Variations dansées avec Sibille Planques

dimanche 1 avr. 2012 | Faustine Briot

Danseuse interprète et artiste chorégraphe de la Compagnie Les Nébuleuses, Sibille Planques est pressée de nous faire ralentir, regarder, sentir, écouter, murmurer. Sa création "Courants d’Airs" nous interpelle. Rencontre avec une artiste singulière. A retrouver au festival Méli-mômes à partir de fin mars.

 

« Courants d’Airs », une performance In Situ

C’est dans une salle de danse du XVIIIe arrondissement de Paris que Sibille Planques nous accueille pour nous parler de "Courants d’Airs". La vie parisienne est un vaste terrain d’expérimentation ouvert aux artistes. Des couloirs, des quais de gares, des escalators géants, des grandes bouches béantes de métro où chacun s’engouffre. Un flot de voyageurs ingéré, puis transbahuté avec des milliers d’autres dans des rames de métro. Chacun suit le même pas pressé, c’est la course. Avec Les Nébuleuses, l’idée était de surprendre les voyageurs au détour d’un couloir pour suspendre leur course. Avec elle, d’autres artistes : danseurs, musiciens et chanteurs.

« Nous voulions surtout créer des impromptus artistiques hors des salles de danse, dans ces lieux de passage quotidien où on fonce sans s'arrêter. Dans un environnement commun, à une heure inappropriée, pouvons-nous percevoir une forme de beauté ? Nous arrêtons-nous pour l’apprécier ? Reconnaissons-nous une forme d’art dans un contexte inattendu ? L'objectif était de casser cette frontière entre l'espace des artistes et l'espace du public, en faire un espace commun ouvert dans lequel chacun entre et sort quand il le souhaite », nous explique-t-elle.

Une pièce écrite en « live »

Dans "Courants d’Airs" pas de chorégraphie figée, « On est toujours sur le fil. L'écoute, l’échange, l'interaction et l'imprévu sont les ingrédients de composition d'écriture pour attirer et focaliser l’attention des passagers ». La danse est spontanée, vécue comme une « mélodie du corps intime et personnelle » précise-t-elle. « C’est parfois difficile, mais globalement ce sont de beaux moments de rencontre et de partage. » 

Sibille Planques parle aussi de « plaisirs et de gourmandise des sens ». Ce sont ces notions qu’elle enseigne chaque semaine dans plusieurs salles parisiennes. Pour nous aider à comprendre, elle nous invite à tester la barre au sol puis le cours de danse contemporaine. On s’allonge, pas de musique, pas de tapis. Les os se cognent au sol, mais personne ne semble s’en plaindre. C’est le début de l’étonnement. « On aère les tissus de son corps », « on cherche à s’infuser comme un sachet de thé » sont les premières phrases plutôt surprenantes de Sibille. Après quelques minutes, les sons extérieurs s'affaiblissent et il n’y a plus que la voix hypnotique de Sibille, puis la musique douce, électro, classique qui arrive, coulante et fluide comme une vague qui nous emmènerait subtilement au large.

Les mouvements s’enchaînent comme « une succession d’expériences sensorielles sensibles et délicates ». Progressivement, le corps prend la forme du sol et s’enfonce comme on l’aurait fait sur un matelas épais, aidé par la respiration et des mouvements d’étirement dansés. Après avoir pris le temps donc de « parcourir notre corps », « savourer notre conscience physique », « traverser et retrouver nos mémoires corporelles », le cours de danse contemporaine peut commencer. Au fil des mouvements, les corps se contractent puis s’étirent ensemble comme des élastiques, guidés par la respiration. Progressivement, les souffles se mêlent tandis que se joue dans la salle la mélodie intime du groupe.

Quand les Nébuleuses débarquent au théâtre, c’est tout un univers onirique de jeu qui entre en scène

Nous retrouvons cette atmosphère dans le théâtre Gérard Philipe à Meaux pour une représentation spéciale de « Courants d’Airs », car, pour une fois, dans un lieu culturel dédié. En flux tendus les corps et les voix s'emmêlent dans un univers onirique confiné, renforcé par les jeux de lumières. Comme dans les lieux publics, les danseurs répondent aux musiciens, les musiciens s'inspirent des danseurs, chacun improvisant devant l’émotion dégagée par les spectateurs. La salle respire puis se tend, en osmose.

"It’s raining cats and dogs", une collaboration chorégraphique avec le circassien André Mandarino

Sibille Planque élargit ses horizons à la rencontre d’autres disciplines, récemment avec le flamenco d’Israël Galvan pour une représentation prévue au théâtre de Madrid en décembre 2012. On la retrouve également à partir de fin mars au festival Méli-mômes de Reims avec un spectacle jeune public « It’s raining cats and dogs », fruit de sa collaboration chorégraphique avec le circassien André Mandarino (Compagnie les Escargots ailés).

La pièce commence avec un enfant seul dans une chambre. Il n’a comme seul jouet un tas de tissus multicolores jonché sur le sol, en l’occurrence une voile de bateau (un spi pour être précis). À partir de cette matière et de cette forme abstraite au départ, André Mandarino va créer sur scène un monde imaginaire et éphémère, dont les personnages, les situations et les choses vont se métamorphoser et se transformer à l’infini. Tantôt à même le sol, tantôt suspendue, la voile se transforme au fil du spectacle en un éclair, un tipi, une machine à laver, une course poursuite… tout peut arriver, même une pluie de chats et de chiens.

Pour retrouver et découvrir les autres créations de Sibille Planques :
http://www.myspace.com/lesnebuleuses
http://www.myspace.com/sibilleplanques

 

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