Blog des Citoyens en Transition

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Nowhere : juste un festival ?
jeudi 19 juill. 2012
Un des principes du petit frère européen de Burning Man est de ne pas laisser de trace. Exception faite de celles laissées dans l'esprit.

Nowhere c'était trois semaines dans le désert à vivre une des expériences les plus intenses de ma vie, si ce n'est pas la plus forte. Alors que je quittais un village occupé dans les Pyrénées, je me suis confronté à la dure réalité espagnole. Régions pauvres et conservatrices, difficile de trouver un endroit où dormir en frappant à la porte des gens. Pour les locaux, j'étais un touriste qui voulait voyager pas cher en demandant refuge dans leur jardin. La réponse était la même : allez donc au camping, ce n'est pas loin. C'est ce que j'ai finalement fait après avoir décidé de mettre mes objectifs de côté. Enfin, après cinq jours de transit, au bord de la nationale 131, me voici perdu. Peu confiant de par mes dernières difficultés, j'ai manqué d'organisation pour établir ma route. Dans ces cas-là,  la technologie et l'argent sauvent la mise et j'ai pu retrouver le chemin grâce une connexion à Internet par téléphone qui m'a coûté un bras. Ironiquement, alors que la connexion était très lente, un homme s'est arrêté spontanément pour m'aider.

  

Je suis arrivé en fin de journée sur le lieu du festival, deux containers et une douzaine de personnes plantaient le décor de ce qui allait devenir un des rassemblements les plus singuliers de l'été en Europe. J'ai retrouvé JB, un ami de longue date qui dormait sous la bâche installée pour apporter un peu d'ombre et de soulagement. Nurse, un des organisateurs que je connaissais vaguement était là lui aussi. Deux personnes pour un peu de repère dans cette nouvelle vie qui s'annonçait pour trois semaines, toutes les autres restaient à connaître.

 

Pendant environ 8 jours, nous avons accueilli les nouveaux bénévoles, construit des structures de plusieurs mètres de hauteur, certaines d'une centaine de mètres de long. Sans le réaliser, à une cinquantaine de personnes, principalement à la force de nos bras et de notre volonté, nous nous sommes créés un espace à notre image. Une prouesse rétribuée par l'unique satisfaction de participer à quelque chose qui ressemblait à une partie de chacun de nous. En travaillant énormément pour aider au mieux de mes capacités, j'ai aussi gagné la reconnaissance de ces nouvelles têtes, une certaine notoriété. Avec des accents en tous genres et ma maîtrise de l'anglais toute relative, difficile de comprendre et d'être compris. Difficile donc de briller par ses paroles, le travail était un bon moyen de trouver ma place. Sans calcul, tout cela s'est déroulé naturellement, je me suis beaucoup investi sans en mesurer les effets.

Crédit photo : SuckMyRock http://www.suckmyrock.com 
Crédit photo : SuckMyRock

Puis le festival a démarré. Les premiers arrivants des camps, créateurs de projets artistiques s'affairaient tandis que nous réglions les derniers détails et les accueillions dans ce qui leur servirait de zone d'expression. J'ai rejoint mon camp, le « Pillage Village » et là aussi, il fallait tout construire. C'était bien peu de chose comparer à ce que nous avions réalisé juste avant mais pour ceux qui débarquaient sur une place vide, la quantité de boulot était relativement grande. Autre perception du début de cette nouvelle édition, l'arrivée de cette fille que j'avais rencontrée l'année dernière. Avant que tout commence, nous avons pu discuter, apprendre à nous connaître. Une bonne  nouvelle entrée en matière après avoir essentiellement partagé et provoqué des moments de folie dans le passé.

Entre petits travaux pour assurer la continuité des services et abordages des autres camps avec notre bateau pirate, je m'imprégnais de la nouvelle ambiance. D'une considération des autres acquise par mon travail, les interactions festives de plus en plus nombreuses prenaient le relais.
 

 

La bande d'adulte qui veut continuer de rêver passera son temps à jouer comme des gosses, elle est là pour ça, se rappeler qui elle est vraiment. Pendant toute une semaine, nous avons vécu dans un cocon. L'appartenance à la communauté rassurait et on se sentait en sécurité. De performances hasardeusement artistiques en rencontres psychédélique et riches, on se sent aussi très vite valorisé. D'aucuns diront que tout cela est artificiel, peut-être. Mais les sentiments ressentis à ces moments-là étaient eux bien réels. Pour certains, pour la première fois dans leur vie, ils pouvaient profiter d'échanges très directs au sein d'un groupe de personnes d'une taille encore jamais expérimentée. Dans leurs yeux et dans les miens, le bonheur d'être là car on se sent compris autant que l'on comprend se lisait en un coup de regard. Pendant toute une semaine, réunis autour de cette même envie d'offrir, partageant la même haute estime de l'humain, nous sommes allés au delà de nos différences culturelles pour illuminer l’événement et nous même.

Puis vint la fin des festivités, les pièces d'arts et les camps se démontaient encore plus vite qu'ils n'étaient apparus. Le camp des volontaires accueillaient tous ceux qui avaient besoin d'un dernier repas, d'une dernière nuit avant de reprendre la route. Acteurs du festival à part entière, ils avaient leur place parmi ceux qui jouaient des muscles pour ré-empaqueter les espaces communs gérés par l'organisation. Les "au revoir" n'en finissent pas, chaque jour des nouveaux départs, des derniers cadeaux et échanges de contacts car oui, on se reverra. Petit à petit, nous voici passés de près de 1000 personnes à une petite vingtaine pour les derniers détails : "euh, ça se range où ce tournevis ? - Dans le fond du container, derrière tout ce qu'on a déjà mis !".
 
 
Depuis quelques jours, la rumeur courait qu'une petite fête serait organisée sur la plage de Barcelone. Les camions de locations remplis, nous voici sur la route pour 250 km pendant lesquels nous apprendrons qu'il semblerait bien y avoir quelques rescapés sur la plage le soir même. Complètement fatigués par la route, les jours de travail sous le soleil et abrutis par l'ambiance citadine devenue étrange et inconfortable, un taxi nous amène rejoindre l'hypothétique soirée. En plein périphérique de Barcelone, à vive allure, entourés de béton, cette petite fenêtre de déplacement a des airs surnaturels. Sur la plage, c'est comme si tout Nowhere avait été transporté. Pendant toute une nuit, la conclusion la plus inattendue de ce festival a encore nourri l'âme de cette communauté.
 
Seul ombre au tableau, tout cela est éphémère. On monte et démonte à chaque édition, on utilise une quantité d'énergie folle pour y venir et y vivre, pas très écolo tout ça. Alors faut il aller plus loin ? 

Les personnes très impliquées dans les mouvements occupy, indignés, transition town... y sont très présentes. Elles discutent, parlent d'aujourd'hui, de demain et réalisent que beaucoup sont prêts ou ont déjà sauté le pas. A plusieurs reprises l'idée d'aller encore plus loin, vers une micro-société durable a surgi au gré des discussions. Un pas à franchir qui pouvait nous effrayer mais maintenant que nous sommes nombreux, avec la même volonté, nous signons peut-être là le début d'un nouveau "vivre ensemble".

 

 À l'année prochaine ! 
 
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