Les troglodytes, des maisons sous la terre

jeudi 12 juill. 2012 | Marie Desgré

Citazine continue son voyage estival à la découverte des habitats traditionnels. Durant ces deux mois, évadez-vous au coeur des architectures vernaculaires de la planète. Après l’Afrique avec une halte au Bénin, on revient en Europe cette semaine avec une deuxième étape en France, dans la vallée de la Loire, pour découvrir les troglodytes. Visite de ces habitats non pas bâtis, mais… creusés.

Habitat troglodytique à Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire) | Antoine Paris

À flanc de coteau, ou sous nos pieds, il faut parfois baisser la tête pour trouver ces maisons-là. Les troglodytes sont creusées dans la roche, le plus souvent dans les régions où celle-ci est la plus tendre. En France, on en trouve dans différentes régions, notamment en Tourraine et en Anjou. À Doué-la-Fontaine, près de Saumur (Maine-et-Loire), elles sont creusées dans une pierre qu'on appelle le falun. L’avantage, c’est que cette roche jaune et tendre qui se creuse à la pioche, est très friable. On les appelle aussi les "caves cathédrales", à cause de leur forme : les plus anciennes ont été creusées à partir du XIIIe siècle en formant une sorte d’entonnoir à l’envers, qui était refermé, à la surface, par plusieurs pierres.

Vendre le sable et habiter la roche

Dans cette région, creuser le falun servait à vendre le sable calcaire extrait, mais aussi à habiter la cave et à y stocker des vivres, comme les champignons. Antoine Paris a acquis une de ces troglodytes il y a six ans. 

Chambre d'une troglodyte à Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire) | Antoine Paris

« C’était une ancienne ferme qui n’était plus habitée depuis 1850. Il n’y avait pas l’eau courante ni l’électricité… on a donc engagé de gros travaux de rénovation, plus compliqués que pour une maison normale car nous sommes à 8 mètres de profondeur dans la carrière. Il fallait donc trouver un système capable de remonter les eaux usées à la surface, et traiter l’humidité, sachant que la pierre est très friable. Comme les fenêtres sont petites, l’air circule grâce à un système de VMC ». Bien que le logement soit habitable, Antoine Paris en a fait un gîte, qu’il loue aux touristes désireux de découvrir un habitat local. Dans la région, d’autres troglodytes sont habités ou transformés en locaux d’artistes.

Ancien village troglodytique à Rochemenier (Maine-et-Loire) | Marie Desgré

« Hormis l’humidité, on a un bon confort dans ces troglodytes puisque l’été, il ne fait jamais plus de 22 ou 23 degrés. L’hiver, on est entre 12 et 14, il faut donc chauffer un peu ». Si les habitats troglodytiques sont à nouveau mis en valeur dans la région, ce phénomène est relativement récent : « à partir des années 60, et jusque dans les années 80, de nombreuses caves ont été rebouchées », observe Antoine Paris.

Troglodyte en Libye | Flickr - CC - Mario Inoportuno

Ce type d’habitat existe non seulement dans plusieurs régions de France, taillé dans d’autres types de pierre (notamment dans la roche volcanique pour les grottes de Jonas, dans le Puy de Dôme), mais également dans le monde entier. Comme en Libye ou en Tunisie. Leur présence dans ces pays n’est pas un hasard, puisque l’on trouve souvent les troglodytes dans les pays chauds, leur nature leur permettant de garder une température à peu près stable toute l’année. Mais leur qualité d’habitation souterraine leur confère aussi un autre avantage : en Turquie, certaines troglodytes, ont autrefois abrité de véritables villages souterrains défensifs dans la Cappadoce.

Maison troglodytique à Matmata, en Tunisie | Flickr - CC - Jason Jones

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