La Bulle au bond

Rencontres et découvertes au Festival International de la Bande Dessinée

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Il n’y a pas d’âge pour aimer Nob
samedi 28 janv. 2012
Entretien avec un auteur bourré de talent, et pas que pour les enfants

Au dernier festival d’Angoulême, j’avais eu un gros coup de cœur pour le deuxième tome des Souvenirs de Mamette , qui était en compétition cette année pour le prix jeunesse. Aujourd’hui j’ai eu le plaisir de pouvoir en discuter avec son créateur, le très sympathique et talentueux Nob.

 
Hier ça m’a fait plaisir, j’ai vu un petit garçon pousser de grands cris enthousiastes et courir pour attraper les Souvenirs de Mamette dans l’espace sélection jeunesse… Tu as de bons retours des enfants sur cet album ?
 
J’ai de plus en plus de bons retours. Ce qui est marrant c’est que sur Mamette, le premier public a d’abord été les adultes, et depuis que je fais Les souvenirs de Mamette les enfants apprécient de plus en plus. Pour des enfants, ça demande quand même d’être de bons lecteurs. Quand on me le demande j’ai toujours du mal à donner un âge de lecture ; je connais des parents qui lisent les albums à des enfants de six ans, de manière très vivante, en montrant les dessins. Sinon je pense que c’est plutôt à partir de dix ans.
 
Avec Mamette, tu étais en rupture avec la plupart des albums jeunesse et de ce que l’on peut lire dans Tchô ! : des histoires pour enfants dont les héros sont des enfants. Une petite vieille, ça détonne…
 
Quand je suis rentré dans Tchô ! c’était en 2000, j’ai présenté plusieurs projets, on travaillait sur de petits gags dans l’espoir de pouvoir faire une série. Je me suis dit : il n’y a que des histoires avec des personnages de 8 à 15 ans, j’ai envie de prendre le contrepied. Au début le projet n’a pas été accepté, et en fait je suis très content qu’il n’ait pas été accepté à cette époque, parce qu’il n’était pas assez abouti, j’avais besoin de mûrir le trait. 5 ans après j’étais devenu papa et ça m’avait donné pas mal de maturité et de recul. L’année avant Mamette j’avais connu la naissance de ma fille et le deuil de ma belle-mère. Il y a eu deux naissances de Mamette en fait, elle est née une seconde fois en 2005. Comme je te disais ça a plu d’abord aux adultes, le cœur des jeunes lecteurs est long à gagner, c’est plus difficile qu’on ne le croit. Au début ils exprimaient une petite réserve, et maintenant ils commencent à en parler dans les cours de récréation, le bouche-à-oreille c’est très important !
 
Les enfants font bien le lien entre la mamie de Mamette et la petite fille des Souvenirs ?
 
Sans problème. Mais il y a des parents qui m’ont dit que ça avait laissé des enfants très perplexes : « moi aussi je serai un papy un jour, alors ? »…Je suis responsable d’une perte d’innocence, ils ont pris conscience du vieillissement !
 
 
On dit que les personnages de bande dessinée ne vieillissent jamais…
 
L’avantage avec Mamette, c’est que comme elle a plus de 80 ans, elle est arrivée à un moment où son physique, son quotidien et son environnement immédiat ne bougent pas. Mais autour d’elle les choses évoluent, les enfants grandissent, et en tant qu’auteur, pour écrire une série c’est assez agréable, j’ai un point fixe autour duquel je peux développer plein de choses. Au début j’avais peur que cet univers soit un peu restreint, mais pas du tout, ça devient une série vraiment basée sur les relations familiales.
 
C’est un peu comme les séries TV qui durent des années avec les mêmes personnages ! Le syndr[ome Victor Newman…
 
Quand j’ai démarré la série j’étais en plein Desperate Housewives et autres séries. J’ai justement fait une pub-promo avec des parallèles avec des séries TV, du genre : « plus palpitant que 24h chrono », « plus maniaque que Desperate Housewives », avec à chaque fois une case de Mamette pour illustrer. C’est très intéressant le travail de scénariste de séries, il faut se renouveler à partir de personnages qui restent les mêmes. Sur l’univers de Mamette, j’ai tout entendu dire, ça a désarçonné plein de gens. On est à une époque où on a besoin d’étiqueter les choses, et les libraires ne savaient pas où ranger l’album : est-ce que c’est vraiment de la jeunesse ? ç a aurait pu desservir la série.
 
