La Bulle au bond

Rencontres et découvertes au Festival International de la Bande Dessinée

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Les rêves du Dr Sardonique
jeudi 26 janv. 2012
Le Tampographe Sardon expose dans les caves du théâtre d'Angoulême son travail graphico-sardonico-ludique.

Qui ne s’est pas adonné, enfant, aux joies ineffables de la sculpture de petits tampons sur patate ou sur gomme ? En soi, le tampon encreur est un format graphique fascinant. C’est un peu la sérigraphie du pauvre, permettant de reproduire à l’infini et dans toute couleur un motif même complexe. Il connote à la fois le jeu d’enfant et la rigueur administrative : on pense aux cachets des sociétés, aux tampons ronds de la République qui sont la marque sigillaire des documents officiels, au cachet-de-la-poste faisant foi…

Il y a quelques années, Vincent Sardon, dessinateur de presse travaillant aussi bien pour Libération que Télérama, s’est mis à confectionner des tampons. La vérité, c’est que dessiner des bédés, c’est très fatigant et mal payé (un « loisir masochiste », selon sa propre expression), il faut s’enquiquiner à redessiner le même personnage dans toutes les cases, bref, il y a de quoi se lasser. Mais à tout problème une tête ingénieuse finit par trouver sa solution. Par exemple, avec un tampon, on s’économise pas mal d’énergie. Et en désarticulant le personnage (un tampon pour la tête, pour chaque membre etc.), on peut varier à l’envi la position et l’expression.

« Dès lors je concevais ces tampons comme des outils à dessiner. J’en faisais des sortes de kits, dans des boîtes fabriquées à la main, de format de poche, transportables et solides. C’est à cette époque que j’ai commencé à rechercher une machine pour fabriquer mes tampons en série. L’idée de les produire et de les vendre à bon marché était importante pour moi. Je ne voulais pas en faire des objets d’art. Le résultat m’a intéressé, parce que j’avais l’impression de voir quelqu’un d’autre dessiner à ma place. C’était bien mon dessin qui apparaissait sur la feuille, mais dans des combinaisons inédites pour moi. Cette appropriation me plaît bien, ça me fait des vacances. » (V. Sardon)

 
 

Un vrai truc de flemmard, quoi. La vérité, c’est que Vincent Sardon est à la fois un grand artiste et un sale gosse. D’ailleurs, il est membre du Collège de Pataphysique et il écoute Sexy Sushi, c’est dire.
Il n’y a qu’à se rendre dans les caves du théâtre d’Angoulême pour s’en rendre compte. Une petite exposition, deux salles seulement, mais avec une sacrée densité d’œuvres au mètre carré. On y découvre d’abord quelques tirages en grand format (réalisés par Frédéric Déjean) des redoutables « bons points modernes » que l’Association vient d’éditer sous la frome d’un carnet à découper (ou pas) : « Mis au point par une équipe de chercheurs en psychopédagogie et testés sur un panel d’enfants humains et de singes anthropoïdes, ces bons points présentent des images de qualité et des thématiques qui passionneront les jeunes et combleront d’aise les enseignants les plus sourcilleux. Un outil indispensable recommandé par l’inspection académique. », si l’on en croit l’auteur.

 
 

Surtout, on peut y voir des centaines de tampons dans des boîtes-vitrines, certaines agencées très sagement, comme le râtelier d’un imprimeur de jadis, d’autres comme un cabinet de curiosités, d’autres montrant l’impression en regard du tampon, d’autres dans un joyeux foutoir. Il y en a de toutes sortes, du pastiche de cachet postal à la gravure miniature d’une extrême finesse. La plupart sont référentiels ; on croise tour à tour le Père Ubu, une femme tirée d’un tableau de George Grosz, Charles de Gaulle… Vincent Sardon se paie la tête d’un peu tout le monde : de Céline Dion, de la Douce France, des journalistes, des éditeurs, des auteurs, des vieilles, des présidents démodés, des Lorrains, de lui-même et des « maîtres ».

Dans une boîte vitrine particulièrement jubilatoire, on trouve un ensemble de tampons permettant de réaliser à moindre coût de faux Dubuffet d'une qualité équivalente aux séries produites par l'artiste à la fin de sa vie (réalisation baptisée Usage de faux, existant également en version Yves Klein, mais il faut de l’encre de la bonne teinte de bleu).
Par son alliance d’irrévérence et de goût du détournement, Vincent Sardon aurait pu être Dada ou situationniste. Il sait se montrer à la fois érudit et grossier, à mi-chemin d’Hara-Kiri et d’Edward Gorey.

 
 

L’Association a annoncé la publication prochaine d’un gros album du Tampographe. En attendant, il est toujours possible de se délecter au quotidien de ses sarcasmes et des créations sur son excellent blog. Enfin de l’art vraiment accessible : pour 20 euros, on peut s’offrir un tampon en commande par mail à l’auteur (il accepte les paiements par chèque ou directement sous forme de drogue).


> Exposition L’Atelier noir
 :
Caves du Théâtre, place New York – Angoulême
Du jeudi 26 au dimanche 29 janvier de 10h à 19h.

Le Tampographe se lit aussi :
Nénéref, publié chez Ego Comme X.
La valise envolée, en collaboration avec Anne Baraou publication L’Association.
Crevaison, édition L’Association.
Mormol, édition L’Association.
Les voisins venus d’ailleurs, éditions Delcourt.
Palmipédopithécus Gagatus, éditions Delcourt.

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