Voyage photographique dans le Paris des sans-abris

mardi 21 janv. 2014 | Dorothée Duchemin

Qui sont les "autres", ceux qui ne rentrent pas le soir, mais restent dormir dehors ? Sylvain Leser, photographe et documentariste, a sillonné Paris durant cinq ans, à la rencontre des sans-abris. Ces images à la beauté terrible font aujourd'hui l'objet d'une exposition, "Les Autres, voyage au pays des sans-abris", sur les murs de l’église Saint-Leu-Saint-Gilles, à Paris.

Il a battu durant cinq ans le pavé parisien, appareil photo en main, pour rencontrer les sans-abris de la capitale. Syvain Leser revient de son "voyage au pays des sans-abris", le titre de son exposition, avec des clichés saisissants, d’une beauté tragique. Pour quelques jours encore, jusqu’au vendredi 24 janvier, ses images les plus fortes sont accrochées sur les murs de l’église Saint-Leu-Saint-Gilles, rue Saint-Denis, à Paris.

En voyage en Hongrie, Sylvain Leser rencontre celui qu'il décrit comme "un abbé Pierre hongrois", Gabor Ivanyi, qui vient en aide aux plus pauvres dans son pays. Ce dernier le questionne un jour : "Comment ça va, à Paris ?". "À Paris tout va bien !", répond-il du tac au tac. Mais rapidement, il prend conscience que non, tout est loin d'aller très bien à Paris. L’idée de ce reportage au long cours naît alors.

Ces sans-abris qui vivent dans un dénuement total et une profonde misère, Sylvain Leser les a appelés "les autres" : tandis que la ville s’agite et bouillonne, ils vivent à côté, immobiles, séparés de l’agitation par la misère.

La survie des plus miséreux dans Paris la magnifique 

Cet antagonisme est mis en exergue par le photographe. La ville magnifique, sublimée par l’obscurité et les lumières, joue un second rôle en parfaite contradiction avec les personnages misérables des premiers plans.

"Je n’ai rien mis en scène, ce sont les scènes que j’ai vues. À 1 heure du matin, Paris existe encore, les lumières sont magnifiques. La foule est rentrée chez elle, mais eux sont toujours là ; chez eux c’est dehors." Avec une clope, des pièces de monnaies ou un sandwich, Syvain Leser a réussi à rencontrer "les autres". "Ils sont entourés de foyers chaleureux auxquels ils n'ont pas accès, à cause de la misère. Et ils ont conscience d'être dans une situation complètement anormale pour une société comme la nôtre, c'est pour ça qu'ils acceptent assez facilement de témoigner."

Henri, un homme aux pieds toujours nus qui ne possèdent qu'une couverture crasseuse, est très présent dans l'exposition. Il a élu domicile dans le tunnel de l'Etoile, sous l'Arc de Triomphe. Pourquoi cette figure est-elle si présente ? " Henri est un symbole, il incarne la clochardisation. Il est terriblement esquinté, il est dans la survie totale, mais une vraie beauté se dégage de lui. Son visage est presque biblique", explique Sylvain Leser.

Au bord du monde, le film qui donne la parole aux "autres"

L’exposition fait écho au film documentaire "Au bord du monde", réalisé par Claus Drexel et dont Sylvain Leser signe les images. À propos de lui, Claus Drexel confie sur le site Internet du film qu'"il sait donner, à chaque image, l'inquiétante étrangeté d'un Giorgio de Chirico, la puissance d'un Caravage ou le sublime d'un Jérôme Bosch, où l'enfer se mêle au paradis. Car c'est bien ici l'un des thèmes centraux du film : entre l'insolente magnificence de la Cité d'Or et la simplicité de ceux qui habitent sous ses ponts, où est l'enfer et où est le paradis ?"

Le réalisateur voulait donner la parole à ceux qu’on voit, mais qu’on ne regarde pas. Pour y parvenir, il a passé un an avec eux. Sur les trottoirs, dans les couloirs du métro, sous les arches des grandes avenues, ils ont accepté de raconter, à l'occasion de longues discussions, la réalité d’une vie au bord du monde et leur regard sur l'humanité. Car ces "autres" nous voient aussi. Pour eux, "les autres", c'est nous. 

 

Les Autres, voyage au pays des sans-abris, des photographies de Sylvain Leser, jusqu’au 24 janvier à l’église Saint-Leu-Saint-Gilles, 92, rue Saint-Denis, Paris 1er.

Au bord du monde, un documentaire de Claus Lexer, sortie en salles le 22 janvier 2014.

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