Trous perdus

jeudi 12 avr. 2012 | Fabien Randanne

Cette semaine, deux films nous transportent dans des petites villes plus ou moins loin de tout. Avec Twixt, on composte son ticket pour un patelin ricain bien étrange. Pour la tournée des sous-préfectures de l’Hexagone, il faut monter dans le bus rouge avec l’équipe de Radiostars.

Twixt

Hall Baltimore (Val Kilmer), sorte de Stephen King qui n’aurait pas réussi, pose ses valises dans une petite ville pour une séance de dédicaces. Une jeune fille vient d’être assassinée et le shérif propose à l’écrivain de s’inspirer de l’affaire pour son nouveau roman. Il accepte.

Déconcertant, Twixt l’est assurément. A l’image du beffroi aux sept cadrans d’horloges – dont aucun n’indique la même heure – perturbant le romancier qui vient d’arriver dans le patelin, Francis Ford Coppola se plaît à bousculer les repères du spectateur. Ce qui relève du rêve ou de la trame du livre qui est en train de prendre forme se superpose et s’amalgame à la trivialité du quotidien, allant jusqu’à l’engloutir pour mieux le faire ressurgir abruptement dans les ultimes secondes. Alternant séquences oniriques et passages réalistes (eux même teintés d’une étrangeté menaçante), mélangeant les archétypes (le sheriff redneck, l’écrivain accro à la bouteille, le vampire errant la nuit…), et faisant se chevaucher les genres (thriller, épouvante, gore, comédie…), il compose un grand film sur l’inspiration et le processus d’écriture tout en traitant de la douleur du deuil.

Il en résulte une œuvre d’une beauté formelle renversante – magnifiques séquences en noir et blanc ponctuées de tâches et aplats colorés – qui demande à ce qu’on se laisse emporter par ce tourbillon de folie légère. Car Twixt agite sans cesse ses paradoxes : son charme vénéneux se déploie de manière ludique, son ambiance mortifère aux accents gothiques laisse émerger une forme d’apaisement, de douceur et la gravité cohabite harmonieusement avec l’absurde rigolard. Il n’en faut pas davantage pour faire de ce film à tiroirs un objet de fascination et donner à cette année 2012 son premier chef d’œuvre cinématographique.

Radiostars

La bande de la matinale de Blast.fm, le Breakfast club, réveille la France et réalise des cartons d’audiences. Mais le jour où elle se repose sur ses lauriers, le couperet tombe : les auditeurs commencent à lui préférer la concurrence. Le directeur de l’antenne envoie illico ses rois de la vanne faire la tournée des sous-préfectures pour dégonfler leurs chevilles tout en allant au contact de ceux qui les écoutent. Première étape pour le bus rouge : Cholet. Radiostars commence plutôt bien : quelques bonnes vannes, une ambiance joyeusement potache, des instantanés de la vie de groupe sur les routes de France… il s’en dégage une bonne humeur assez communicative. Surtout, il a le bon goût de se détourner assez vite de la piste « les Parisiens se moquent des provinciaux et vice-versa ».

Romain Levy, le réalisateur, assure que son influence principale est le Presque célèbre de Cameron Crowe (2000, l’histoire d’un tout jeune journaliste qui suit un groupe de rock en tournée dans les années 1970 pour Rolling Stones). On pense davantage à Good Morning England (2009, Richard Curtis, plongée dans une radio pirate émettant depuis un bateau dans l’Angleterre des sixties) –un film sorti au moment où il s’attelait au scénario de Radiostars et qu’il n’affectionne pas vraiment- ou Tandem (1987, Patrice Leconte, suivant deux animateurs d’un jeu radiophonique à travers la France).
Puis, d’un seul coup, la mécanique s’enraye et le scénario part en roue libre, précisément au moment où le bus rouge disparaît de la circulation. Comme s’il avait épuisé toutes les ressources comiques possibles à partir de la synergie entre ses acteurs principaux, Romain Levy invite des personnages secondaires à rejoindre l’histoire sans rien lui apporter (une sœur, un rappeur chanteur romantique contrarié…). Surtout, il fait disparaître à mi-course un personnage fantastique avec lequel il avait entamé un running gag.

Encore moins agréable : la démagogie à deux euros dans laquelle Radiostars finit par s’embourber en entonnant le couplet « si on est à la radio, c’est grâce à toi public » puis le refrain « les vrais patrons, c’est des cons, notre boss, c’est toi public ». Peut-être cependant que cela suffira à faire monter les larmes des auditeurs de NRJ. Les larmes de rire, elles, auront séché depuis longtemps.

> Twixt, réalisé par Francis Ford Coppola, Etats-Unis, 2011, 1h29.
> Radiostars, réalisé par Romain Levy, France, 2011, 1h40.
 

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