"Tom à la ferme", le thriller est dans le pré

mercredi 16 avr. 2014 | Marco Pierrard

Intéressant

Xavier Dolan change de cap et vous invite à passer quelques jours à la campagne avec ce drame psychologique, immoral et pervers. Enfilez vos bottes, une jolie leçon de manipulation vous attend au milieu des champs.

Tom (Xavier Dolan) se rend au fin fond de la campagne québécoise pour les funérailles de son petit ami. Arrivé sur place, le jeune publicitaire se rend compte que personne ne connaît la nature de sa relation avec le défunt. Pour protéger sa mère Agathe (Lise Roy) et la réputation de la famille, Lucas (Pierre-Yves Cardinal), le frère aîné du disparu, impose à Tom un jeu malsain. Présenté comme un simple "ami" du défunt, il est contraint de mentir et confirme à la mère en deuil la version "officielle" ; son fils avait une relation avec une jeune femme. Pris dans le piège de l’imposture, Tom va subir pressions psychologiques, violences et humiliations, jusqu’au point de non retour.

© Clara Palardy // Diaphana Films // MK2 Diffusion

Violente sobriété

En adaptant la pièce éponyme de Michel Marc Bouchard, Xavier Dolan marque son envie de changer radicalement de cap après sa trilogie sur l’amour impossible et la quête d’identité (sexuelle) – J’ai tué ma mère (2009), Les Amours Imaginaires (2010) et Laurence Anyways (2012). Il conserve de la pièce originale la peur, l’angoisse et l’étrangeté sur lesquels il fonde ce thriller psychologique à l’atmosphère pesante, hitchcockienne. Rupture d’ambiance, de look – Tom est un blond peroxydé – mais surtout rupture de style. Radical, le réalisateur souhaite d’abord un film sans musique. Il se ravise et demande à Gabriel Yared de composer la bande originale, mais il n’y aura pas de "clips" dans Tom à la ferme. Disparues les scènes esthétisantes sublimées par des titres pop/electro, le film est rude, nerveux et brutal. Le spectateur est projeté à terre avec Tom, la tête enfoncée dans la boue. Plus rare et discrète, la musique s’immisce sournoisement, comme la perversion dans l’esprit de Tom, au rythme lancinant du titre Sunglasses at night, sobrement diffusé dans une taverne locale.

© Clara Palardy // Diaphana Films // MK2 Diffusion

Tom se la ferme

La perversion du film réside dans l’attitude de Tom qui décide de rester à la ferme auprès de cette improbable famille d’adoption, malgré les violences subies. Une attitude de soumission totale, entre masochisme et syndrome de Stockholm, surprenante mais qui s’explique par la fragilité du personnage. Bouleversé par une mort dont il ne peut faire le deuil, Tom compense le vide qu’il ressent par cette expérience extrême et destructrice. Il se complait dans cette douleur malsaine qui lui permet d’échapper à sa peine. Ne sachant pas comment l'intégrer aux dialogues, Xavier Dolan a écarté la phrase mise en exergue de la pièce originale : "Avant d'apprendre à aimer, les homosexuels apprennent à mentir". Un choix qu'il regretta ensuite, tant cette formule en dit long sur Tom et sa capacité à renier ce qu’il est auprès de cette famille où l’imposture règne. Toute la tension du film provient de cette vérité libératrice qui tarde être révélée, une explosion finale dévastatrice qui n’épargnera personne.

Xavier Dolan réussi l’exercice de style avec ce huit-clos au grand air malsain et captivant. Un voyage à la ferme éprouvant mais il suffit de se laisser entraîner pour ressentir, comme Tom, un certain plaisir… pervers évidemment.

Tom à la ferme, réalisé par Xavier Dolan, Canada - France, 2013 (1h45)

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