Est-ce que quand tu étais enfant tu ne lisais que des choses prévues pour les enfants ?
 
 Quand j’étais enfant je lisais des bandes dessinées pour enfants oui, enfin pas vraiment, des classiques plutôt, comme Tintin. Et à l’adolescence j’ai cherché à lire justement tout ce que les adolescents ne doivent pas lire, parce que c’est ce que l’on cherche à cet âge-là, du sexe, de la violence… En revanche en tant qu’adulte je lis de plus en plus de bande dessinée dite « jeunesse », parce que c’est là que je trouve le plus de profondeur. C’est pas évident d’écrire pour tout le monde, il faut savoir se rendre clair sans édulcorer son propos. Dans Mamette, je joue beaucoup sur les non-dits, comme ça les enfants comprennent une partie qui leur donne envie de poursuivre l’histoire, et les adultes comprennent les non-dits et apprécient à un autre niveau. C’est drôle parce que du coup, j’entends des enfants qui me disent que ça les a fait rire, et des adultes qui me disent que ça les a fait pleurer. Je n’ai pas spécialement l’impression de faire de la BD jeunesse, plutôt de faire ce que j’ai envie de faire. Je n’ai jamais fait de BD pour adultes , si je le fais un jour ce sera parce que j’aurais envie de raconter des choses qui ne pourraient pas être comprises par des enfants. Tout est tellement dans la manière de raconter, je peux finalement tellement aborder de choses avec Mamette, pour l’instant je n’en ressens pas le besoin. Les clivages et les catégories ça m’agace. Ce qui me fait plaisir, parce que c’est ce que je recherchais, c’est que dans les familles ça passe par tout le monde : le petit-fils l’offre à la grand-mère qui le passe aux parents, ou le grand-père l’offre à sa petite fille, toute la famille le lit et en discute après. Si ça permet de faire le lien à l’intérieur des familles, c’est bien.
 
Dans les Souvenirs de Mamette, j’adore les paysages de campagne, on dirait que tu t’es fait vraiment plaisir à dessiner la nature.
 
C’est vrai ça, je me suis fait plaisir ! Ça faisait longtemps que je voulais faire quelque chose à la campagne, pas spécialement pour dessiner des paysages mais parce que mes grands parents avaient une ferme où je passais mes vacances. Là l’album se passe dans les années 30, moi c’était le début des ann1es 80 mais ça n’avait pas beaucoup changé depuis les années 30-40. Dans le premier tome de Mamette déjà on la voit quand elle est petite fille à la campagne, il y a pas mal de gens qui m’ont dit qu’ils avaient aimé ces pages. Il y avait une envie de raconter la vie rurale. Je me suis pris au jeu. Je n’ai jamais été très amateur de peinture, mais là je me suis mis à regarder ce que faisaient les pré-impressionnistes, les naturalistes, Jean-François Millet… Pour ces albums j’ai été plus influencé par de la peinture que par de la bande-dessinée. Ce sont les albums qui restent les plus agréables à dessiner. Dans Mamette les décors sont très importants, l’ambiance, mais ça se passe à l’époque contemporaine, donc si Mamette entre dans une boutique de téléphonie c’est vachement moins sympa à dessiner que les changements d’ambiance à la campagne, les couchers de soleil… Le format des Souvenirs a beaucoup joué aussi, j’avais proposé à l’éditeur de faire un format plus petit pour différencier, il m’A proposé celui –ci ; avec un format comme ça on peut se permettre des pleines pages de décor et de varier le cadencement des cases. Le tome 1 a été réalisé assez rapidement, j’étais dessus très concentré et à fond, et ça a été une suite de : « je m’éclate à faire ça ! ». J’avais l’impression d’être complètement dans ce que j’avais toujours voulu faire.
 
