La Bulle au bond

Rencontres et découvertes au Festival International de la Bande Dessinée

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Sérénade à trois avec les auteurs du Chanteur sans nom
samedi 28 janv. 2012
Discussion à bâtons rompus avec Arnaud le Gouëfflec et Olivier Balez, dont l’émouvant portrait d’un chanteur tombé dans l’oubli a été retenu dans la sélection officielle du Festival.

 

Vous êtes là depuis le début du festival ?

Olivier Balez : Non, on était à Paris pour le concert des 20 ans de Dominique A. Ça, c’est notre prochain projet. On aime beaucoup sa musique. C’était génial de pouvoir le retrouver à la sortie des loges et partager quelques bières.
 
Ouhlà, des révélations ! Encore un projet sur la musique ?
 
OB : Oui, c’est parce qu’Arnaud est musicien.
 
Du coup c’est lui qui a été à l’origine de toutes vos idées ?
 
Arnaud le Gouëfflec : Pour Dominique A c’est venu d’une conversation tous les deux, je ne sais pas comment on est arrivés à parler de ça.
 
OB : Pour Topless tu es venu avec une jolie idée sur un plateau : Topless comme la folie (quand on a perdu la tête), comme le strip tease bien sûr, et Topless comme la violence, le fait d’avoir la tête coupée. Arnaud a cette capacité-là de prendre une idée, qui l’emmène à une référence, et il déroule petit à petit cette pelote.
 
ALG : C’est une technique de pelote, nous sommes des tricoteuses !
 
Tu es musicien, alors ?
 
ALG : J’ai commencé par écrire des chansons, j’ai fait une dizaine de disques. C’était une façon de raconter des histoires. Après je suis passé aux bandes dessinées au gré des rencontres.
 
OB : Quand tu as fait Vilebrequin avec Obion, le personnage était cambrioleur mais il jouait de la trompette.
 
Comme le chanteur sans nom, un musicien pas très recommandable !
 
ALG : C’est l’influence du rock, qui est la musique que j’écoute le plus. J’ai toujours été fasciné par les excès du rock n’roll.
 
Qu’est-ce que tu écoutes le plus, en rock ?
 
ALG : Mon groupe de chevet c’est le Velvet Underground. Ils ont l’importance des Beatles, mais en plus underground.
 
OB : Quand Arnaud m’a approché pour Topless – je vis au Chili maintenant – j’ai vu qu’il avait fait un très bel article sur Tom Waits.
 
Quelqu’un qui aime Tom Waits ne peut pas être foncièrement mauvais.
 
OB : C’est ça.
 
ALG : Et pourtant son dernier album s’appelle Bad as me !
 
Et toi Olivier, tu es musicien ?
 
OB : Non, mais la musique est importante parce que quand on passe 8 heures par jour à dessiner on en écoute beaucoup. Il parait que j’ai une très belle voix, et j’ai le sens du rythme. Pour un album j’aime bien trouver une mélodie sur l’ensemble de l’album, une fois que j’ai fait mon story board en général j’affiche toutes mes pages comme une partition musicale et j’essaie de voir s’il manque des choses, ce qu’il faut ajuster. Je découvre la BD en la faisant. Je ne sais pas si c’est bien, mais je ne regarde pas comment d’autres ont fait, je cherche mes solutions. Par exemple les marges noires, cela signifie quelque chose. Ou quand on parle de notre amie Jane Mansfield sous forme de vitraux, qu’on dit que c’est l’égale d’une sainte. Moi je suis graphiste et illustrateur. Si je peux trouver un moyen de faire un flashback autre que l’éternel sépia, ça m’intéresse.
 
 
En matière de flashbacks, dans Le Chanteur sans nom, il y a de quoi faire ! D’ailleurs pourquoi avoir fait ce choix narratif, d’un aller-retour permanent entre présent et passé ?
 
ALG : Ce qui nous a intéressé c’est aussi la façon dont l’histoire nous est venue. Quand j’ai reçu après avoir cité le chanteur sans nom sur mon blog le premier commentaire que je cite dans l’introduction de l’album, je me suis dit : quelle drôle d’histoire, c’est une enquête policière.
 
