Perspectives communes

Politique, art, société. C'était hier. C'est passé trop vite ? On y retourne ensemble, avec légèreté.

Syndiquer le contenu  Citablog de Fabuleux
Cahiers de vacances au PS
vendredi 23 sept. 2011
La rentrée de l'école primaire

L'été, période bénie qui immanquablement renvoie l'imaginaire à la plage, aux maillots de bain, au teint halé des plus chanceux et qui, malgré un temps maussade cette année, garde toujours cette incomparable saveur iodée fleurant bon les vacances et donc le repos.

L'occasion pour moi de vous faire une fracassante révélation: les politiques sont comme tout le monde, durant l'été ils se reposent. Oh, bien sûr, lors de cette estivale parenthèse le monde ne s'est pas arrêté de tourner puisqu'on y aura vu pêle-mêle Christine Lagarde prendre la tête du FMI, Standard and Poor's dégrader le sacrosaint AAA des Etats-Unis et Kadhafi éructer les derniers messages vindicatifs d'une dictature finissante, tandis que l'Europe étalait son manque de cohésion et de réactivité s'agissant de décider du sort de son mauvais élève: la Grèce . Autre fait marquant, le méthodique et froid carnage d'un homme malade qu'un racisme aveugle a mené à tuer des dizaines de ses compatriotes sur une petite île de la paisible Norvège.

Plus près de nous, une seule et vraie parenthèse politique: celle qui verra la native d'Oslo Eva Joly remporter haut la main la primaire d'Europe Ecologie Les Verts, au nez et à la barbe des sondeurs et de son rival Nicolas Hulot. Les écologistes confirment par ce choix leur ancrage à gauche, au moment même où les socialistes remplissent leurs cahiers de vacances en vue de leur objectif commun de la rentrée: les débats de la primaire du PS.

 

Pour ceux qui auraient raté le succès d'audience que fut le premier de ces débats, ou pour ceux qui se seraient endormis devant, voici votre séance de rattrapage. Avant de commencer ce grand oral, quels sont les enjeux pour nos six prétendants ?

Pour Montebourg, montrer que la verve reste son meilleur atout, et que ses idées sont les plus innovantes. Pour Baylet, faire acte de présence, étant entendu que sa participation ici ne fait que signifier l'absence d'un candidat du parti radical aux présidentielles moyennant un coup de pouce du PS au sénatoriales. Hollande lui est celui qui a le plus à perdre: devant dans les sondages, l'idéal serait que rien ne bouge, surtout vis à vis d'Aubry qui elle devra mettre en avant ses capacités de rassembleuse et promouvoir son programme face à celui de « François ». La donne est différente pour Valls, qui devra démontrer à l'électorat traditionnel du PS qu'il est réellement de gauche malgré ses thématiques sécuritaires longtemps dévolues à la droite. Quant à l'électron libre Royal, il lui faudra prouver qu'elle peut refaire son retard sur Aubry et Hollande et dynamiter le débat par ses coups d'éclats et positions iconoclastes.

                                                         

Il est 20h30, France 2 dévoile son plateau du soir, on s'est trompé de chaîne peut-être puisqu'à la vue des pupitres s'annonce un "Questions pour un Champion" spécial Guerre Des Etoiles... Non, tout va bien, point de Julien Lepers mais bien David Pujadas pour animer cette soirée de l'arc-en-ciel socialiste où tout le monde a eu la folle audace de s'habiller quelque part entre le gris et le noir.

 

On constate avec la première minute de « profession de foi » dévolue à chacun que les candidats sont assez crispés, et que pour la plupart ils récitent leur texte le souffle court: un exercice convenu. Fort heureusement, les 2h30 qui suivront vont être plus instructives sur les stratégies diverses des uns et des autres pour tenter de nous convaincre, tout en réussissant chacun avec plus ou moins de bonheur ce difficile numéro d'équilibriste consistant à respecter le programme officiel du PS (auquel chacun souscrit pour une large partie) tout en faisant entendre sa différence de style et d'analyse.

 

  • Montebourg essuie les plâtres en reprenant pour une large part les thèses économiques d'Emmanuel Todd et de Jacques Sapir: contrôle accru des marchés, mise sous tutelles des banques, protectionnisme de la zone euro.

  • Baylet insiste sur les aides aux entreprises, particulièrement les PME, appelle de ses vœux une Europe fédérale, puis fait vibrer sa corde sociale en réclamant le droit à l'euthanasie et la légalisation du cannabis.

  • Royal insiste sur sa stature d'ex-candidate aux présidentielles, puis égrène des propositions d'ordre général: réforme des banques et relance de l'économie, refus des hausses d'impôts, elle reprend les thèses économiques de Piketty, puis insiste sur les notions de respect, d'ordre social juste, de morale publique.

  • Hollande lui se montre bouillant, pour trancher avec son image d'homme mou, et dévoile sa priorité: la jeunesse, avec notamment son projet phare des « Emplois d'avenir » ainsi que la création sur 5 ans de 60 000 postes dans l'enseignement. Tout en annonçant que les réformes seront indexés sur la qualité de la croissance, et donc qu'il est plus proche du sage gestionnaire que du Père Noël.

