Vers l’Afrique numérique

vendredi 25 mai 2012 | Dorothée Duchemin

Cyberconte, c’est deux projets en un seul. Un voyage à vélo, dans plusieurs pays d’Afrique, à la découverte de l’utilisation et des rapports aux nouvelles technologies dans cette région du monde. Puis, la création d’une plateforme multimédia pour raconter et montrer, concrètement, la fracture numérique Nord Sud et surtout les perles d’inventivités auxquelles la jeunesse africaine à recours pour ne pas rater la révolution numérique. 

« Le fait de ne pas avoir tout clé en main pousse les gens à se creuser un peu la tête et à trouver des systèmes parallèles », raconte-t-elle au sujet des rapports aux nouvelles technologies en Afrique. Elle c’est Camille Szklorz, 26 ans, fraichement diplômée des beaux-arts de Valence. Elle est porteuse du projet Cyberconte sur le site de financement participatif Ulule.

Logo de cyberconte

Le projet Cyberconte : un voyage africain à vélo, le moyen de transport parfait pour regarder autour de soi et rencontrer les habitants.
France, Espagne, Maroc, Mauritanie, Sénégal, Mali, le Burkina Faso. « Un itinéraire auquel je pense depuis que je suis au lycée. » Objectif du voyage : « découvrir un autre rapport aux nouvelles technologies et une création numérique et technologique liée à la débrouille et au système D. »

Enthousiasmée par la lecture de la thèse de Béatrice Steiner, cybercafés de Bamako, Camille a elle aussi voulu fouiller le sujet. « Pour montrer qu’il n’y a pas que la guerre, la pauvreté et la famine en Afrique. La scène culturelle y est très riche et on y trouve une vraie énergie créatrice. » Et surtout, pour observer l’utilisation des nouvelles technologies en Afrique, dans cette partie Ouest du continent en tout cas.

Le règne du système D

Des relations tout à fait différentes des nôtres, l’Afrique étant très peu connectée avec des coûts d’accès à Internet prohibitifs. Pourtant la jeunesse ne veut pas rater cette révolution numérique et s’organise.

Cartographie d'Eric Fisher des tweets de Twitter 
et des photographies postées sur Flickr, dans le monde.

Le Maroc, où la blogosphère est très dynamique. La Mauritanie, où le téléphone portable est devenu le premier outil de promotion de la musique. Le Mali, où le collectif "Toujours pas sages" offre une connexion mobile Internet aux villages isolés avec un ordi, un Smartphone et un panneau solaire. Au Burkina Faso, où a été lancé le projet "Yam Calebasse II", une unité centrale dans une calebasse, pour éviter la surchauffe…

Système D, photo 2 la calebasse, photo 3

Des habitudes, des façons de faire, des idées tout à fait innovantes et inventives auxquelles les sociétés occidentales n’ont jamais eu recours.
« Nous avons tout accepté sans nous poser aucune question, sans réfléchir à l’impact des nouvelles technologies sur nos cultures, nos sociétés. En Afrique, Internet arrive très lentement. Il y a énormément de sommets, de réunions, pour réfléchir à ces enjeux et à l’impact qu’il aura sur les cultures et les traditions. J’ai l’impression que l’arrivée sera beaucoup plus réfléchie et rationnel. »

Camille Szklorz sur son vélo | Photo DR

Sur place, Camille prendra des photos, enregistrera du son, filmera. A son retour, et c’est la deuxième partie du projet, elle lancera une plateforme multimédia qui racontera son périple africain. « Je veux raconter l’histoire des nouvelles technologies en Afrique et utiliser les nouvelles technologies pour le faire. »

De dead drop en Fab Lab

Elle visitera des FabLab, laboratoire de fabrication, des ateliers locaux comportant machines et ordinateurs qui permettent de produire à petite échelle. « En Afrique, de combler les manques. » Elle espère bien passer par le Jokko FabLab, un projet basé à Dakar, dont une partie avait été financée grâce à Ulule. 

Aventurière du numérique oblige, elle pédalera aussi de dead drop en dead drop, réseau offline de peer to peer grâce à des clés USB fixées sur place, et compte bien en poser plusieurs « dans le Sahara occidental, ce serait bien ».

Une Dead drop | Photo DR

Camille espère récolter 2 000 euro sur Ulule, sur les 8 000 euro que devraient lui coûter le voyage. Grâce au soutien des internautes elle souhaite financer une partie du matériel numérique dont elle aura besoin sur place et l’autre élément capital de l’aventure, son vélo.
Son voyage se prépare. Elle a parlé de ce projet sur plusieurs forums, les conséquences l’enchantent. « Certaines personnes veulent faire un bout de route avec moi. D’autres m’ont déjà invitée à dormir chez eux, au Maroc. Mon histoire devait vivre ensuite sur Internet mais qu’en plus elle s’organise avant sur Internet, c’est vraiment l’esprit du projet. »

Si tout se passe bien, départ en août, pour éviter la saison des pluies.
 

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