d'autres c'est plus compliqué.

En Angleterre, habiter à la campagne est un défi plus dur à relever que celui de déménager dans la campagne française. Le nord-est de la Mayenne est très prisé et la ville de Goron, « Little England », en est un bon exemple. Les recherches d'un rythme de vie plus relâché, d'un environnement plus sain et plus respectueux de la nature et des enfants en amènent à sauter le pas. Ce rêve est-il à la portée de tous ? Pendant trois semaines, j'ai vécu avec une famille anglaise et ses 4 enfants âgés de 16 mois à 3 ans. Le sevrage de la société de consommation appelle à quelques sacrifices. En arrivant en Fance, comment l'inconnu est surmontable ? Quelles peuvent être les conséquences d'un échec d'intégration ?

Parti d'Angleterre il y a 3 ans, le couple avait pour idée d'offrir un meilleur mode de vie à leurs enfants. Tous les deux comptables, l'exercice de leur métier peut continuer grâce au télétravail. La maman, Mary, est à Londres la majeure partie de la semaine pour travailler auprès des clients. Lors de ses retours en France, elle passe encore beaucoup de temps devant l'ordinateur pour finir ses dossiers. Le papa, Bill, veille au grain et travaille aussi en tant que comptable, à distance.

Entre deux couches changées, il occupe son temps libre à développer et maintenir l'activité agricole : l'ancien corps de ferme est occupé par cinq chèvres, cinq moutons, deux cochons, des poules...

Tendre vers l’autosuffisance en gardant la société de consommation

Pour arrondir les fins de mois, Mary se consacre aussi à la vente de cosmétiques aux particuliers. Elle bénéficie d'une clientèle anglaise nostalgique de ces produits anglais et bon marché. Environ 400 euros par mois au détriment du temps passé avec ses enfants. Mary profite aussi de ses allers-retours pour se ravitailler à prix anglais (plus bas qu'en France) dans les supermarchés ASDA (chaine de distribution type Carrefour). Des produits frais, aux nombreux gâteaux, aux brosses à dent sans oublier d'importantes quantités de viande, c'est le panier de commissions typique de la semaine. Une surprise pour des personnes qui affichent leur volonté de consommer local, raisonnablement et en autoproduction. Les habitudes de la famille sont difficilement compatible avec ses ambitions :

On trouve des paquets individuels de chips consommées presque chaque jour par les enfants en rentrant de l'école (le repas plus nourricier qui suivra est souvent délaissé).

Les entames des pains de mie sont jetées au compost.

La viande est servie à presque chaque repas.

Les cadeaux de Noël discutés avec l'aînée depuis novembre iront encombrer la salle de jeux délaissée.

Les ampoules restent allumées : « Ce sont des ampoules économiques ! »

Le sèche-linge fonctionne même par temps propice au séchage gratuit : « C’est plus rapide ».

Pour « rassurer les chiens », la télévision reste en fonctionnement.

L'eau n'est pas considérée comme précieuse et la pompe du puits est en attente de réparation depuis plusieurs mois.

Occupés par la télévision toute la journée, les enfants reçoivent une éducation qui suit la même logique de consommation. Habitués aux aliments fortement gras, salés et sucrés, leur dépendance à la malbouffe est avérée et la tranquillité des parents assurée.

Pour diminuer le coût élevé de ce style de vie, la famille a trouvé une solution : le bénévolat

A la question : que vous apportent les bénévoles ?

Après une longue réflexion, Bill explique : « Je crois que c'est surtout du temps. Les travaux avancent plus vite et être à deux pour un travail est de temps en temps indispensable. »

- Cela se résume uniquement à un gain de temps ? (en essayant de lui tendre une perche)

- Je suppose que c'est aussi une affaire de différence culturelle. Mais c'est davantage de gain de temps dont il est question. Ça a peut-être un peu changé la manière dont nous vivons.

- Si vous aviez une baguette magique quel serait votre unique réalisation ?

