La Bulle au bond

Rencontres et découvertes au Festival International de la Bande Dessinée

Syndiquer le contenu  Citablog de Anaïs Bon
La Cerise : 10 ans d'art libre
jeudi 7 nov. 2013
Rencontre avec Guillaume Trouillard, à l'occasion de l'anniversaire des Editions de la Cerise, et de la parution de Welcome, son fascinant dernier album

A l’ occasion de ses dix ans de création exigeante et très personnelle, La Cerise exposait dans le Palais du Grand Large planches originales, sculptures, carnets de voyage et autres invitations à l’imagination. Cela fait déjà plusieurs années que ses expositions dans le donjon de l'hôtel de ville d’Angoulême frappent ma curiosité : il était temps de rencontrer Guillaume Trouillard, maître de cérémonie de ce territoire laissé au rêve, et dessinateur de grand talent. D’autant plus qu’il présentait à Quai des Bulles un album non moins hors du commun que les précédents, étrange et poétique imagier du monde en place : Welcome, inventaire pour l'enfant qui vient de naître.

Guillaume Trouillard à Quai des Bulles -  photo G.Pilla

Anaïs Bon  : Comment sont nées les Editions de la Cerise ?

Guillaume Trouillard : L’aventure a commencé aux Beaux Arts d’Angoulême quand j’étais encore étudiant. On était un groupe de dessinateurs à avoir des choses en commun et à avoir le senti ment d’une identité forte qui s’était construite. On a grandi artistiquement ensemble durant ces années aux Beaux Arts, et on a élaboré un univers absurde et baroque qui méritait de perdurer. Il fallait permettre à toutes ces expérimentations de continuer. Je me suis pris en main et je me suis dit que ça valait le coup de pérenniser ça : c’est comme ça qu’est né le premier Clafoutis, comme un manifeste. Son objectif était de proposer quelque chose de différent, de décloisonner. Au fur et à mesure des années, certains sont restés, d’autre sse sont éloignés, comme Samuel qui travaille plutôt en volume, et la famille s’est agrandie.

Ce qui est frappant, c’est la cohérence de votre esthétique.

C’est l’objectif. Je n’ai pas spécialement envie de faire ce métier, d’ailleurs je ne le fais pas vu que je suis bénévole. L’idée est de se donner les moyens que ça existe, les moyens d’une autonomie artistique. Nous sommes une association. On a sorti 15 publications en 10 ans, dont un Clafoutis tous les deux ans. On sort les bouquins quand on a les sous, on ne fait pas de pari sur les ventes à venir.

Comment as-tu eu l’envie de réaliser cet ouvrage très impressionnant qu’est Welcome ?

J’étais en train de faire une BD de puis deux ans, j’en étais à la page 160 et je patinais. Il faut dire que je m’étais mis beaucoup de bâtons dans les roues en entreprenant de faire un livre muet réaliste de 300 pages. Quand ma fille est née, il m’est apparu comme une évidence que ce n’était plus possible. J’avais le sentiment de me forcer à faire de la fiction. J’étais en train de faire des chapitrages de ce projet-là sous forme de collections d’objets : c’est un récit post-apocalyptique et le personnage collectionne des reproductions industrielles d’animaux. La naissance d’Ariane a crée l’étincelle : il fallait que je m’attelle à ce travail-là sur toutes les choses qui me hantent. J’ai toujours été fasciné par les planches naturalistes. J’ai voulu élargir le travail des naturalistes et faire ça sur le 21ème siècle et le monde où grandira ma fille. J’ai pu plonger dans toutes ces notions que j’ai toujours abordées dans mes livres : le surplus, le simulacre, l’épuisement des ressources dans la profusion, la production industrielle infinie qui vient parler avec la variation infinie des formes naturelles. J’ai continué comme ça sur un an et demi. C’était très rafraîchissant parce que mon cerveau était libre par rapport à la réalisation d’une planche de BD, c’était beaucoup plus reposant à faire malgré le côté maniaque de moine copiste.

Est-ce que tu as appris quelque chose en le faisant ?

Plus ça va et plus je m’éloigne de tout ce qui est pop culture pour aller vers les cultures populaires. C’est la différence entre une culture industrielle qui provient des majors de l’entertainment et une certaine biodiversité culturelle. Je m’intéresse à tout ce qui vient des quatre coins du monde. La présence des indiens d’Amérique dans La Saison des Flèches est symptomatique de ça, mais ça se traduit aussi dans l’évolution de mes goûts musicaux.

Par quelles planches as-tu commencé ?

J’ai commencé par les missiles, et juste après j’ai dû faire les papillons. Le projet était très clair dès le départ. C’est comme si je me devais de faire un inventaire ou un état des lieux de là où je larguais ma fille. Je ne pouvais pas commencer par les fleurs. Et il y a cet intérêt formel pour la production industrielle, le sériel, qui est peut-être une des raisons pour lesquelles je fais de la bande dessinée. Quand je dessine un casque de CRS, c’est bien, mais au bout du troisième ça devient vraiment intéressant.

Il y a plusieurs expositions prévues...

J’ai essayé sur ce livre-là d’avoir des planches qui ne nécessitaient pas de traitement numérique, ce qui fait qu’elles se prêtent très bien à être exposées telles quelles.

Sortie de Welcome en librairie le 8 novembre

Retrouvez les planches originales de Welcome :

  • à la librairie l'Arbre à lettres Mouffetard - jusqu'au 30 novembre
    2, rue Édouard Quenu
    75005 Paris

  • à la librairie Atout Livre - jusqu'au 24 novembre - dédicace le samedi 23 novembre à partir de 17h
    203 bis, Avenue Daumesnil
    75012 Paris

  • à la librairie Libralire - du 15 novembre au 31 décembre
    116, rue St Maur
    75011 Paris

  • à la librairie éphémère de la Halle Saint-Pierre du 9 novembre au 5 janvier
    2, rue Ronsard
    75018 Paris

Mais aussi à Bordeaux, Toulouse, Bergerac et Rouen

Allez-y, ça vaut le coup d'oeil !

0 Commentaire

  • Avant de poster vos commentaires, merci de bien vouloir prendre en compte la charte des commentaires .
  • Il n'est plus possible de réagir sept jours après la publication de l'article.
  • Si un commentaire vous parait douteux (insultes, xenophobie, publicité ...) merci de nous le signaler en cliquant sur le lien "Alerter"

Vos réactions

Sur Facebook

Les autres billets

Et si la BD se mettait au vert ?
Où l'on voit un Goupil acnéique se trémousser dans du latex
Au hasard des rues
Rencontre avec Chloé Cruchaudet
Galerie photo : Quai des Bulles 2013