Une robe contre les mégots

mercredi 18 mai 2011 | Dorothée Duchemin

Une robe en mégots de cigarettes pour dénoncer ce geste si habituel qui fait tant de mal à la nature : le jet de mégot, sur les trottoirs ou dans les fossés. Une pollution visuelle, des eaux et des sols dont veut se débarrasser Flore Garcia-Bour.

3 449 mégots ramassés dont 2 763 utilisés pour réaliser Lulu, une robe en mégots chargée de draper le corps de Marc, un mannequin nu comme un ver. Durée de la collecte, une vingtaine de jours. Son nom, le Mégot Défi. « Certains me regardaient comme une folle, choqués. D’autres étaient très intéressés. Positives ou négatives, je suscitais toujours des réactions. Pour moi, c’est un bon point de départ. » Cette jeune fille de 22 ans, c’est Flore Garcia-Bour, une petite brune excédée par l’incroyable nombre de mégots jetés négligemment par terre.

Le mégot, le fléau de la grille d’arbre, le monstre des caniveaux, une gangrène pour les eaux et la faune. Dans les méandres de l’agitation urbaine, on jette son mégot comme on prend le métro, on l’écrase sous sa semelle comme on rajoute du sel. Et on ose s’offusquer d’un papier jeté par terre ? Pourtant ce petit déchet aux allures inoffensives pose bien des problèmes. On estime que 4,5 billions (1 000 milliards !) de mégots sont jetés par an dans la nature et représentent à eux seuls 845 000 tonnes de déchets. Contrairement à ce qu’il y paraît, ce n’est pas du coton, mais de l’acétate de cellulose qui le compose, une matière plastique qui n’est pas biodégradable. Réduit à l’état de déchet, il est par ailleurs chargé des composants polluants d’une cigarette, dont il sert de filtre (goudron, acétone, nicotine, etc.). Ces composants se répandent dans l’eau, dans l’air. Et il pourra lui falloir jusqu’à douze ans pour totalement disparaître. Bien assez de temps pour nuire autour de lui.

Flore espère en finir avec le méchant cylindre. Elle s’est alors jetée un défi, le Mégot Défi. En une vingtaine de jours, du 26 avril au 15 mai, elle devait courir la capitale et s’adonner à des collectes sauvages, seule au milieu d’une faune urbaine pas toujours bienveillante. Au total, elle a mené neuf sessions de ramassage. La dernière a eu lieu tard dimanche 15 mai. « J’ai cru que je n’allais pas avoir suffisamment de mégots de cigarette pour terminer Lulu ».

Une odeur nauséabonde difficile à gérer

Lulu et Marc, un mannequin et sa robe de mégots, cousue main s’il vous plaît. Pourquoi une robe ? « J’ai pensé qu’il fallait un objet qui marque les esprits, et que j’aime bien. Mais je ne suis pas styliste pour autant ! » Durant les vingt jours qu’a duré le défi, Marc attendait Lulu, sa parure, dans l’atelier de Flore. Comment supporter l’odeur nauséabonde de tant de mégots ? La jeune fille explique les coulisses dans un blog, le Mégot Défi. Elle les ramassait puis les déposait sur du coton imbibé d’huiles essentielles. Arrivés dans l’atelier, direction un papier journal où les déchets sont douchés au spray déodorant. Toutes les étapes du projet sont scrupuleusement exposées sur le blog, proximité avec le public, personnification de l’amie Lulu, Flore a su donner du peps à son projet, qu’elle a pris le temps de mûrir.

De retour d’une année de voyage, en Amérique du Sud et Nouvelle Zélande, elle a en tête de créer une radio alternative en Patagonie. Pour trouver des financements, elle se dit que ramasser les mégots est une bonne idée. Faire d’une pierre deux coups : sensibiliser aux jets tonitruants des mégots et récolter des fonds pour une cause. Depuis, la radio alternative de Patagonie est tombée à l’eau, mais Flore voulait aller au bout du Mégot Défi. « Et je voulais conserver l’idée de la collecte de fond, alors j’ai cherché une association qui me correspondait ». C’est l’association Cœur de forêt qui emporte la mise. Durant la période de collecte de mégots, la jeune fille aura récolté 400 euros, qui seront reversés par le biais de l’association dont elle est présidente, Vents Solidaires.

Aujourd’hui, Lulu est terminée. Le défi aura duré vingt jours mais Flore ne compte pas s’arrêter là. « Demain, Lulu fait sa première télé. Je veux continuer à la médiatiser et à sensibiliser le public. C’est facile de ne plus jeter ses mégots par terre. » Il n’est pas question de vampiriser les fumeurs et attribuer des bons points aux non-fumeurs. Il s’agit seulement d’utiliser les cendriers ou les poubelles. Enfin éteignez-le avant, un mégot allumé peut mettre le feu, aussi. La jeune Flore, elle, ne mégote pas avec les mégots. Et vous ?

1 Commentaire

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Vos réactions

Sur Citazine

Sensibiliser les fumeurs, mais pas seulement...

Très bonne initiative que de vouloir sensibiliser les fumeurs à l'utilisation des cendriers et des poubelles.

Il est vrai qu'un mégot jeté par terre ne finit jamais dans un centre de tri. Quand j'ai appris ça il y a 3 ans , j'ai juré que jamais on me reprendrait à jeter mon mégot en pleine nature ou sur les trottoirs. Je ne veut répandre du polonium 210 et de l'acide cyanhydrique que dans mes propres poumons...

Cependant, si on n'est pas équipé d'un cendrier de poche ou qu'on a peur que nos poches se transforment en encensoir à tabac, c'est une mission qui devient vite difficile: le nombre de cendrier dans les villes est proche du néant et les conséquences d'un mégot mal éteint dans un poubelle publique sont immenses.
Encore faut-il avoir une poubelle à proximité... celles-ci sont rares à certains endroits du globe.

J’espère que cette initiative ne sensibilisera donc pas seulement les fumeurs, mais aussi les pouvoirs publics, pour qu'ils équipent leur ville de poubelles avec cendrier intégrés (comme cela se fait dans certains pays), mais également les tenanciers de bar ou resto, pour qu'ils équipent leurs terrasses de cendriers (au lieu de pousser les mégots dans les caniveaux)

 

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