Une ancienne fabrique d'allumettes reconvertie en usine de films amateurs

vendredi 7 févr. 2014 | Dorothée Duchemin

Réalisateur ET bidouilleur, Michel Gondry a enfin trouvé le lieu idéal pour installer son usine de films amateurs : ce sera à Aubervilliers, dans l’ancienne fabrique d’allumettes. On y fera désormais des films, en trois heures.

Donnez une ancienne fabrique d’allumettes à Michel Gondry, il en fera une usine de films amateurs. « Chiche » s'est dit la ville d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Après une halte au Centre Pompidou, en 2011, Michel Gondry a enfin trouvé un lieu pour établir durablement son projet, déjà passé par New York, Sao Polo, Johannesburg, Moscou et Rotterdam. C’est à Aubervilliers que le réalisateur-bricoleur va poser ses valises. Après l’installation de la clinquante Cité du cinéma de Luc Besson, à Saint-Denis, le département de la Seine-Saint-Denis devient progressivement le département du cinéma.

Une friche industrielle 

En 2011, par un joyeux hasard, alors que l’édition du Festival de Cannes bat son plein, Michel Gondry y croise la route d’Anaïs Bouhloul, chargée de mission à la mairie d’Aubervilliers. Le premier raconte qu’il rêve d’un lieu pour installer son Usine de films amateurs (UFA). La seconde répond que ça tombe plutôt bien, Aubervilliers a ce qui lui faut : une ancienne fabrique d’allumettes, rachetée par la ville en 2010. Manufacture d'allumettes à partir de 1905, le site est abandonné à la fin des années 50. En 1967, les locaux laissés vacants accueillent le siège administratif de la Documentation Française, jusqu'à la récente vente à la ville d'Aubervilliers. 

Alors qu’une grande partie la friche industrielle a été cédée à l’aménageur urbain Sirius, la ville, dirigée par le maire PS Jacques Salvatore, a conservé cinq pavillons de briques, surplombés par une cheminée de 45 mètres de haut classés au répertoire supplémentaire des monuments historiques, et la rue attenante.

Un merveilleux terrain de jeu de près de 1.500 m2, dans une prometteuse friche industrielle de banlieue, Michel Gondry est aux anges. On est pourtant loin du prestigieux Centre Pompidou ! « Pour les décors, c’est génial. La hauteur de plafond, le cachet post-industriel, on adore », se réjouit Fernando Favier, co-directeur de l’UFA. « On aime tous les lieux. Au centre Pompidou, on avait de l’argent pour bien travailler ; ils savent accueillir un public très large. Mais là, il y a encore une histoire à construire [...] Cet aspect défrichage nous plaît beaucoup ». Le quartier est en effet en pleine transformation. En plus des nouveaux logements, une école sera construite juste à côté de l’UFA. « L’UFA peut aussi créer des vocations ! »

Soyez sympa, rembobinez !

Au tout début de l’aventure, le film de Michel Gondry Be Kind, Rewind, sorti en 2008. C’est l’histoire de deux employés de vidéos clubs qui effacent malencontreusement les bandes des cassettes. Ils entreprennent de réaliser eux-mêmes les remakes des films pour les remplacer. « Quand Jeffrey Deitch, galeriste à New York, lui propose de créer une expo à partir du film, Michel préfère partir sur l’idée d’une expo participative », explique le bras droit de Michel Gondry.

Concrètement, on y fait quoi dans cette usine de films amateurs, gratuite et ouverte à tous ? Les participants, dix à chaque session, ont trois heures pour réaliser un film. Ils sont libres de faire le film qu’ils veulent mais suivent un protocole très détaillé imaginé par Michel Gondry. Le scénario, la distribution des rôles, les costumes, le tournage, tout est plié en trois heures. « Et ça marche. Peu importe où on est, les groupes sortent un film à chaque fois. Il n’est jamais arrivé qu’il n’y ait pas de film à la fin des trois heures. »

À la manœuvre, l’équipe de l’Usine des films amateurs mais aussi les gens du coin. Surtout les gens du coin. « On est épaulé par des gens qui nous nourrissent, viennent donner de la force au projet. On ne peut pas le faire tout seul. À Casablanca (prochaine escale de l’UFA), on travaille avec cinquante associations sur le terrain qui s’occupent de gestion du patrimoine, désenclavement des quartiers pauvres, activités culturelles. » Durant un mois et demi, l’équipe de l’UFA prendra ses quartiers d’hiver dans les anciens abattoirs de Casablanca. Six semaines de bricolages, inventions et créations. L’UFA n'est pas une école, c'est une usine à fabriquer du divertissement. 

Un projet populaire

Les travaux de restauration du site d'Aubervilliers débuteront en septembre 2015 et l’Usine des films amateurs devraient ouvrir ses portes en mai 2016. 1,5 million d'euros sont nécessaires. Ils seront financés par la ville, le conseil général, le conseil régional, la fondation du patrimoine et le mécénat de l’opération, le Crédit Coopératif. Les porteurs du projet espèrent aussi obtenir 77.000 euros d’une souscription populaire organisée sur le site de la fondation du patrimoine.

Après l’ouverture, c’est l’UFA qui prendra les rênes financières de la structure : « On étudie encore les possibilités, mais on pense ouvrir un café. On est à la recherche de subventions. Pour les décors, on compte recycler les décors d’autres studios de cinéma. Et d’ailleurs, on imagine créer un partenariat avec la Cité du cinéma. » Fernando Favier n’est pas inquiet. Il sait que ça va marcher. « C’est un projet populaire. Sans le public, on n’existe pas. Les gens doivent s’en emparer. Mais on va prouver qu’un projet pris en main par le public, ça marche ».

Mise à jour le 30 juin : la nouvelle muncipalité d'Aubervilliers a annoncé le vendredi 27 juin que le projet ne verrait pas le jour, faute de moyens financiers suffisants. Selon la ville, tenue par le communiste Pascal Beaudet, "d'autres financements sont plus importants pour la commune".

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