La Bulle au bond

Rencontres et découvertes au Festival International de la Bande Dessinée

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Entretien avec Héloïse Guerrier, éditrice ibérique
jeudi 31 janv. 2013
A la rencontre des métiers de la BD

Héloïse fait partie de ces gens pour qui le FIBD ressemble à un marathon. Difficile de l’attraper entre deux rendez-vous pour partager un de ces fameux Cognac-Schweppes dont Angoulême a le secret... Profitons toutefois d’un moment de calme dans la belle tempête pour découvrir quelque peu son métier d’éditrice pour une maison madrilène.

 
Anaïs Bon : C'est quoi exactement, ton métier ?
 
Héloïse Guerrier : Je suis éditrice chez ASTIBERRI, une maison d'édition espagnole spécialisée dans le "roman graphique" (bon c'est de la BD hein, mais cette étiquette marketing marche bien ces dernières années).
En fait, comme c'est une petite structure (on est : les trois associés, moi, un graphiste, une correctrice et une comptable), il n'y a pas de divisions ou de départements dans l'entreprise comme c'est souvent le cas dans les grosses maisons (service presse, service des droits, édito etc...), et je touche un peu à tout sur la chaîne du livre, ce qui engloble des choses passionnantes et d'autres plus administratives et rébarbatives :  rencontrer un auteur pour parler de son projet (cool!),  préparer un contrat (argh), un dossier de presse (cool), organiser la présentation d'un bouquin (cool), comptabiliser les ventes annuelles (argh), présenter les nouveautés aux commerciaux (argh),  acheter ou vendre des droits (cool, surtout pour Angoulême),  informatiser le catalogue (argh) etc.
 
Héloïse Guerrier, éditrice pour Astiberri
 
Peux-tu me parler un peu d’ASTIBERRI ?
 
Ce sont des basques géniaux, passionnés de BD et très bûcheurs. Astiberri est né il y a 10 ans et au départ (je n'étais pas encore là, cela fait 4 ans que je travaille chez eux) c'était un peu la galère. Puis ils ont eu la merveilleuse idée de se lancer dans le roman graphique (en Espagne ça a mis un peu plus de temps à décoller qu'en France)  et ont fait un carton avec Blankets de Craig Thompson.  A l'époque on les a pris pour des suicidaires avec leur pavé à 35 euros (pas du tout dans les prix du marché de l'époque). Et puis finalement tout le monde a suivi...
 
Comment t’es-tu retrouvée à faire ça ?
 
Un peu par hasard, et surtout beaucoup par chance. Je m'étais trouvé un stage chez Delcourt dans le cadre d'un Master "Gestion des entreprises culturelles" de Sciences-Po (surnommé à l'époque le Master chômage), et là j'ai eu le déclic, ce boulot me plaisait.  Je rentrais d'une année passée à Madrid et j'ai donc cherché à la fin de mes études une maison d'édition en Espagne : j'ai alors commencé chez Sins entido, une toute petite maison d'édition à l'époque, qui publiait de petits bijoux en BD, et qui commençait juste à grandir un peu. Un gros coup de bol donc.
 
 
Que viens-tu faire au Festival ?
 
Je viens à Angoulême pour rencontrer des éditeurs et voir leurs projets en route (achat de droits) et, à l'inverse, leur montrer les nôtres (cession de droits). Mais c'est évidemment l'occasion de rencontrer et parler avec des auteurs, de voir ce qui se trame à la Maison des auteurs, sur les stands etc, et surtout de bien rigoler. Cette année on vient avec une petite bande de 6 ou 7 auteurs espagnols (qui publient déjà en France ou viennent montrer leurs projets) et on loge tous dans une maison d'hôte à 30 kms d'Angoulême, une ancienne grange réformée... Ça promet.
 
Vois-tu des différences importantes entre le monde de la BD en Espagne et en France (tant du côté des auteurs et des éditeurs que du public) ?
 
En France il y a vraiment une grosse industrie BD, bien implantée et depuis longtemps. En Espagne c'est en pleine croissance, mais les chiffres de production et de vente n'ont rien à voir. Et au niveau de l'image, la BD a encore du chemin à faire en Espagne pour être perçue comme un vrai media culturel adulte à part entière (j’entends souvent : "Mais la BD c'est un truc pour enfant non?" ou "Ah ok tu publies genre Superman"?). Il y a donc encore du boulot pour que la BD arrive au lecteur généraliste, pas forcément adepte de BD. 
 
Quel est ton (ou tes) chouchou(s) de la sélection officielle ?
C'est difficile... Déjà je n'ai pas encore tout lu... J'ai beaucoup aimé Le Nao de Brown, j'ai un gros faible pour tout ce que fait Frederic Peeters, les 23 prostituées de Chester Brown présentent un sujet vu et revu mais sous un angle totalement différent qui fait vraiment réfléchir, et Automne de McNaught est magnifique...
 
 
Depuis le temps que tu viens à Angoulême, as-tu des anecdotes croustillantes à partager ?
 
Des anecdotes... laisse-moi réfléchir... Je me souviens d'un Trondheim complètement déchaîné une année au Mercure, debout sur une table...
Et sinon, je me souviens particulièrement de la première impression que j'avais eue de mon premier Angoulême. Au fur et à mesure que les rendez-vous avec les éditeurs italiens, allemands, français ou anglais défilaient, les uns te saluant timidement, les autres avec une grosse tape dans le dos, certains supra-pros, d'autres t'invitant plutôt à une binouse au bar ; les uns avec leurs petites lunettes, les autres fashion ou carrément en jogging, je me disais... mais c'est pas possible on pourrait faire une BD de ce truc, chaque éditeur est la digne caricature de son pays!!
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