- Gagner à la loterie ! Ainsi, nous pourrions acheter tout ce qui est nécessaire pour finir le projet.

De la dangerosité de l'amateurisme

Le projet final de ce couple est vague. Bill dit vouloir un mode de vie « plus relaxe » et orienté vers l'autosuffisance. Pourtant, les grandes phases de développement sont inconnues. Pour l'instant, la production maison de volaille aux aliments industriels les satisfait. C'est le premier pas qu'ils ont franchi dans leur marche vers l'autosuffisance. Pas moins de 30 poules, poulets et canard peuplent la ferme de manière hasardeuse : de la petite cabane laissée dehors pour un coq, à la sombre écurie exiguë dont le bois qui était stocké là n'a pas été retiré, on les met où il y a de la place. Certains vivent à plusieurs dans de petites cages. Le choix, dénué des considérations pratiques d'un éleveur, tue les plus faibles. Par exemple, aucun perchoir n'est prévu pour faire dormir les poules. Pendant ces trois semaines, plusieurs sont morts et il n'était pas rare de trouver des cadavres aux alentours.

C'est dans des livres, petits guides pratiques, que Bill et Mary apprennent à construire cabanes et cages. Ils suivent à la lettre les indications sans mises en application adaptées. Le plaisir procuré par le « hobby farming » justifie ces précipitations.

La modernité au service de l'éducation des enfants

Afin de continuer à travailler sur ses dossiers, jouer au poker ou à des jeux vidéos, Bill laisse les enfants devant la télévision. En discutant avec lui du trop de temps passé par ses enfants à ne rien faire devant le petit écran, Bill confie que cela lui rend bien service en lui procurant plus de liberté.

La petite de 16 mois est toute la journée dans son parc, devant la télé, surveillée par son père qui lui tourne le dos pour faire face à son écran. A l'heure du repas, Timoty, 3 ans, est récupéré à l'école pour profiter de la maison l'après midi. Sa présence ne change rien aux activités de son père et il erre dans le salon pour finir lui aussi devant la télé. A quelques occasions, Bill me rejoignait pour vérifier mon avancement et prendre un peu l'air. Les enfants restaient alors sans surveillance. Plus rarement, les « bébés » comme ils les appelaient, passaient la journée dehors avec nous et le plus vieux jouait dans la ferme délabrée. Timoty n'a pas manqué de se faire mal en tombant alors qu'il explorait les lieux dangereux. Timoty a des problèmes dans son développement, à 3 ans il ne parle pas. Les parents expliquent en sa présence que c'est parce qu'il est « fainéant », même raison invoquée pour le port des couches. En trois semaines, je n'ai jamais vu une tentative de soulagement sur le pot.

Une responsabilité parentale ou collective ?

Les parents essaient de faire de leur mieux sans se rendre compte de leurs erreurs. Débarquée en France, la famille à pu accéder facilement à la propriété et redémarrer sa vie. La sphère de la vie privée transparaît peu souvent dans les relations que nous avons à l'école avec les autres parents ou au boulot avec nos collègues. Qui peut se douter de la réalité profonde qui nous anime ? A-t-on envie de s'y attarder, de s'en mêler, de comprendre et d’aider ? La télé compense notre manque d’interactions humaines, ses émissions nous donnent à voir des plus idiots que nous, alors pourquoi avoir de l'ambition ? Dans une société plus inquiète de son prochain, plus ouverte à l'autre, un tel isolement ne pourrait exister. Abandonnés à leurs difficultés, les Smith sont de bons consommateurs et participent à la croissance économique. Leur dépendance à un système malsain s’accroît, le PIB grimpe, les enfants trinquent !

Retrouvez tous les articles sur Nous sommes autrement.

Notes de l’auteur :

- Pour protéger la famille, les noms sont fictifs,

- Je suis entré en contact avec l’école pour que Timoty rencontre le psychologue scolaire avec ses parents et surveillerai l’évolution de sa prise en charge.

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