Poésie en présence

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Polis Poetica
mercredi 12 sept. 2012
Manifeste pour une Cité poétique
Un jour, derrière la caisse du Merle Moqueur, j’ai trouvé une petite brochure en libre service. Il s’agissait à la fois d’un recueil anonyme et d’un appel à un réveil des esprits et des plumes pour des lendemains qui rimeraient enfin à quelque chose. Les illustrations parlaient du Grand Soir, de Louise Michel, du futurisme russe. A la fin, un lien vers un blog, Polis Poetica, sous-titré « plateforme libre d'insurrection poétique - Piattaforma libera d'insurrezione poetica ». Sur le blog, on trouve des poèmes, en français et en italien, signés Volodia (diminutif de Vladimir) en hommage à Maïakovski.
  
 
 
Anaïs Bon : Qui êtes-vous, Volodia ?
 
Volodia : Aussi bien le blog que la brochure sont anonymes. Cela fait partie de ma démarche qui vise à refléter le caractère universel et collectif du sujet, à savoir le souffle poétique, composante indispensable de la vie et de la transformation de la Cité.
 
Polis Poetica, la cité poétique... est-ce à dire que la poésie peut avoir un rôle politique ?
 
Oui, la Poésie a en elle-même un rôle politique, et cela depuis Homère ! L’histoire de la littérature et de la poésie sont indissociables de celle de la Cité… mais sans prétendre ici en faire l’histoire il suffit d’évoquer les avant-gardes du XX siècle qui ont puissamment participé aux bouillonnements politiques, voire aux mouvements révolutionnaires de leur époque.
Les exemples sont légion. Pour ma part je suis très attaché au futurisme/constructivisme russe, mais les poètes ont été partout (en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne, aux Etats-Unis) l’âme intense de mille batailles. La Polis Poetica s’inscrit dans cette filiation pour participer aux combats d’aujourd’hui.
 
Pensez-vous que la poésie puisse avoir aujourd'hui la même audience (et partant, la même influence) qu'au temps d'Homère ou même au début du XXème siècle ?
 
Sous forme musicale, son audience n’a jamais été aussi grande !
Paradoxe, bien sûr, compte tenu de la « fragilité » de tellement de textes de chansons, contraints par les impératifs marchands de notre époque.
Mais sous cette invasion je décèle le signe, le marqueur d’une nécessité. L’âme humaine veut s’exprimer en toute circonstance et quand cela est nécessaire elle est capable de déborder toutes les soumissions.
Le cri poétique est la première et la plus indispensable des manifestations de l’âme et  je ne doute pas que la beauté et la force de la Poésie soient les moteurs éternels de ce qui rend l’homme « humain ». Aujourd’hui comme il y a un siècle, dix siècles ou trois millénaires.
 
Rodchenko  
 
Pouvez-vous m'en dire plus sur votre démarche : le blog, la brochure, d'autres productions peut-être ?
 
Oui, il y a d’autres productions dans la même lignée, des prolongations du même projet politico-artistique.
J’ai écrit cette année deux pièces de théâtre, qui aspirent à « donner concrètement à voir et à entendre » LE NOUVEAU REALISME POETIQUE. Leurs titres : BELLEVILLE OPERA et CUISINES PAR TEMPS DE CRISE.
Ce que je voudrais maintenant ? Réussir à les monter pour susciter d’autres, nombreuses et talentueuses, vocations à l’insurrection poétique !
Mais qu’elles soient montées ou pas, je vais continuer à écrire. Car dans la situation présente il s’agit de jeter de belles bouteilles à la mer pour qu’un jour, qui sait ? Elles touchent quelques fructueux rivages. Merci à vous de m’y aider par l’intérêt que vous portez à cette démarche.
 
Avez-vous des comparses, des camarades ?
 
J’ai écrit les textes tout seul, bien sûr.
Pour la musique (car il y a des chansons), c’est un ami et camarade qui la compose. Celle de BELLEVILLE OPERA existe, celle de CUISINES PAR TEMPS DE CRISE (que je viens de terminer) pas encore…
 
Est-ce que la vie à Belleville nourrit votre poésie ?
 
