Poésie en présence

Lumière sur la poésie comme pratique vivante

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Entretien avec Benoît Casas
jeudi 29 nov. 2012
de lui à NOUS

Benoît Casas se définit comme un « activiste disparate ». Fauteur de poésie en livres comme en performance, plasticien, photographe, Benoît est aussi un passeur passionné.

Son credo ? Lire, écrire, faire lire. Par exemple lors de sa résidence à la librairie le Comptoir des mots en 2011, en conseillant un livre par jour, et se donnant pour ambition de donner envie au grand public de découvrir la poésie. Comme auteur nourri de lectures. Mais surtout comme éditeur des Editions Nous , une bien belle maison qui tente de répondre à la question de Mallarmé : “véritablement, aujourd’hui, qu’y a-t-il ?”.
 
 
Anaïs Bon : Qu'es-tu surtout - poète ? éditeur ? lecteur ? photographe ? voyageur ?
 
Benoît Casas : Spontanément j'ai envie de répondre : je suis surtout le désir de ne pas lâcher sur la tenue plus ou moins simultanée d'un certain nombre d'activités. Je parle volontairement d'activités : j'écris de la poésie, je fais de la photographie, je ne dirais pas : je suis poète ou photographe. Je me revendique plus facilement lecteur et éditeur, peut-être parce que le je y semble plus en retrait, il y a d'emblée du nous. La lecture est ma passion la plus quotidienne, je n'envisage pas une vie sans lecture.
L'écriture, sous condition de la lecture, est de plus en plus centrale. J'aspire à une quotidienneté de la pratique : Jacques Jouet  et son Poème du jour tenu depuis 1992 est mon modèle sur ce point. Mais c'est mon travail d'éditeur qui est le plus prenant et qui a le plus de visibilité (notre travail, nous sommes 2). Pour beaucoup je suis surtout un éditeur. Et c'est très bien ainsi.
Le voyage et la photographie sont des passions plus spécifiques, pour l'heure plus intimes, et liées entre elles par un désir d'Italie. Je voyage et je photographie surtout en Italie, j'arpente chaque année le pays, constituant peu à peu une sorte d'encyclopédie subjective (photographique et inachevable) que je nomme Talia tour.
 

 
Puisque je s'efface derrière nous... raconte-moi l'histoire des Editions NOUS.
 
Il y a d'abord eu l'évidence du nom : Nous, le mot aperçu sur un collage. Avec cette idée qu'une maison d'édition, au fil de la constitution d'un catalogue, fait émerger quelque chose comme un nous, un nous en devenir.
Puis très vite la volonté que quelques auteurs soient de l'aventure : Roubaud, Badiou, Wajcman…et puis la détermination d'une double voie : poésie & philosophie. Et l'impératif d'éditer des traductions, de la poésie étrangère. Le tout associé à un souci de l'objet-livre : couleurs, papiers, polices, quelques principes simples et une volonté d'impact de la maquette. Les bases étaient posées. Les premiers livres sortent en 1999, à un petit rythme, alors que je suis encore libraire. Au fil des ans le catalogue s'étoffe, des amitiés naissent.
A partir de 2008 Patrizia me rejoint et le rythme s'accélère, nous ouvrons la porte à de jeunes auteurs, nous créons de nouvelles collections, participons à la création d'une revue tout en maintenant le cap initial.
 
Poésie et philosophie, cela fonctionne ensemble ?
 
Poésie et philosophie sont pour nous deux voies clairement distinctes. Il y a une tension entre poésie et philosophie mais aucune indistinction. Il est vrai que nous intéresse particulièrement une poésie qui pense ses opérations et une philosophie soucieuse de sa langue. D'où la création en 2007 d'une Antiphilosophique collection où se côtoient poètes et philosophes.
 
 
Comment définirais-tu ta propre écriture poétique ?
 
Question difficile. Premier constat : mon écriture est nourrie de lecture, de multiples lectures. L'écriture est une conséquence de la lecture. Je récolte des phrases, je les fais macérer, je taille et j'assemble pour dire ce que j'ai à dire (et dont je n'ai souvent pas la moindre idée avant de m'y mettre). Mon écriture est dense, serrée, le lexique est commun, le rythme abrupt. 
Je vise à la fois à une sorte d'intensité directe et de réinvention du simple.
 
Quelles sont les lectures qui t'ont le plus nourri ? te nourrissent le plus en ce moment ?
 
Mille choses. Quelques points saillants, au fil des ans : Borges, Artaud, Badiou, Mallarmé, Lacan, Hopkins, Roubaud, Zanzotto, Wittgenstein, Sanguineti
Mais aussi : Beckett, Dickinson, William Carlos Williams, Spinoza, Jacques Jouet, David Antin, Mina Loy, Giorno, Kerouac, Lucrèce, Scève, Tzara, Malaparte, Perec, Milner, Nabokov, Proust, Vittorini  … beaucoup d'autres.
En ce moment : Henry James, Haroldo de Campos, Cortázar, Foucault…
 
Que demandes-tu à un texte de poésie, comme lecteur ? Et comme éditeur ?
 
De l'invention, de la surprise, de la force.
Qu'il me confronte à quelque chose que je n'ai pas déjà lu.
Et une capacité à supporter des lectures successives, à ne pas s'épuiser.
Mais plus que tout sans doute : de l'intensité.
 
Selon toi, la poésie a-t-elle quelque chose a offrir au temps présent ?
 
C'est une question importante. Oui, je suis convaincu que la poésie a a quelque chose à offrir au temps présent. La poésie rend possible, nous met en présence, d'un autre rapport au langage, autre que ceux dans lesquels nous baignons tous plus ou moins : journalisme, économie, publicité : langues serviles, amputées, formatées. Ce que la poésie offre à chacun, au présent : une possibilité de réappropriation, de réinvention de sa langue; la confrontation à un langage plus large, plus précis, plus subtil, plus complet (la poésie est prise en compte de tous les paramètres langagiers : la voix, l'adresse, le rythme, la page, la mémoire, l'impact). La poésie est la vie de la langue.
 
 
Quelle est ton actualité ?
 
Côté écriture, un livre vient de sortir, chez Héros-Limite. Il est intitulé Envoi. Il s'agit d'un livre écrit à 2, avec un ami, Luc Bénazet, une sorte de conversation écrite tenue un an et demi, un livre fait de nos échanges successifs, des échanges en poèmes. La matière qui le constitue est très hétérogène, sans principe : voyages, épreuves, politique, moments réflexifs; quelque chose se tisse au fil des envois.
Côté éditions : Nous venons de sortir 3 livres et une revue, un livre photo d'Eustachy Kossakovski, 6 Mètres avant Paris , un livre de Slavoj Zizek , Lacan et ses partenaires silencieux , un petit livre politique, Communisme : un manifeste, du Collectif pour l’intervention et enfin le numéro 3 de la revue Grumeaux  : Violence.
 
 
 
 
Bibliographie de Benoît Casas :
 
L'Amant de Sophie, Prétexte, 2003.
Diagonale, Nous, 2007.
Il était temps suivi de Cap, co-édition wharf / Nous, 2010. 
Envoi (avec Luc Bénazet), Héros-Limite, 2012.
Pour suivre l’actualité des Editions Nous : http://editions-nous.tumblr.com/
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