"À trois on y va", joli triangle amoureux

mardi 24 mars 2015 | Marco Pierrard

Charlotte est en couple avec Micha mais elle le trompe avec Mélodie qui, de son côté, va également débuter une liaison avec Micha fermant ainsi la boucle d’un trio sentimental potentiellement explosif. En évitant habilement les clichés fantasmés sur le polyamour et le plan à trois, cette comédie sensible sonne miraculeusement juste.

Charlotte (Sophie Verbeeck) et Micha (Félix Moati), en couple depuis plusieurs années, viennent de franchir un cap supplémentaire en achetant une maison près de Lille. Mais la relation entre les deux jeunes amoureux est dans une phase complexe : depuis quatre mois, Charlotte a une aventure avec Mélodie (Anaïs Demoustier), une jeune avocate. Sans rien soupçonner de l’infidélité de sa compagne, Micha se sent toutefois délaissé et embrasse cette « amie » de Charlotte alors qu’il la raccompagne chez elle, ainsi débute une liaison qui vient ajouter une couche de complexité supplémentaire à une situation déjà sensible. Mélodie se retrouve alors complice du secret de chacun, piégée au cœur d’une valse des sentiments dont elle ne peut dévoiler l’existence à aucun de ses deux amours. Tels des équilibristes sur un fil, les trois amants vont tenter de protéger leur secret respectif – au prix de situations rocambolesques – mais la révélation de leurs mensonges est inéluctable.

À trois on y va - Photo Céline Nieszawer © 2015 Rectangle Productions / Wild Bunch Distribution

Drôles de couples

À trois on y va est une comédie qui s’assume et use allégrement du comique de situation pour nous faire sourire, et si l’effet peut paraître un peu répétitif il est également très efficace. La mécanique fonctionne principalement grâce à ces trois personnages qui, malgré la distance toute naturelle que l’on peut ressentir face à l’infidélité, semblent sincères dans leur quête du bonheur, chacun à leur façon. Charlotte et Macha s’aiment c’est indéniable, et pourtant… ils vont tous les deux partir à la recherche d’un supplément de sexe et de tendresse. Malheureusement pour eux leur choix s’arrête sur la même amante, ce qui complique l’organisation de cette double infidélité qui doit, sans le savoir, se partager le même corps et le même cœur. Mélodie se retrouve à devoir gérer sa carrière balbutiante d’avocate, au milieu de cette relation en perte de vitesse : elle est paradoxalement celle qui fait durer la relation en offrant à ses deux protagonistes une stabilité affective qu’ils ne trouvent plus dans leur couple et l’élément perturbateur dont le double jeu peut potentiellement tout faire exploser si il était révélé. Le comique des scènes de confrontation entre les trois amoureux est lié à cette vérité qu’il faut cacher à tout prix, entrainant des réactions assez savoureuses. Le réalisateur joue ainsi avec nos nerfs – et nos zygomatiques – en imaginant des situations où chaque couple est, tour à tour, sur le point d’être démasqué. Mais chacune de ces scènes cocasses rajoute également à la tension qui entoure le moment de la révélation car aucun secret ne dure éternellement, qui va briser le cercle du secret et comment les pointes de ce triangle amoureux vont-elles réagir ?

Three is a magic number… ou pas

Au-delà de son aspect comique réussi, porté par des acteurs frais et charmants, À trois on y va réussit à apporter un peu de profondeur à ses personnages – sans trop s’éloigner du chemin de la comédie – et évite par miracle le piège d’un film à thèse qui ferait l’apologie, ou condamnerait, le polyamour. Le propos est ici plus subtil et se focalise sur les attentes de ces trois amoureux, le réalisateur évite ainsi de plaquer des concepts sur leurs émotions. Charlotte, Macha et Mélodie vivent leur histoire avec pour unique radar leur intuition et leur sensibilité, sans chercher dans un magazine féminin (ou masculin) à savoir si le trio qu’ils forment doit porter un nom précis, s’il est considéré « à la mode » ou encore l’expression d’une errance typique de leur génération face à l’amour. En fermant la porte à toute volonté de nommer cette relation à trois et en ne perdant pas de vue les sentiments, Jérôme Bonnell contourne également le fantasme purement sexuel, et très cliché, du plan à trois. Macha a ainsi bien plus peur de perdre ses deux amoureuses qu’il n’est excité à l’idée de coucher avec les deux femmes simultanément. En se focalisant sur les sentiments de ses personnages et leur quête d’amour, le film évite le piège d’une exploration voyeuriste du polyamour et de grandes théories creuses pour expliquer ce type de relation(s). L’histoire de ces trois-là n’appartient qu’à eux et ne se laisse pas enfermer dans des cases, c’est ce qui la rend si attachante. Au final le film ne traite pas d’autre sujet que la complexité qu’il y a parfois à aimer et être aimé, que ça soit par une ou plusieurs personnes.

Malgré le choix d’un sujet glissant et potentiellement porteur de clichés bien lourds, À trois on y va s’avère être une charmante comédie qui s’offre le luxe d’être à la fois distrayante, sensuelle et touchante. Un bon moment qui donne envie d’être amoureux, tout court.

À trois on y va, réalisé par Jérôme Bonnell, France, 2015 (1h26)

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