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Partir ou rester : le cul entre deux chaises
mercredi 10 avr. 2013
Après une année et demi de changement de vie, petit moment de doute

Il y a deux ans, je m'engageais dans une démarche radicale pour redonner du sens à ma vie et écrivais « Tout quitter pour se retrouver ». Fatigué de suivre un chemin à l'horizon noir et aux haltes douloureuses, j'enfourchais un vélo pour explorer ce qui m'attirait. Au début c'était un voyage sans argent, tellement dégoutté par tout ce que ça signifiait pour moi, je voulais rayer la monnaie de ma vie. Avec seulement 30 euros dépensés certains mois, j'ai pu reconsidérer ma relation avec ce moyen d'échange si loin de nous même. De rencontre en rencontre, à force de remises en question incessantes, j'ai pu redonner du sens à ma vie, entrevoir la réalisation de mes rêves. Dans le même temps, la question du choix du groupe restait en suspend. Pour commencer, dans quel monde le choisir ? Celui peuplé d'alternatifs où celui d'où je viens, plus conventionnel. Jusqu'ici, je n'ai en fait pas choisi et suis resté entre les deux. Aucun des deux choix n'est aisé, d'un côté je renonce à mes valeurs, rejoins la majorité et retrouve des relations plus apaisées (par exemple, mon père m'a demandé de ne plus revenir chez lui). De l'autre, je respecte pleinement mes idéaux, offre ma force de travail exclusivement là où cela me semble juste et m'expose aussi à l'incompréhension et aux refus des plus nombreux.

Sans argent de côté et dans des types d'activités peu rémunératrices, pour pouvoir vivre, je me dois de trouver des lieux où je peux être nourri, logé et blanchi. Des espaces collectifs ou familiaux avec une intimité que je ne peux briser et qui me contraint à ne pas m'éterniser. Avant de pouvoir s'établir, bien souvent, les membres de ces groupes ont chacun, ou tous ensemble, connus de nombreuses difficultés : trouver un terrain, construire des habitats, gagner de l'argent, partir, quitter, en pâtir de la jalousie et de la méchanceté des autres, avoir froid et très froid... Ce choix de vie est difficile et au cas où on l'oubli, la dureté de la vie est là pour le rappeler. Alors bien sûr, quand je me sens bien quelque part, c'est très délicat de m'intégrer, je suis potentiellement une menace pour la survie du groupe. Et si je pose quand même la question et que j'essuie un refus évident, comment en vouloir à ces personnes qui sont souvent encore dans la précarité, ces personnes qui commence à peine à goûter aux fruits de leurs années de patience ? Comment en vouloir à cette poignée de résistants qui s'est usée et se frotte encore à la machine infernale qui nous envoie droit dans le mur ?

De passage en aôut à Clermont-Ferrand

Ce qui commence à me faire peur, c'est que je commence à en vouloir à tous les autres. Quand je suis à vélo et que le conducteur d'une voiture « m'as tu vu » me double, en faisant ronfler son moteur pour envoyer ces gaz d’échappement à ce hippie stupide, je me dis : « quel connard ! ». Quand quelqu'un se plaint de ses conditions de travail tout en s’empiffrant de salade « Bio » Made in Espagne où les ouvrières donnent chaque jour un sens à l'esclavagisme moderne, je me dis : « putain, c'est mal barré ! ». On me raconte souvent toute la difficulté que représente la jouissance de quelques hectares de terre et voilà que deux heures plus tard, je galère face au vent sur mon vélo. Je suis sur une route qui coupe deux énormes champs sans un seul arbre sur l'un desquels une moissonneuse-batteuse équipée de chenilles récolte le maïs. Si, si ça existe ! Si nous ne sommes même pas capable de constater un problème quand on produit de la nourriture avec des moyens quasi-militaires et un acharnement qui n'a de limite que la technologie, là je me demande si : « il y a véritablement un espoir ? ».

Il y a quelques années, un ami est parti rejoindre les indiens du Chiapas pour les aider dans leur lutte. Une partie de lui voulait en découdre. Contrairement à moi qui était resté relativement dans les clous, lui en avait bavé avec cette société. Je crois qu'il avait la haine, la haine de tous ces cons et la haine de lui même au devant de ses responsabilités. Aujourd'hui aussi, je dois avouer que j'ai la haine. La haine d'une humanité qui n'a de cœur qu'a se détruire et la haine envers moi qui ne suis pas capable de réellement me tirer où je pourrai enfin être accepté.

Loin de me consoler, comme en témoigne cet vidéo, nous sommes de plus en plus nombreux ainsi :

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