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Rencontres et découvertes au Festival International de la Bande Dessinée

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David Ratte: "Il n’y a rien de plus drôle que des choses dramatiques"
samedi 23 nov. 2013
Rencontre à Quai des Bulles avec l'auteur du Voyages des Pères et de Mamada

J’aime bien les éditions Paquet. De prime abord on ne comprend pas forcément le lien entre les différents choix éditoriaux – entre les prouesses aériennes de Romain Hugault, l’onirisme rock de Tony Sandoval et les mignons animaux d’Etienne Willem… - et finalement tout devient limpide : ces auteurs ont tous en commun beaucoup de talent, une vraie virtuosité graphique, de la personnalité, et d’être extrêmement sympas. La sortie de Mamada, époustouflante migrante (en librairie depuis le 13 novembre), premier tome des aventures d’une Himba de Namibie propulsée en plein Paris, a été l’occasion de rencontrer David Ratte, et d’essayer de le faire parler et dessiner en même temps.

David Ratte - Saint-Malo 2013 - Photo Guillaume Pilla

Anaïs Bon : Qu’est-ce qui t’ a donné l’envie de faire Mamada ?

C’était un défouloir. J’avais envie de parler des Himbas, et de super-héros plutôt décalés. Il n’y a aucun super-héro africain. Il y en a des Noirs-Américains mais ce sont généralement des seconds rôles. C’était l’occasion de traiter de la culture africaine et de la vision que les Africains ont de notre monde à nous, qui est plein d’illogisme pour eux.

C’est un peu la démarche des Lettres Persanes, l’exotisme renversé

Ce qui est intéressant c’est de voir ce qu’eux peuvent penser de nos choix. On a pris des directions contre-nature. Mon père est noir : je sais, ça ne se voit pas ! Mais du coup je me sens un peu de légitimité pour aborder le sujet. Même si je n’y ai jamais été directement confronté, je suis très susceptible sur ce qui peut paraître colonialiste ; quelque part je dénonce un peu ça aussi, c’est encore proche de nous.

Tu disais que cet album avait été un défouloir, mais par rapport à quoi ?

Par rapport à l’envie très primaire d’aller flinguer la vieille qui fait pisser son chien contre mon immeuble. C’était très amusant d’imaginer un personnage qui fasse ce genre de choses à ma place, qui aille zigouiller des chats pour les bouffer. C’était une manière d’exprimer ce que je pense de l’exagération dans certains domaines. Le rapport avec les animaux est complètement faussé, on est capable de les massacrer et en même temps on reporte un amour inconsidéré sur les animaux de compagnie. C’est symptomatique des dérives de notre société. Ce qui est amusant, c’est de se voir observés par ces gens qu’on a tellement été observer nous. Mais ça reste du plaisir, je m’amuse !

Qu’est-ce qui te fait rire dans la vie ?

Tout ça ! Tous les albums que j’ai faits sont des albums où je ris de sujets un peu sérieux. Il n’y a rien de plus drôle que des choses dramatiques. L’humour est thérapeutique. C’est une espèce d’exercice de style de faire de l’humour sur des sujets pas drôles sans heurter les gens, sans être dans la moquerie. Dans Le Voyage des Pères qui est mon autre série, je parle de religion, qui est un sujet compliqué. Pour moi ce qui était important c’était de ne pas me moquer des convictions des gens tout en arrivant à faire rire sur des sujets graves.

Techniquement, comment as-tu réalisé cet album ?

A l’ancienne, je l’ai entièrement fait au stylo bille sur papier aquarelle. C’est agréable le stylo bille, on gribouille, c’est moins stressant que l’encre où il faut avoir le geste sûr. J’avais pas mal souffert avec ça sur mon précédent album.

Je me rends compte avec le temps que je prends plus de plaisir à écrire qu’à dessiner. J’adore écrire des dialogues, je suis de plus en plus attentif aux dialogues dans la vie ou dans les films. Autant je ne suis pas obligé d’avoir envie pour dessiner, ça peut être automatique, autant pour écrire, il faut l’envie. Je n'écris pas de scénario, j'écris des lignes de dialogue, ça fuse...

Du coup tu n'apprécies pas spécialement de laisser le plaisir de l'écriture à un scénariste ?

Je l'ai fait pour trois albums chez Soleil, mais à part ça je ne sais pas si je suis fait pour travailler en groupe. Il y a une exception ceci dit : je suis en train de monter avec une amie un projet jeunesse de livre en format à l'italienne, on va sortir ça chez Paquet. Elle a travaillé sur un personnage ; raconter des histoires pour les enfants, ça, je ne sais pas faire !

 

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