"Western", conquête de l'est européen

mercredi 22 nov. 2017 | Marco Pierrard

Très bon

Un groupe d'ouvriers allemands débute un chantier aux confins de la campagne bulgare. Rapidement, une méfiance réciproque s'installe entre les travailleurs expatriés et les habitants du village voisin. Porté par le naturel de ses comédiens amateurs, Western réinvente le genre avec une touchante réflexion sur la soif de liberté et la fraternité entre étrangers.

Pour leur nouvelle mission, des ouvriers allemands se retrouvent assignés à un chantier pénible dans la campagne bulgare. Plongée dans l'inconnu sur une terre étrangère, la situation réveille le goût de l'aventure chez ces hommes confrontés à la méfiance des habitants du village proche de leur campement. Malgré les barrières linguistiques et les différences culturelles, Meinhard (Meinhard Neumann), ancien légionnaire ayant accepté de travailler sur le chantier pour gagner un peu d'argent, décide de créer des liens avec les villageois bulgares. Très vite, le hameau devient le théâtre de rivalités entre Meinhard et son collègue Vincent (Reinhardt Wetrek), opposés sur la façon de gagner la faveur et la reconnaissance des habitants.

Western © Komplizen Film

Le nouveau western

Présenté dans le sélection officielle Un Certain regard au dernier Festival de Cannes, Western joue à fond la carte d'une spontanéité quasi documentaire qui donne au film une fraîcheur très séduisante. Pour son premier film en dehors de son pays, la réalisatrice allemande Valeska Grisebach ose une revisite du thème du western avec comme base les grandes lignes d'une intrigue qui s'est nourrie sur place des lieux et des personnages rencontrés lors du tournage. Une méthode sans scénario définitif qui a de quoi donner des sueurs froides aux investisseurs — dont fait partie Maren Ade, réalisatrice du génial et loufoque Toni Erdmann (2016) — mais qui fonctionne ici parfaitement. Et comme si la trame fluctuante du film n'était pas suffisante pour inquiéter les producteurs, Valeska Grisebach a choisi de faire jouer uniquement des acteurs amateurs en lien avec leur rôle : Meinhard et ses collègues sont tous des ouvriers ayant travaillé sur des chantiers ou avec une formation dans le domaine. Quant aux habitants du village bulgare à proximité, ils jouent tous leur propre rôle. Cette troupe de "vrais personnages" offre au film une dynamique exaltante, servie par une histoire qui explore l'envie de recommencer une nouvelle vie — une idée qui obsède Meinhard — dans un territoire étranger en friche, à la limite de la civilisation. Mais un western qui se respecte ne serait rien sans duels, qu'ils opposent les ouvriers entre eux ou qu'il s'agit de conflits avec leurs nouveaux voisins bulgares.

Western © Komplizen Film

Les difficultés de la fraternité

En plongeant un groupe de travailleurs allemands en pleine campagne bulgare, Western retourne habilement l'image habituelle des migrants économiques provenant de l'est de l'Europe pour tenter de trouver de travail à l'ouest. Une situation inversée mais qui se heurte aux mêmes types de préjugés, dans les deux camps. Si Meinhard est le premier à faire un pas vers les villageois et réussit à établir une relation de confiance mutuelle, Valeska Grisebach ne tombe pas dans le piège d'une fraternité évidente, trop facile. La méfiance et même une certaine xénophobie latente est perceptible entre les deux groupes, rendant les efforts de Meinhard pour établir un contact d'autant plus héroïques. Avec des intérêts divergents, le fragile équilibre qui s'installe entre les ouvriers et les villageois peut voler en éclats à chaque instant. La cinéaste conserve ainsi cette tension présente tout au long du film, mettant à l'épreuve l'amitié fraternelle qui lie Meinhard et un habitant du village. Au-delà des destins individuels, le film de Valeska Grisebach est le miroir d'une Europe fragilisée qui a de plus en plus de mal à fédérer.

D'une simplicité désarmante, Western réinvente le genre en inversant le sens de la conquête — d'ouest en est — avec des acteurs amateurs qui offrent au film une spontanéité très touchante. Une ode à la possibilité de tout recommencer ailleurs, en toute liberté, et à une fraternité d'autant plus belle qu'elle ne va pas toujours de soi. Ces cow-boys modernes égarés dans une Europe en crise se révèlent très attachants.

> Western, réalisé par Valeska Grisebach, Allemagne - Bulgarie - Autriche, 2017 (1h59)

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