"Le voyage d’Arlo", l’audacieuse amitié de Pixar

mercredi 25 nov. 2015 | Marco Pierrard

Intéressant

Dans un monde où les dinosaures n’ont pas disparu, ceux-ci coexistent avec les humains. C’est ainsi qu’Arlo, jeune apatosaure craintif, va croiser la route de Spot, un petit garçon sauvage. Aventure, amitié et dépassement de soi sont au menu de ce nouveau Pixar plutôt attachant.

Que se serait-il passé si le cataclysme qui a bouleversé la Terre et entraîné l’extinction des dinosaures n’avait jamais eu lieu ? Et si les humains avaient dû cohabiter avec ces gros lézards ?
Arlo, jeune apatosaure plein de bonne volonté mais maladroit et craintif, voit sa vie chamboulée par l’arrivée d’un étrange animal dans la ferme familiale. Alors que le dinosaure s’est égaré loin de chez lui, il va peu à peu se rapprocher de l’étrange créature, un petit garçon sauvage qu’il surnomme Spot. Sur le chemin pour retrouver les siens, Arlo se lie d’amitié avec l’enfant. Leur union leur permettra d’affronter les nombreuses épreuves qui les attendent et vont les faire grandir.

Le voyage d’Arlo © Disney Pixar

Situation surréaliste au rendu très réaliste

La production de ce long métrage Disney Pixar a un point commun avec la quête de son héros herbivore : elle a été semée d'embûches. Le projet a en effet été maintes fois repoussé, et l’histoire fut partiellement réécrite lorsque le film a été retiré des mains de Bob Peterson - scénariste du Monde de Nemo (2003) et coréalisateur de Là-haut (2009) - pour être confié à Peter Sohn - réalisateur du court métrage Passages nuageux (2009) -, qui signe là son premier long métrage.
Toutes ces tergiversations ont finalement sans doute été bénéfiques, surtout pour l’aspect visuel du film, tout simplement époustouflant. Le studio Pixar prouve une fois de plus sa suprématie dans le domaine des films d’animation, qui s’est pourtant étoffé de concurrents sérieux ces dernières années. Le résultat est particulièrement bluffant pour les végétaux (arbres, feuillage, herbe...) et la représentation de l’eau, que ça soit la pluie qui ruisselle sur une feuille ou les remous d’une rivière très agitée. Les décors majestueux, travaillés à partir d’images réelles, renforcent cette impression d’un réalisme inédit pour un film en images de synthèse.
Ne serait-ce pour la beauté graphique de cette histoire d’amitié improbable, ce nouveau Pixar doit s’apprécier sur grand écran, en dehors du débat habituel sur l’utilité ou non de le voir en 3D.

Le voyage d’Arlo © Disney Pixar

Le meilleur ami du dinosaure

Au-delà de la beauté plastique du film, on peut reprocher à Pixar de reprendre des thématiques - voire des scènes - qui donnent une impression de déjà-vu. On pense par exemple fortement au Roi Lion (1994) lorsque le jeune apatosaure se retrouve sans père. Le film propose cependant quelques belles idées, à commencer par la plus malicieuse : l’inversion des rôles habituels des films Disney. En effet, ici le héros est un dinosaure et le petit animal amusant qui l’accompagne est un… humain !
Ce parti pris osé donne à cette histoire d’amitié une saveur particulière, même si ce renversement des rôles entre l’homme et l’animal n’est jamais clairement explicité. Après tout, l’être humain n’aime pas particulièrement qu’on lui rappelle qu’il n’est qu’un mammifère parmi d’autres. L’idée drôlement subversive est donc là, omniprésente, mais reste en retrait d’une histoire qui se concentre sur les thèmes de la peur, de l’amitié et du deuil. On peut tout de même se demander si on doit plus s’attacher au héros principal à écailles ou au petit garçon sauvage, même s’il se comporte - et hurle - comme un loup pour s’exprimer. La magie de Pixar fait qu’on éprouve finalement autant de sympathie pour l’enfant turbulent que pour le dinosaure pataud, réunis par une amitié aussi improbable que sincère.
La poésie de Pixar est une fois de plus bien présente : elle parvient à émouvoir avec l’aide de quelques bouts de bois pour exprimer le deuil lors d’une scène quasiment muette, autant qu’à faire sourire avec un malicieux clin d’oeil au requin des Dents de la mer (1975).

Débarquant dans les salles quelques mois après l’excellent Vice-versa (2015), Le voyage d’Arlo souffre de la comparaison : moins originale et ambitieuse sur le fond, cette jolie histoire d’amitié et de dépassement de soi devrait cependant réjouir les plus jeunes.

Le voyage d’Arlo (The Good Dinosaur), réalisé par Peter Sohn, États-Unis, 2015 (1h40)

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