C’est vrai pour quelques poèmes et naturellement pour BELLEVILLE OPERA, une pièce riche des situations du quartier.
Mais l’ensemble je le dois plutôt à l’éternel élan poétique – de tout temps et de tout lieu- pour une « plus grande » humanité. Internationalisme, disait-on…
  
 
Est-ce que vous travaillez de la même manière en français et en italien, à l'intérieur de ces deux langues ? Que vous apporte ce bilinguisme ?
 
Les idées viennent à moi dans l’une ou dans l’autre langue, selon une logique qui doit bien exister mais qui m’échappe. On pourrait dire « poétiquement » que c’est le texte qui choisit la langue dans laquelle il souhaite être traité… On pourrait dire aussi, plus simplement, qu’il n’y a pas de règles !
Quant au travail il est toujours le même : vivifier ou transgresser la langue à l’aune de sa propre mélodie intérieure…
 
Quand avez-vous créé la Polis Poetica ? Quel fut le déclencheur ?
 
En novembre 2010. Le déclencheur de la Polis Poetica ? C’est une longue histoire, en effet l’histoire de ma vie… et cela s’écrit difficilement !
 
Comment définiriez-vous votre style ? Quelles sont vos inspirations, d'un point de vue formel, en poésie ?
 
Pour le style, je n’ai pas de définition sauf ce à quoi je tends : « la simplicité qui est difficile à faire » (Brecht).
Exigence dans le rythme, la mélodie, les mots… pour aboutir à un texte que « la cuisinière chère à Lénine » doit pouvoir comprendre et ressentir intimement, si non dans tous ses niveaux de lecture, au moins dans son approche générale.
Je poursuis une recherche personnelle et à priori peu visible car elle varie selon les textes ; parfois cela concerne les vers, parfois les strophes, parfois le nombre de mots, parfois leur type … j’installe souvent des contraintes qui me sont propres ! ou alors c’est la liberté…
 
Rythme, mélodie... vous arrive-t-il de faire entendre vos textes à haute voix ?
 
D’abord je les lis toujours pour moi-même à haute voix (pendant la composition et jusqu’à en être suffisamment satisfait pour publication), puis oui parfois à d’autres (très peu et très proches).
 
 
Qu'est-ce qui vous a donné l'idée (et l'envie) de constituer la brochure ? Où peut-on la trouver ?
 
L’idée était de donner un (petit) cadre théorique aux textes et surtout de dire à d’autres artistes : allez-y, faites, créez de l’utile… le vrai utile, celui qui se situe en dehors de la marchandisation, au plus près de la vie !
Vous croyez à tout cela mais vous n’osez pas car vos voix sont faibles, noyées dans le bruit assourdissant de la vacuité marchande… alors rappelez-vous ! d’autres l’ont fait à des moments bien plus durs de notre histoire, donc chacun et tous… on peut encore le faire.
En tout début d’année 2012 j’ai fait imprimer 500 brochures, dans la dernière imprimerie coopérative de Paris.
J’en ai mis (ou des copains en ont mis) en quelques lieux, comme le Merle Moqueur, mais la plupart je les ai données (ou des amis en ont donné) au gré des rencontres et du feeling.
Donc actuellement on ne peut pas en trouver, mais il m’en reste environ 200.
 
Est-ce que cette initiative a fait des émules ?
 
Pas que je sache… mais quand on jette des bouteilles à la mer, il est rare qu’elles rejoignent leurs destinataires.
Cependant, que serait la vie, et la poésie, sans bouteilles à la mer ?
 
Y a-t-il des poètes contemporains dont vous vous sentez proche, ou dont vous recommanderiez la lecture ? Des projets poétiques, au sens plus large, qui vont dans le sens de votre démarche ?
 
Juste un nom, celui du grand poète uruguayen : Mario Benedetti.
Son œuvre comme sa démarche poétique, musicale, théâtrale comme toute sa vie, ont été un exemple formidable !

 

Retrouvez la Polis Poetica sur http://polis-poetica.blogspot.fr/

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