Vice-versa, un chef-d’œuvre magistral qui n'est pas que pour les enfants

mercredi 17 juin 2015 | Marco Pierrard

Excellent 

Lorsque la jeune Riley déménage à San Francisco, les cinq émotions primaires vivant dans sa tête se retrouvent face à une situation inédite qui devient très vite incontrôlable. D’une originalité folle, ce nouveau Pixar mené à cent à l’heure est d’une profondeur étonnante. Une totale réussite.

Riley est une jeune fille de 11 ans positive et joyeuse qui vit avec ses parents dans le Minnesota. Comme nous tous, Riley est guidée par ses émotions – Joie, Peur, Colère, Dégoût et Tristesse – qui habitent dans le Quartier général de son esprit et l’aident depuis toujours à affronter les épreuves du quotidien. Quand son père trouve un nouveau travail à San Francisco, la préadolescente doit déménager et les ennuis commencent. Déracinée de tous ses repères, Riley peine à s’ajuster à cette nouvelle vie et sème le trouble au sein du centre de contrôle de ses émotions. Malgré le fait que Joie, l’émotion principale et la plus importante de Riley, tente de voir les choses positivement, les autres émotions s’opposent sur l’attitude à adopter face à ce nouvel environnement. Et lorsqu’un incident expulse Joie et Tristesse loin du Quartier général dans la mémoire à long terme, Peur, Colère et Dégoût, laissés seuls aux commandes, ne peuvent que constater l’arrivée du chaos dans l’esprit de Riley.

Pixar, génie de l’affect

Dès l’annonce du projet – l’esprit d’une jeune fille vu à travers des émotions anthropomorphiques –, inspiré par l’entrée dans l’adolescence de la fille du réalisateur, Vice-versa s’annonçait comme un projet aussi original qu’ambitieux. Une impression renforcée par un premier teaser composé d’extraits des films précédents du studio, un habile montage pour nous rappeler que dans le domaine des émotions, Pixar a un sérieux palmarès. Non seulement cette plongée dans l’inconscient, orchestrée par Pete Docter – à l’origine de l’histoire de Wall-E (2008) avec Andrew Stanton, mais aussi réalisateur de Monstres et Cie (2001) et Là-haut (2009) –, est à la hauteur de l’attente, voire la surpasse tant le résultat est impressionnant. Difficile de trouver le moindre reproche à faire à ce nouveau joyau qui ne cède à aucune facilité et réussit à projeter sur l’écran des concepts totalement abstraits, redéfinissant ce qu’il est possible de proposer dans un film d’animation. Habitué aux différents niveaux de lecture selon l’âge du spectateur, Pixar dépasse ici tout ce qui a été fait par le passé en proposant un film d’une grande maturité, tout en restant accessible aux plus jeunes. En s’appuyant sur les travaux de psychologues et de neurologues, Vice-versa maitrise son sujet et s’offre même le luxe de proposer une scène surréaliste déroutante qui donne corps à des notions totalement abstraites. D’une finesse et d’une intelligence rarement atteintes dans le domaine de l’animation, le génie du studio tient ici à ne jamais sacrifier le rythme : le fond et la forme sont indissociables.

Montagnes russes émotionnelles

La personnalisation des émotions qui mêle à tout moment action et réflexion rend Vice-versa incroyablement riche et passionant. Le tumultueux voyage de Joie et Tristesse dans la mémoire et l’inconscience de Riley crée un vrai suspens tout en dévoilant les arcanes, évidemment complexes, de la pensée humaine. Il en résulte un voyage qui ne souffre d’aucun temps mort : ici nul besoin de se poser pour faire passer un concept au public, les idées sont omniprésentes et même physiquement en mouvement. D’une profondeur surprenante, le film présente ses personnages en quelques minutes – un exploit qui rappelle le sublime début de Là-haut – et ne lâche plus le spectateur en le bombardant d’émotions diverses jusqu’au générique de fin. La résolution du conflit dans l’esprit de Riley est elle aussi remarquable, elle s’éloigne de la facilité pour choisir un dénouement beaucoup plus complexe donc plus crédible, prouvant qu’une fin heureuse peut être envisagée sans sacrifier le propos. À la fois réaliste et lyrique, le nouveau Pixar n’hésite pas à flirter avec le concept de résilience, une audace incroyable pour un film destiné au jeune public. Il ne reste plus qu’à espérer que ce nouvel opus rencontre le succès qu’il mérite et que Disney – maison mère du studio depuis 2006 – s’oriente de plus en plus vers une politique visant à produire des concepts originaux de ce type, au lieu de surfer sur la vague des suites, moins risquées d’un point de vue purement commercial. La sortie du Voyage D’Arlo, un second Pixar « inédit » en novembre prochain, semble aller dans cette direction.

Inventif, subtil et attendrissant, Vice-versa rejoint les flamboyantes réussites de Pixar. Une aventure sensible qui s’adresse directement à l’enfant en mutation que l’on a tous été un jour, et nous rappelle que les mêmes émotions, universelles, sont toujours aux commandes de l’adulte que nous sommes.

Vice-versa (Inside Out), réalisé par Pete Docter et Ronaldo Del Carmen, États-Unis, 2015 (1h34)

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