"La Vie en grand", dealeurs de bonheur

jeudi 17 sept. 2015 | Marco Pierrard

A voir

Adama, 14 ans, vit avec sa mère en banlieue parisienne. En échec scolaire malgré des aptitudes certaines, l’adolescent va se retrouver par un concours de circonstances associé avec Mamadou, plus jeune que lui, dans un trafic de drogue. Une activité rémunératrice mais pas sans danger.

Éloigné de son père et du reste de sa fratrie depuis la mise en place de la loi "anti polygamie", Amada (Balamine Guirassy), adolescent de 14 ans, vit avec sa mère dans un petit deux-pièces en banlieue parisienne. Perturbé par cette nouvelle donne familiale, cet élève prometteur voit ses notes chuter à une vitesse qui inquiète sa mère et ses professeurs. Lorsque Mamadou (Ali Bidanessy), le jeune de 11 ans dont il est tuteur, vient le voir avec un pain de shit abandonné après une descente de police, Amada y voit le moyen idéal d’aider sa mère. Mais les deux jeunes apprentis dealeurs vont vite découvrir à leurs dépends qu’ils s’engagent dans un trafic qui les dépasse.

La Vie en grand © Unité de Production / France 3 Cinéma / Gaumont  / Ten Films

La vie en vrai

Premier long métrage du chef opérateur Mathieu Vadepied, La Vie en grand séduit par sa fraîcheur et son habileté à ne pas faire "un film sur la banlieue". En choisissant de raconter cette aventure à travers le regard de son jeune et ambitieux héros, le cinéaste alterne réalisme et fantaisie et trouve ainsi un juste équilibre entre un discours social latent et la douce inconscience propre à l’adolescence. Le casting judicieux des deux jeunes protagonistes, non professionnels, renforce la vitalité qui se dégage de la mise en scène volontairement basique, proche du documentaire. Sans jamais s’éloigner du "crédible", le réalisateur entraîne les deux ados dans une fable sur les responsabilités qu’implique le passage à l’âge adulte avec un décalage jouissif.

Charmante ambiguïté

Profitant du capital sympathie dégagé par ses deux jeunes acteurs, La Vie en grand s’amuse avec les codes de la morale et bouleverse au passage le schéma habituel de l’adulte qui vient sauver le jeune en difficulté. Si Amada peut en effet compter sur Stanislas (Guillaume Gouix), son prof principal qui le pousse à aller au bout de ses capacités, c’est de lui-même que provient le déclic. Et si les notes d’Amada reprennent une courbe ascendante, c’est avant tout parce qu’il cherche à faire profil bas pendant qu’il écoule son stock de drogue. Le deal comme motivation à la réussite scolaire, il fallait oser ! C’est l’un des paradoxes qui rendent attachant La Vie en grand, posant la question de la justification de la fin vis-à-vis des moyens. Après tout, le trafic d’Amada et de Mamadou sert avant tout à faire le bien autour d’eux : le premier bénéfice d’Amada est immédiatement investi dans une machine à laver pour sa mère. Difficile de blâmer les deux jeunes dealeurs quand leur acte de délinquance est synonyme d’apprentissage de l’altruisme, la thématique sous-jacente dans le film.

Co-produit par le duo Eric Toledano et Olivier Nakach, incontournables réalisateurs d’Intouchables (2011) et de Samba (2014) [lire notre chronique], ce premier film de Mathieu Vadepied charme par sa malice et le magnétisme naturel de ses jeunes interprètes. Une bouffée d’air pas toujours morale… ce qui la rend d’autant plus attachante.

> La Vie en grand, réalisé par Mathieu Vadepied, France, 2015 (1h26)

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