La Bulle au bond

Rencontres et découvertes au Festival International de la Bande Dessinée

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Une coloriste, qu’est-ce que c’est ?
dimanche 29 janv. 2012
Découverte en interview d’un beau métier du monde de la BD

Gamine, j’étais toujours intriguée par cette mention sur mes albums du Marsupilami : « couleurs : Cerise ». Ah bon, il y a une personne spéciale qui s’occupe des couleurs ? (en vrai Cerise est un studio). Un album de bande dessinée, c’est le produit de la rencontre de multiples talents. Au-delà du dessinateur et du scénariste, il y a le maquettiste, l’imprimeur, l’éditeur, le distributeur, jusqu’à votre libraire bien-aimé et jusqu’à vous, lecteur.  Il y a aussi, souvent, des artistes de l’ombre qui travaillent spécifiquement sur les encrages (pensons à Jidéhem et à sa collaboration avec Franquin sur Gaston Lagaffe) ou sur les couleurs. Drac, coloriste, a pris quelques instants en ce dernier jour de festival pour m’expliquer un peu son métier.

Drac, quels sont tes derniers gros travaux en tant que coloriste ?
 
J’ai travaillé avec Nancy Peña sur la suite de Tea Party, It is not a piece of cake. Et pour La Page blanche, j’ai assisté Pénélope Bagieu sur les couleurs. Parfois juste pour poser des aplats, parfois pour retravailler les ambiances… Mon degré d’intervention sur les planches sur lesquelles j’ai travaillé est variable ; ça fait 70 planches en tout, sur certaines j’ai juste rajouté une petite ombre, sur d’autres j’ai complètement retravaillé toute l’ambiance.
 
 
Comment devient-on coloriste ?
 
Déjà, il faut apprendre à utiliser un logiciel pour mettre de la couleur sur une planche, ou les techniques de mise en couleur traditionnelle, aquarelle, pastels…
 
Tu sais faire les deux ?
 
Je ne suis pas à l’aise avec la technique traditionnelle, c’est trop balèze. La deuxième étape c’est de se mettre en contact avec des auteurs qui préparent un projet, ou des éditeurs qui cherchent des coloristes.
 
Tu es plutôt coloriste ou illustratrice ?
 
Coloriste ! J’ai dû faire deux boulots comme illustratrice. J’ai mis sur mon site que j’étais illustratrice parce qu’il y a quelques années j’ai illustré des recettes de cuisine pour le site du pain Poilâne et que j’avais trouvé ça très chouette.
 
Tu as été payée en pain Poilâne ?
 
J’ai reçu un pain Poilâne géant, comme aç, c’était trôôôp bien.
 
Comment t’es-tu retrouvée à bosser sur Tea Party ?
 
Je crois que j’ai demandé à Nancy tout simplement. Elle avait fait des BD que j’avais surkiffées, comme  Le Chat du kimono, et quand j’ai appris qu’elle allait faire une BD en bichromie je lui ai demandé. Ou alors c’est elle. Je ne me souviens plus trop, c’est moche de vieillir. Enfin, l’une de nous deux a contacté l’autre, et dans un feu d’artifice de joie mutuelle nous avons commencé à travailler ensemble. Moi c’est hyper basique mon rôle, c’est juste de mettre les rouges là où elle me dit de mettre les rouges, c’est juste un peu plus technique parce que c’est de la bichromie, c’est pas de la quadrichromie.
 
Concrètement, ça change quoi ?
 
Avec la quadrichromie on peut reproduire toutes les couleurs, on dit quadrichromie mais en fait c’est des couleurs normales. La bichromie, là c’était noir et rouge ; c’est une question de couches dans Photoshop, en quadri je travaille avec des calques, en bichro avec des couches, C’est juste différent, quand on n’est pas habitué ça peut être effrayant. Moi ça m’a effrayée, je me suis renseignée, j’ai pris plein de notes, mais en fait c’était facile.
 
Quelle est ta marge de création sur un album ?
 
Sur Tea Party il n’y a pas de marge de création. Sur La Page blanche, c’était quand Pénélope me disait : « je te laisse carte blanche dans cette scène pour créer l’ambiance ». Sinon elle avait des idées d’ambiance qu’elle voulait que je décline. Par exemple elle avait fait une planche pour une scène, et comme elle n’avait pas le temps j’ai décliné la même ambiance sur les 4-5 planches suivantes. Sinon elle avait fait la première et la dernière planche d’une scène, et il fallait qu’il y ait une transition. Elle a fait la soirée et la nuit, j’ai fait la nuit qui tombe. C’était trop bien, j’ai adoré ça.
 
Donc en fait, il y a des moments de travail créatif, et des moments de travail plus méditatif
 
Moi j’aime les deux, mais j’aime de plus en plus les moments où je peux créer. J’ai plutôt commencé comme un robot et je vais de plus en plus vers la création.
 
Est-ce que tu conseillerais le métier de coloriste à de jeunes gens qui sont tentés par la BD ?
 
S’ils aiment le dessin, il faut qu’ils fassent du dessin. Mais c’est un bon moyen d’entrer dans le milieu, c’est plus accessible. C’est moins épanouissant que d’être auteur ou scénariste mais ça me satisfait bien parce que je n’ai pas une âme d’auteur au sens où je n’ai pas d’univers à partager, c’est trop laborieux pour moi, je n’ai pas assez de motivation pour surpasser la douleur de la création. Et puis j’aime bien travailler en équipe.
 
Tu n’as pas l’envie de faire un jour un album en solo ?
 
Mener de bout en bout un projet seule non, sinon je travaille toute seule chez moi et ça me va bien.
 
C’est long de faire les couleurs d’un album ?
 
Pour La Page blanche par exemple, c’était naturel et intuitif pour moi, je ne l’ai pas ressenti comme laborieux, plutôt agréable.
 
Tu as envie de poursuivre dans cette voie alors ?
 
Carrément ! A fond !
 
Tu as eu de bons contacts pour de futurs projets au cours du Festival ?
 
Oui, mais c’est peut-être un peu secret.
 
Alors, on peut devenir coloriste sans avoir fait l’Ecole Estienne ?
J’en suis la preuve vivante. Ce qui est hyper important, c’est le réseau.
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