OB : C’est ça qui nous intéressait, le mouvement de re-dévoilement de quelque chose qui était caché. Ce qui est s6ur c’est qu’une histoire chronologique ça aurait été dommage.
 
ALG : C’est un peu sa problématique, il a toujours fui, toujours été un peu dans la dérobade.
 
OB : Je me demande si ce n’est pas ça qui le rend attachant, il a conscience de ses méfaits. Son attitude laisse à penser qu’il le savait.
 
ALG : C’est pour ça qu’on a mis la phrase d’Aznavour en quatrième de couverture : « Il nous a donné bien plus qu’il ne nous a pris ».
 
OB : Moi, c’est un personnage qui m’a toujours été sympathique. Quand j’en parlais mes amis me disaient : mais non, il n’est pas sympathique du tout. Le paradoxe est là.
 
ALG : Pour moi l’histoire n’est intéressante que pour ça, elle ne le serait pas s’il n’était qu’attachant.
 
Avez-vous rencontré tous les témoins qui sont représentés dans l’album ?
 
ALG : Certains oui, pour d’autres c’est mis en scène. Aznavour par exemple, on n’a pas pu l’approcher, même s’il nous a donné son feu vert pour l’album. La dernière petite amie du chanteur sans nom on l’a rencontrée. La dame qui avait laissé le commentaire sur mon blog, on ne l’a pas rencontrée mais on a beaucoup échangé de mails. Sa fille on l’a rencontrée.
 
Il y a beaucoup de références dans l’album, de citations graphiques, les illustrations type Almanach Vermot par exemple
 
OB : Pour l’almanach Vermot, Arnaud me disait : tu devrais dessiner telle blague, mais je ne sais pas faire de dessin d’humour. C’est Blutch qui m’a donné l’idée, son personnage Blotch faisait beaucoup ça, faire à la manière des caricaturistes. C’est une manière d’envoyer une référence. Il y a des peintures murales aussi.
 
ALG : Beaucoup de photos de Brassaï aussi, on a repris la grosse prostituée.
 
OB : Mon dessin est un peu vintage, jusqu’au choix de la typo. Pour Topless j’ai pris la typo un peu érotique des Emmanuelle, pour Le Chanteur sans nom c’est une typo choc des années 50.
 
 
Comment travailles-tu tes planches ?
 
Je travaille essentiellement par ordinateur, mais d’abord case par case sur papier. C’est un peu dommage pour les collectionneurs mais ce qui m’intéresse c’est l’objet final, pas la planche. J ‘essaie de me rapprocher des maladresses des sérigraphies, des décalages de couleur, je viens rajouter de la matière comme si c’était Sali. L’ordinateur c’est un outil formidable pour ça. Mais j’ai envie de revenir à la gouache.
 
Avec le travail en case par case, ce n’est pas difficile de trouver la « mélodie »de l’album comme tu disais, de travailler sur le rythme ?
 
OB : Non, parce que je commence quand on a validé le story-board.
 
ALG : On procède vraiment avec un story-board complet de l’histoire.
 
Le personnage change pas mal de corpulence au cours de l’album.
 
OB : Oui je sais, mais pour le coup ce n’est pas voulu. C’est un peu comme John Difool dans L’Incal, qui n’arrête pas de changer.
ALG : Ça tient à l’élasticité du personnage.
 
OB : Je me suis inspiré des photos pour le dessiner mais je ne cherche pas l’exactitude.
 
ALG : Il est sphérique avec un loup noir, c’est un logo sur pattes, on peut le malaxer.
 
Alors c’est un logo en pâte !
 
ALG : Oui tout à fait !
 
OB : En plus il jouait avec un costume noir et une cravate bleu ciel, ça graphiquement c’est cadeau.
 
Il a une bonne tête, c’est pour ça aussi qu’il est attachant.
 

ALG : Sur les documents vidéo de l’INA que j’ai vus, il dégage clairement cette sympathie. Et c’était un excellent interprète, il avait une voix magnifique, un peu androgyne, avec des trémolos. Techniquement, pour les amateurs de chanson des années 30, c’est un grand artiste.

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