Transsexuelle, féminin singulier

jeudi 8 mars 2012 | Nicolas Robert

A l’occasion de la Journée de la Femme, Citazine est allé à la rencontre de Laura Leprince, transsexuelle et déléguée aux questions de genre de l’association Homosexualités et socialisme (HES). Avec une question toute simple : « C’est quoi, pour vous, être une femme ? ».

Prendre le temps de parler avec Laura Leprince, c’est aller au plus près des mots. S’embarquer dans un périple au cœur du vocabulaire, là où l’on ne s’arrête pas vraiment aux notions de grammaire mais où les questions autour du genre reviennent en nombre.

Laura est transsexuelle. Elle prend soin de préciser « avec deux L ». Il y a un peu plus de cinq ans, cette ingénieure était encore biologiquement et administrativement un homme. Et c’est à cette époque-là qu’elle a choisi de « franchir la frontière du genre ».

« Il y avait deux personnes en moi »

La notion de « voyage », c’est Laura qui l'a choisi pour évoquer tout le cheminement qui a fait d'elle une femme. Au tout départ, il y avait « une impression ». « J’avais dix ou douze ans et je le savais déjà, sans forcément pouvoir mettre des mots sur ce qui se passait en moi ».

Le temps passe et l’ado avance : « Quand on est au lycée, on traverse une période très normative. Moi, j’avais envie de savoir ce qui m’arrivait. Mais je ne pouvais partager ça avec personne ». Les mots se posent pourtant sur les sensations. Lentement. « Je me suis rendu compte qu’il y avait en fait deux personnes en moi : l’une était sociale et administrative, l’autre était enfouie. Mais c’est comme s’il n’y avait pas de place dans mon corps pour l’exprimer ».

« Aujourd’hui, on m’écoute moins qu’avant »

Comprendre est une chose, l’accepter en est une autre. Pendant de longues années, la vie de Laura vire un peu à la course contre soi-même. « J’ai dépensé beaucoup d’énergie pour composer avec ce qui était en moi. Souvent, le plus dur n’est pas de franchir le pas, de changer de sexe : c’est de comprendre et faire comprendre aux autres qu’au départ, on n’a pas eu le corps que l’on souhaite ».

En clair : leur dire notamment qu’on est aujourd’hui une femme mais qu’on ne l’a pas toujours été... mais aussi l’accepter soi-même. « Franchir la frontière, c’est assumer tout le chemin car il fait partie de vous », souffle-t-elle. Accepter ce que l’on était (un homme), ce que l’on est (une femme) et ne plus se cacher.

Laura a finalement franchi le pas. A 45 ans, elle paraphrase aujourd’hui Simone de Beauvoir : « Être une femme ? J’apprends ce que c’est tous les jours ». Laisser libre cours à ses envies, porter des tenues qui mettent en valeur ce que l’on est vraiment... mais pas seulement.

« Je fais avec les joies, et aussi avec le reste : constater les comportements machistes, paternalistes, c’est différent de le vivre. Depuis que je suis une femme, je me suis aperçue que quand je parle, on m’écoute moins qu’avant. C’est une question de voix mais pas seulement... » On repense à l’image du chemin, de frontière franchie et on se dit que la formule consacrée « le sexe opposé » est décidément bien choisie.

D’un combat à l’autre

Alors Laura milite. Pour une meilleure reconnaissance du droit des femmes, au côté des associations féministes, « au sein desquelles on se retrouve le plus souvent pleinement intégrées. On veut faire évoluer ensemble les mentalités ».

Au sein de HES, elle se mobilise aussi pour faire évoluer la situation des personnes transsexuelles. Elle a notamment travaillé avec la députée de Gironde Michèle Delaunay (PS) sur une proposition de loi déposée en décembre dernier par soixante-treize députés de gauche. Le but : faciliter le changement de la mention du sexe dans l'état civil.

« Le plus compliqué, quand on change de sexe, c’est que l'on se retrouve dans un entre-deux particulièrement compliqué. Humainement, socialement, professionnellement, explique Laura. On peut avoir l'impression d'être dans un escalier déformé. Il faut tout faire pour réduire la durée de cette période ».

A l’occasion de la présidentielle, le site Egalité LGBT 2012 interpelle d’ailleurs directement les candidats sur les questions de l'orientation sexuelle, du genre et de l’identité de genre, celle qui est ressentie indépendamment du sexe biologique.

Un cap à franchir

En écoutant Laura, on se dit qu’être transsexuelle (ou transsexuel) n’est pas facile aujourd’hui, que c’est encore un peu « pour vivre heureux, vivons cachés »...

« La question du changement d’état-civil, ce n’est pas avoir un papier pour avoir un papier, c’est faciliter la reconnaissance de la transidentité auprès des amis, auprès des familles. Le jour où on pourra raconter son histoire, sa transition d’un genre à un autre plus librement, un cap aura été franchi. » Voilà tout le chemin qui reste, pour trouver tous les mots.

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