Est-ce que du coup ça t’a donné l’envie de démarrer une nouvelle série qui permettrait de rester dans cette ligne-là ?
 
Une série pas forcément. Avec Mamette j’ai une série très personnelle avec beaucoup de développements. Je veux déjà la faire entrer dans la Seconde Guerre mondiale, on n’est qu’en 36, il y a le temps. Ce qui me titille plus c’est de faire des albums indépendants, quelque chose d’historique au XIXeme ou début XXeme. Là j’ai eu l’occasion de faire quelque chose de l’ordre du passé, me documenter ça m’a éclaté. Il suffit de partir d’une bonne histoire. J’ai des idées en tête. Mais on se rend compte avec le temps – maintenant ça fait 10 ans que je fais de la BD - on a toujours plein de projets mais il faut bien sélectionner. Maintenant je sais que ce que je veux faire c’est Mamette et Les Souvenirs de Mamette, après j’aimerais bien avoir de petites récrés. Avec Mamette j’ai gagné un lectorat, c’est très agréable.
 

 

Est-ce que tu sais traire les chèvres ?
 
Je l’ai fait, j’ai eu une chèvre comme Marinette, mais je pense que je ne saurais plus le faire. Il y a des photos d’ailleurs, je les ai récupérées récemment pour Tchô !.
 
Mamette te tient plus à cœur que ton autre série pour Tchô ?
 
Mon ami Grompf est beaucoup plus récréatif. J’en fais deux pages par mois, il y a un dessin animé qui passe sur France 3 depuis quelques mois aussi. Je suis très attaché à ce personnage, mais c’est une série à gags et c’est difficile parce qu’il faut trouver des idées. Mais bon pour l’instant j’en ai encore, tant qu’il y a des idées on continue. J’étais graphiste dans les produits dérivés avant de venir à la bande dessinée et je passais mon temps à m’adapter, du coup j’ai mis du temps avant de me trouver en tant qu’auteur. J’ai fait une première série dans Tchô !, Bogzzz, qui est très « Tchô ! » dans le pur sens du terme, Grompf correspond à ce que je faisais à cette époque-là.
 
Est-ce que tes enfants sont tes premiers lecteurs ?
 
De plus en plus, même s’ils ont plutôt tendance à lire les albums des autres, mes personnages sont des petits frères et sœurs un peu encombrants, surtout que je travaille chez moi, donc ils sont toujours plus ou moins présents. Le petit Jules qui a 5 ans adore Grompf, il est très bon public, et là avec le dessin animé il est encore plus à fond. Mon premier public, c’est ma femme à qui je présente tous mes scénars. Je scrute le moindre clignement d’œil qui me permet de juger si ça marche ou pas.
 
Tu fais tout dans tes albums, dessins et textes, tu n’as jamais eu envie de collaborer avec un autre auteur ?
 
Je l’ai fait avec Julien Neel qui est un bon copain au début de Grompf, mais on a vite arrêté. J’aime vraiment faire un album de bout en bout. Sur Mamette je me fais même plaisir à choisir les papiers peints, j’adore travailler tout ce qui est maquette.
 
Tu t’es documenté sur les grands-mères pour faire Mamette ?
Je n’ai jamais considéré les personnages de Mamette comme étant des vieux. Ce sont juste des gens qui ont vieilli ; je suis tout de même parti de cette idée qu’a priori la vieillesse accentue les défauts de quelqu’un : quand on est r6aleur à 40 ans, on est très râleur à 80. Julien Neel disait ça pour Lou, quand on lui demandait comment il faisait pour parler des filles : avant d’être des filles ce sont d’abord des gens. Il y a des gens qui m’ont demandé ai j’avais travaillé en gériatrie… J’ai ce souvenir d’un moment où j’ai été pompiste, j’avais vu débarquer un bus du troisième âge, c’était comme un bus de colo. Ils faisaient les fous… Quand on est vieux on est dégagé des contraintes sociales, on retombe en enfance avec les rhumatismes en plus.
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