Poésie en présence

Lumière sur la poésie comme pratique vivante

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Libre parole au Spoken Word
mercredi 1 août 2012
Une scène ouverte pour poètes polyglottes
Imaginez des poètes du monde entier, généralement anglophones, qui se retrouvent tous les lundis (ou un lundi sur deux l’été venu) dans un chouette petit bar, pour partager le fruit de leur labeur créatif dans une atmosphère de convivialité et de bienveillance absolues. Les gens s’écoutent, se sourient, se soutiennent ; on a l’impression qu’il n’est tout compte fait pas si difficile de faire société - c’est le miracle de Spoken Word Paris.
Ceux qui le souhaitent peuvent s’inscrire à partir de 20h pour clamer 5 minutes de poésie, de chanson, de prose, ou de n’importe quoi qui leur fait plaisir, dans n’importe quelle langue. On peut aussi venir simplement écouter poèmes et performances, trinquer, discuter – par exemple avec David Barnes, poète et créateur de Spoken Word Paris.
 
 
 « Les démarcations qui séparent la musique de la poésie sont entièrement arbitraires et la poésie sonore est exactement conçue dans le but de briser ces catégories. »
William Burroughs
 David Barnes - photo Marie de Lutz
 
Anaïs Bon : Pour commencer, peux-tu nous raconter comment est né Spoken Word ?
 
David Barnes : Quand je suis arrivé à Paris il y avait quelques soirées anglophones scène ouverte pour les musiciens dans le 6ème arrondissement et le Marais. J'ai commencé à dire mes propres poèmes là-bas. J'ai rencontré plusieurs personnes qui voulait faire la même chose et qui voulaient écrire, autour de la librairie américaine Shakespeare & Company, qui était encore gérée à l'époque par son propriétaire légendaire bohème George Whitman.
Je ne le savais pas mais ce que je cherchais, c'était une communauté d’écrivains. Et je l'ai trouvée à Paris parmi les anglophones attirés ici par la légende qui dit que Paris est l'endroit où il faut aller pour apprendre le métier et devenir écrivain. La légende du Paris bohème des années 20, 30... Et j'ai créé un atelier d'écriture dans la librairie et j'ai organisé Spoken Word en 2006 pour avoir un endroit où l’on puisse dire et écouter des poèmes. Ça n'existait pas, donc il faillait que quelqu'un le fasse. Et ça a grandi depuis.
 
Toi-même, quel type de poésie écris-tu ? Une poésie qui est faite pour être écoutée, ou qui peut être appréciée aussi à la lecture silencieuse?
 
Dans ma tête c'est écrit pour être entendu. Il y a des rythmes, ça s’arrête, ça recommence, avec le même ''timing'' que quand on dit une blague... J'ai eu quelques poèmes édités mais sur la page il manque quelque chose... Donc je préfère le spoken word, le mot dit, je ne suis pas vraiment un poète de l’écrit. Et j’ai plusieurs styles... mais mon préféré c'est quand quelqu'un dit quelque chose de vrai, nouveau, fort... qui te frappe comme le meilleur art peut te frapper. Pablo Neruda, Ginsberg, Rimbaud, Patti Smith, Carol Ann Duffy... font partie de mes héros.
 
David Barnes - photo Marie de Lutz
 
Qui sont les gens qui fréquentent le Spoken Word ? Ceux qui parlent et ceux qui écoutent ?
 
Les gens viennent de partout dans le monde, et la langue de la soirée est plutôt l’anglais. Il y a des Irlandais, Américains, Canadiens, Britanniques bien sûr, mais aussi des Scandinaves, des Japonais, des Africains, des Italiens, des Russes... et une minorité de Français. La soirée est ouverte à toutes les langues mais se déroule d'habitude à 90% en anglais. Les gens sont plutôt âgés entre 20 et 35 ans, mais il y a aussi des gens d’autres générations... même des poètes qui ont 70 ans de temps en temps... comme ça on a un vrai lien avec les générations de poètes qui ont commencé avec les poètes jazz et les beats (dans les années 50 - Kerouac, Ginsberg, etc. - ou 60). 
Il y a des étudiants/au pair, des jeunes qui travaillent à Paris, que ce soit pour un vrai travail ou un « day job » qui leur permet de rester. Et des gens plus bohème aussi. Les gens sont plutôt à gauche et très intéressés par le monde, la littérature, l’art, la philosophie, très intelligents et avec un haut niveau d'éducation (cf. la série de discussions que l'américaine Georgina Emerson a organisée sous le titre Unstrung Letters).
C'est une communauté très chaleureuse qui est prête à encourager tous les gens qui s’essayent à faire quelque chose d’artistique... sauf s’ils dépassent la limite de 5 minutes!
 
Que se passe-t-il quand quelqu'un dépasse la limite?
 
Ah! On sonne une cloche pour les avertir 15 secondes avant, puis à 5 minutes on sonne très fort, et s'ils ne respectent pas la limite on lâche les chiens de chasse... Le malfaiteur n’est jamais revu.
 
Est-ce qu'il se passe des choses étranges parfois ?
 
Par exemple on a organisé un match de boxe entre des poètes (2 mecs, 4 filles) pour décider de qui était le meilleur poète. Aussi un deuxième match de boxe qui n'était pas un vrai cette fois et qui est devenu burlesque. On a fait un Spoken Word sur la ligne 6 du métro et dans les catacombes de Paris. Un soir un poète a dit un poème silencieux, sans mots, mais avec un  regard très intense, qui a duré 5 minutes.  
 
photo Marie de Lutz
 
Quel est ton meilleur souvenir du Spoken Word ?
 
Le meilleur c'est quand quelqu'un me surprend avec un poème, ou une voix... que vraiment je suis ému et que je ressens que j'ai vécu quelque chose... que je suis changé par ce que le poète a dit. Chaque voix est différente. Et quand le poète se permet d'être vulnérable et de dire la vérité... on vit quelque chose. La poésie à ce moment là a le pouvoir de rendre la vie pleine de signification.
Et aussi, c'est souvent simplement ''good fun'' - un spectacle marrant avec les amis, comme une fête. 
 
Quels arguments pourrais-tu donner à un auteur pour l'encourager à venir dire un texte au Spoken Word ?
 
Vous allez rencontrer une communauté qui est là pour vous soutenir, et qui va tout faire pour vous encourager. Dans n'importe quelle langue.

Toutes photographies © Marie de Lutz, 2012  www.mariedelutz.com

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