"Tangerine", un Noël en transe

mercredi 30 déc. 2015 | Marco Pierrard

Très bon
Tout juste sortie de prison, Sin-Dee apprend par son amie Alexandra que Chester, son petit ami et souteneur, la trompe. Elle se lance alors dans une folle virée pour se venger de la fille tentatrice et retrouver son homme infidèle. Trash, drôle et tendre, Tangerine est un petit bijou de cinéma indépendant, parfait pour terminer l'année en beauté.

La veille de Noël, Sin-Dee Rella (Kitana Kiki Rodriguez) et Alexandra (Mya Taylor), deux prostituées transgenres, se retrouvent au Donut Time à Hollywood pour fêter la libération de Sin-Dee après 28 jours de prison. Au détour de la conversation, Alexandra lâche par mégarde que Chester (James Ransone), le maquereau et petit ami de Sin-Dee, l’a trompée pendant qu’elle était incarcérée.

Folle de rage, Sin-Dee n’a plus qu’une seule idée en tête : retrouver Dinah (Mickey O’Hagan), la “vraie fille” avec qui Chester l’a trompée, pour une confrontation à trois qui s’annonce tumultueuse. Alors que Sin-Dee se lance sur la trace de Dinah et Chester, Alexandra part de son côté pour faire la promotion de son tour de chant qui doit avoir lieu le soir même dans un bar à l’ouest de la ville. Pendant ce temps, le film suit en parallèle la journée de travail de Ramzik (Karren Karagulian), un chauffeur de taxi arménien. Au bout de la nuit, la trajectoire de ce père de famille menant une double vie va finalement croiser celle de Sin-Dee et Alexandra, dans une collision riche en révélations.

Tangerine © Magnolia Films

Joyeux Noël, bitch !

Dans Tangerine, le réalisateur Sean Baker s’intéresse à une population souvent marginalisée par le grand public. Le fait que les deux héroïnes soient deux transsexuelles afro-américaines prostituées n’est évidemment par un hasard, difficile de choisir des personnages moins mainstream comme sujet. La réussite du projet tient au regard impartial que Sean Baker porte sur ses personnages hauts en couleur, sans chercher à condamner ou à justifier leurs choix ou leurs excès. Un point de vue que le réalisateur proposait déjà dans Starlet (2012), l’histoire d’une amitié improbable entre une jeune actrice porno et une vieille dame solitaire.

Libre dans la forme et le ton - forcément direct et outrancier -, Tangerine est porté par l’énergie de ses deux actrices principales, très proches de leurs alter egos fictifs. En refusant d’analyser les comportements de chacun et en fermant la porte à tout jugement, le cinéaste offre une vision brute et radicale de la vie de Sin-Dee et Alexandra, avec ses aspects comiques mais également glauques. Le tout fonctionne car Sean Baker reste toujours au plus proche de ses personnages, sans chercher à les essentialiser en tant que prostituées ou transsexuelles. Tangerine se garde bien de donner une leçon ou de délivrer un message et le spectateur est invité à découvrir les personnages, avec leurs forces et leurs défauts, dans toute leur humanité.

Tangerine © Magnolia Films

Guerilla visuelle

Pour faire honneur à la fougue de ses comédiens, Sean Baker et Radium Cheung, son directeur de la photographie, ont opté pour une méthode de tournage inédite. Le film a été entièrement capturé par des iPhone 5S équipés d’une caméra optimisée. Les smartphones, moins impressionnants que des caméras professionnelles, ont permis aux acteurs débutants de jouer avec un naturel saisissant. La technique, proche du documentaire, offre au film une vitalité qui colle parfaitement à son sujet, sans pour autant sacrifier le rendu visuel, très travaillé. L’image, à la fois granuleuse et saturée, ne trahit jamais l’économie de moyen du tournage et le montage nerveux, associé à une bande son très électrisante, tient en haleine tout au long de cette folle virée dans les rues les plus animées de Los Angeles.

Aussi radical que réjouissant, Tangerine vous invite pour une drôle d’expédition punitive menée par une Cendrillon des temps modernes qui ne devrait pas vous laisser indifférent. Si vous pensiez que cette année votre réveillon de Noël était pourri, attendez de découvrir celui de Sin-Dee et de son amie Alexandra. Un joli film indépendant, drôle et sincère, qui ne revendique rien, à part l’essentiel : un grand respect pour son sujet.

Tangerine, réalisé par Sean Baker, États-Unis, 2015 (1h28)

0 Commentaire

  • Avant de poster vos commentaires, merci de bien vouloir prendre en compte la charte des commentaires .
  • Il n'est plus possible de réagir sept jours après la publication de l'article.
  • Si un commentaire vous parait douteux (insultes, xenophobie, publicité ...) merci de nous le signaler en cliquant sur le lien "Alerter"

Vos réactions

Sur Facebook

Articles du mois