  • Valls non plus n'est pas le Père Noël, puisque son credo, c'est le remboursement de la dette, qui nécessitera beaucoup d'efforts. Comme ses camarades il souhaite une réorganisation des rythmes scolaires, et, plus aventureux, détèrre l'idée d'une TVA sociale, idée qui avait pourtant coûté cher à la droite aux législatives de 2007. Il se rallie également à la règle d'or, proposée en son temps par Royal et par le gouvernement aujourd'hui et insiste surtout sur l'immigration contrôlée et sur la sécurité, son terrain de jeu habituel.

  • Aubry va elle un peu chasser sur le terrain de Hollande: les jeunes (création de 100 000 emplois jeunes, stages rémunérés, refonte de la formation des enseignants) puis se présenter elle aussi comme une gestionnaire avisée et prête à une réforme fiscale d'envergure, notamment sur les niches mises en place par la droite (en supprimant par exemple les emblématiques heures supplémentaires défiscalisées). Elle rejoint évidemment le programme PS en évoquant un blocage des loyers (comme Montebourg) et en insistant sur la nécessité d'un contrôle accru du système bancaire.

 

Le tout se fait dans un climat où le niveau général est d'assez bonne tenue, voire de qualité, même si force est de constater que les divergences de vues entre les uns et les autres sont finalement plus que fines. En effet, tous ou presque s'accordent en choeur sur la nécessité de mieux contrôler les banques, de trancher avec la présidence Sarkozy, de réaménager l'organisation de l'Education Nationale, de chercher la croissance voire la compétitivité: c'est bien le programme du PS qu'on nous demande de goûter, chacun l'assaisonnant à sa manière tandis que MasterChef se termine sur la chaîne concurrente.

En laissant mijoter le débat contradictoire, d'abord très poli voire polissé, on arrive quand même à voir affleurer quelques notes piquantes: tout le monde invite Baylet à fumer son cannabis tout seul, vu que finalement la drogue c'est mal, et le duel attendu entre les deux favoris Martine et François prend un peu d'épaisseur: Aubry critique la promesse d'Hollande d'un équilibre des comptes publics en 2017 dans un contexte pourtant incertain, critique sa mesure phare des Emplois d'Avenir qu'elle estime coûteuse et enfin le fait qu'il ne s'engage pas à une sortie du nucléaire.

Hollande la piège sur l'EPR de Flamanville, projet qu'elle concède ne pas souhaiter abondonner, puis exprime indirectement le fait que la présence de Martine à ce débat est dûe à l'absence de DSK, eu égard au fameux pacte de Marrakech conclu entre les deux.

                                                                   

Finalement, qui sont donc les gagnants et les perdants de cette soirée?

  • En premier lieu, on peut affirmer que le PS en sort plutot renforcé par la qualité formelle sinon politique du débat; les amateurs de sieste auront également pu y trouver leur compte, grâce à la langueur de l'émission.

  • Valls et Montebourg ont pu profiter d'une exposition médiatique supérieure à leurs standards habituels, placés à égalité avec les ténors du parti.

  • L'économie libérale a semble-t-il gagné de nombreux adeptes, si l'on en croit les références nombreuses au remboursement de la dette, à la recherche de la croissance et de la compétitivité: le PS s'annonce moins à gauche qu'en 2007, d'autant qu'aucune référence n'a été faite à l'extrême gauche, grande absente de la soirée malgré les concepts économiques de Montebourg, là ou Royal et Valls ont fait des appels du pied très francs au centre et au centre-droit.

  • Royal a perdu le plus dans la bataille, en troisième position des sondages, c'était à elle de bousculer le débat, de provoquer des remous, de créer la surprise, ce ne fut pas le cas.

  • L'Europe également n'a pas gagné grand chose, puisque si Baylet s'en réclame, ses camarades n'ont pas souhaité l'évoquer, alors que le contexte international semble nous y contraindre impérieusement.

  • Quant aux deux favoris, on ne peut que décréter le match nul: Martine Aubry s'est montré certes offensive vis à vis du programme d'Hollande, mais s'est surtout obligée à afficher ses qualités de première secrétaire rassembleuse en reprenant les propos des uns et des autres, tandis qu'Hollande s'est montré plutot vif pour se défendre, et n'a finalement été qu'assez peu attaqué par les autres: la courtoisie ambiante a joué en sa faveur et il reste donc pour le moment le favori des sondages.

 

Nos six candidats ont donc plutôt bien travaillé cet été, même si on attend un peu plus de moments forts et un peu moins de convergence pour pouvoir trancher de manière claire lors du prochain débat du 28 septembre à 18h sur I-Télé, Europe 1 et LCP. Si ce n'est pas le cas, le troisième débat du 5 octobre risque lui de rassembler un auditoire confidentiel et lassé.

Premier tour du scrutin le 9 octobre, ouvert à tous les sympathisants de gauche.

0 Commentaire

  • Avant de poster vos commentaires, merci de bien vouloir prendre en compte la charte des commentaires .
  • Il n'est plus possible de réagir sept jours après la publication de l'article.
  • Si un commentaire vous parait douteux (insultes, xenophobie, publicité ...) merci de nous le signaler en cliquant sur le lien "Alerter"

Vos réactions

Sur Facebook

Les autres billets

<div class="fl_title">Cahiers de vacances au PS</div><div class="fl_txt">La rentrée de l'école primaire</div>
<div class="fl_title">Une sombre histoire de Luc</div><div class="fl_txt">Au royaume des aveugles silencieux.</div>
<div class="fl_title">Citizen Kahn</div><div class="fl_txt">D'Orson Welles à DSK, scènes de la mort politique.</div>