"Volta à Terra", la sincérité est dans le pré

mercredi 30 mars 2016 | Marco Pierrard

Très bon
Dans son premier long métrage, João Pedro Plácido documente le quotidien d’une communauté paysanne isolée au nord du Portugal pendant une année. Un retour à la terre qui séduit par la beauté de ses images et la sincérité de ses protagonistes.

À Uz, hameau montagnard du nord du Portugal vidé par l’émigration, seuls quelques dizaines de paysans subsistent. Entre travaux des champs et élevage de troupeaux, les jours se succèdent et la vie épouse le rythme des saisons, en harmonie avec la nature.
Alors que la petite communauté prépare les traditionnelles fêtes du mois d’août, le jeune berger Daniel rêve de rencontrer l’âme sœur. Une quête de sentiments compliquée dans cette région abandonnée de tous.

Volta à Terra © O Som e Furia, Close Up Film, Les Films de l’Air

La culture de la terre

Avec Volta à Terra, le chef opérateur João Pedro Plácido replonge en enfance. Ce petit village du nord du Portugal est celui qui a vu naître sa mère et qui l’accueillait lors des vacances scolaires. Cet hommage dédié aux paysans d'Uz est marqué par des plans saisissants. Composés comme des tableaux de grands maîtres, ils démontrent tout le talent de ce directeur de la photographie, qui passe pour la première fois derrière la caméra. Témoignage d’un monde en train de disparaître, ce documentaire capte toute la beauté et la dureté d’une vie de labeur dictée par la nature.

Filmé sur une année, Volta à Terra se déroule au rythme immuable des saisons, dans un rapport à la terre et aux animaux que nous avons perdu. Cette proximité avec le cycle naturel n’est pas pour autant synonyme d’ennui. Avec son montage fluide et rapide, le film ne souffre pas de la tentation contemplative qui marque parfois les documentaires et fictions sur le monde rural. João Pedro Plácido dévoile une communauté oubliée, avec ses paysans qui vivent en dehors du reste de la société portugaise : des hommes et des femmes qui refusent le consumérisme, à l’écart d’une société et d’un monde politique qui ne s’intéressent pas à eux. Situé sur les terres les plus pauvres et moins peuplées du pays, le petit hameau de Uz a pourtant résisté à la crise qui a frappé le Portugal en subvenant à ses propres besoins, comme une poche de résistance naturelle au milieu du chaos ambiant.

Volta à Terra © O Som e Furia, Close Up Film, Les Films de l’Air

La récolte des sentiments

Parmi les 54 habitants du petit village de Uz, la silhouette élancée d’un jeune berger attire l’attention. Lorsqu’il n’est pas occupé à conduire des vaches récalcitrantes aux champs, Daniel fantasme sur une douce compagne qui rendrait son existence moins solitaire. Avec sa maladresse touchante et un indéniable capital sympathie, Daniel s’impose comme le personnage principal du documentaire, et sa quête affective devient l’intrigue principale de ces tranches de vies rurales.

Malheureusement, malgré un bal qui permet les rapprochements, il est bien plus facile de cultiver du blé ou des pommes de terre qu’une histoire d’amour dans ce hameau portugais. La recherche de celle qui voudra bien s’installer avec lui dans cette petite communauté coupée du monde s’avère compliquée, au point que Daniel se demande s’il n’aurait pas plus de chance en cherchant une femme sur internet, une chinoise pourquoi pas. Si la position isolée d'Uz le protège de la folie consumériste ambiante, le jeune berger en paie le prix : celui de la solitude.

Carnet de bord d’une année passée dans les champs, Volta à Terra séduit par la simplicité de traitement du sujet et une sincérité désarmante. Les images sublimes et l’empathie pour les habitants du hameau — et notamment pour le jeune Daniel — qui nous envahit en font un documentaire très attachant qui donne envie — au minimum — de se rapprocher de cette terre nourricière.

Volta à Terra, réalisé par João Pedro Plácido, Portugal - Suisse - France, 2016 (1h18)

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