Blog des Citoyens en Transition

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Il y a 8 mois j'ai tout plaqué, premier bilan
mardi 8 mai 2012
Il y a 8 mois, je quittais mon boulot pour changer de vie. Dans 4 mois, je devrai choisir entre continuer cette vie ou reprendre l'ancienne. C'est le moment de faire un premier point.

6 expériences, 3 bonnes et 3 difficiles. J'ai choisi ce mode de vie car je ne voulais ni dépendre de la société dominante ni y participer. A la question, "mais pourquoi pars-tu alors que tu as potentiellement tout", je répondais qu'à vivre comme je le faisais, compensant un boulot stressant par une vie nocturne intensive, j'allais mourir d'un infarctus rapidement. Je tendais vers un mode de vie délirant pour satisfaire ma frustration grandissante. Trop curieux, j'en avais aussi trop appris sur les insanités de notre société et à long terme, seuls les antidépresseurs, l'alcool, le sexe, le chocolat, les joints ou la carte bleue, voire même tout à la fois auraient été éfficaces pour continuer.

Je me suis donc tourné vers plus de simplicité en mettant mon énergie à disposition de personnes ou de communautés qui œuvrent directement pour leur nourriture, leur toit ou leur environnement social. Pour autant, tout n'est pas rose quand sa vie dépend ouvertement des autres, du moins au début, il faut réapprendre à y voir clair.

Accepter l'inacceptable ?

Pendant 3 semaines, j'ai vécu dans une famille anglaise qui avait échoué en France. Il apparaissait clairement que ce changement de pays avait été davantage subi que choisi. La maisonnée respirait la frustration, la tristesse et le désemparement. L'éducation des enfants était dangereusement faible mais les parents s'en défendaient ardemment. Pour les animaux, j'ai pu voir ce qu'était la maltraitance. Mais vous me direz, qui suis-je pour juger de tout cela ? De quel droit, alors que ces personnes m'accueillent, pourrais-je me permettre de leur faire remarquer quoi que ce soit ? Pour la simple raison que j’entretenais leur dynamique, en restant, j'avais mon mot à dire. Après avoir beaucoup hésité, j'ai penché pour l'expérience plutôt que la fuite. Ça serait trop facile de ne visiter que des lieux sur lesquels il n'y a rien à redire. N'ai je pas quelque chose à apprendre à travers ces gens, quelque chose à apporter peut-être ? N'y aurait-il pas toujours quelque chose à redire ?

Dans ma vie précédente, l'inhumanité infligée aux enfants qui descendent dans les mines justifiant mon beau smartphone, je ne la voyais pas. Dans ma vie précédente, la maltraitance des poulets élevés en batterie que je mangeais au self, je ne la voyais pas. Pour autant, comme vous, je l'acceptais car je me sentais responsable mais pas coupable. Puis les réalités sont devenues trop voyantes, pour diverses raisons, je faisais partie de ceux qui ne peuvent plus se mentir au risque de péter un plomb. Réalisant mon impuissance face à cette machine infernale, je l'ai laissé continuer sa route pour entreprendre une vie aux conséquences plus palpables.

Chez ces Anglais, j'étais complètement immergé, en capacité d'agir directement sur les causes des malaises. J'ai pu leur faire part de mon ressenti, leur apporter un regard extérieur car à leurs yeux, en tant qu'individu impliqué dans leur famille et dans leur ferme, j'étais en droit de parler. Ai-je changé quelque chose ? Aucune idée, au moins j'aurais essayé.

Le cul entre deux chaises

Pendant 3 mois, j'ai vécu dans un lieu qui brassait une quantité de thunes énorme (environ 5000 euros par mois). Plus on dépense de l'argent et plus on dépend de la société qui s'appuie dessus, c'était donc à contre-courant de mes objectifs. Alors pourquoi je ne suis pas parti ? L'homme qui menait ce moulin est un visionnaire, d'autres diraient de lui que c'est un fou, moi je l'admire. Robin des bois des temps modernes, il prend l'argent des riches qui viennent dans son lieu et l'utilise pour redonner une vie à de vieux bâtiments. Plus important, il prend soin d'inclure des personnes qui ont un passé lourd, des abîmés de la vie, comme lui, pour leur donner une chance. Ses rencontres, son parcours et ses réussites lui ont permis de sortir la tête de l'eau, il est conscient de sa chance et veut maintenant la redistribuer.

Son idéologie est de gauche et il la met en pratique. Étudiant à Berkeley, il était fortement impliqué dans les groupes de penseurs gauchistes. Il en est revenu avec pour certitude que les paroles ne valaient rien si ceux qui les portaient ne les appliquaient pas à eux-mêmes. En venant en aide aux plus faibles que lui, il a résolument choisi de suivre ces préceptes. Si j'avais été radical dans l'objectif d'éviter la production et la consommation d'argent en masse, j'aurais repris la route. Finalement, je n'y ai jamais pensé et j'ai même prolongé ma présence d'un mois pour lui rendre service. Le monde ne se change pas d'un claquement de doigts ! Les révolutions éclair n'ont apporté que l'illusion du changement et ont été synonymes des pires violences. Tout effort de transition, tout isolé et différent qu'il soit, doit être considéré, réfléchi et confronté au reste. C'est la manière la plus constructive et durable d'entreprendre un renouveau de société. D'ailleurs, ceux qui suivent les principes de l'écologie, de l'anarchie ou du communautarisme terminent isolés ou dans le meilleur des cas, ouverts aux mêmes qu'eux. Les hippies n'ont jamais changé le monde.

Quel est le but de tout cela ?

Monter mon propre lieu, en rejoindre un, me présenter aux prochaines élections ? C'est sans importance. Ce qui compte vraiment, c'est que je suis fier de ce que je fais au quotidien. Je comprends le monde que j'influence et je lui laisse la possibilité de m'influencer à son tour. Je me sens responsable de la nourriture que je mange et du toit que j'ai sur ma tête et surtout, je ne me pose plus la question de savoir pourquoi je fais ce métier. Aujourd'hui, je me lève le matin avec envie, je suis en accord avec ce que je fais et en mesure les impacts. Quant au futur, je l'emmerde le futur ! J'ai fait tout ce qu'on m'a dit de faire pour avoir un futur, « un avenir ». J'ai des diplômes, des expériences professionnelles, tout ce qu'il faut pour être un mec « bien rangé ». Mais c'était une blague ! On ne m'a jamais demandé mon avis en fait. Avoir le choix entre avoir un salaire, un loyer et une nana et avoir un salaire, un loyer et une nana, je ne vois pas de différence. Finalement je n'ai pas de salaire, pas de loyer et pour les nanas... c'est un peu compliqué dans le bon sens du terme. Ce qui est sûr, c'est que cette fois je l'ai choisie cette vie et elle me plaît. Oui, c'est juste une question de choix.

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