Superman contre le mauvais journalisme

vendredi 26 oct. 2012 | Nicolas Robert

La crise de la presse a fait cette semaine une nouvelle victime : dans un comic book paru ce mercredi aux Etats-Unis, Clark Kent, alias Superman, quitte le Daily Planet. Décryptage d’un "superbuzz" qui n’est pas le premier.

La sortie d’un nouvel épisode des aventures de Superman, c’est toujours un petit événement pour les amateurs de comics. Ce mercredi, la publication aux Etats-Unis du nouvel opus signé par Scott Lobdell et Ken Rocafort, a connu un retentissement plus important. Et mondial.

Dans le numéro 13 de la revue Superman, Clark Kent, l’alter ego du superhéros, quitte effectivement le Daily Planet, le journal qui l’emploie depuis plus de sept décennies. Désormais, Superman pointe au pôle-emploi.

Volume 13 de Superman

Les raisons du clash : alors que les ventes du journal version papier ont décliné, le journal de Metropolis a été racheté par un puissant conglomérat financier. Le groupe en question, Galaxy Broadcasting System (GBS), a décidé de faire le pari du web et du sensationnel. Ce qui n’est pas sans poser de problèmes de conscience à Kent.

Une vraie fausse première

Dans un phylactère du nouvel épisode, on voit Clark interroger sa rédaction avec véhémence : « Cela va faire presque cinq ans que je suis journaliste. Pourquoi suis-je le seul à avoir l'air de croire que les infos doivent, je ne sais pas, informer ? ». Juste avant de claquer la porte. Et notre Superman devient alors le défenseur du journalisme d'investigation contre le journalisme de bas étage véhiculé par le Web.

En fait, la crise couvait depuis plusieurs mois. Et le coup de théâtre a été savamment préparé. Précisément depuis que DC Comics a lancé un reboot des aventures de l’homme venu de la planète Krypton, il y a un an. Reboot lancé dans le cadre d'un large remaniement, The New 52, qui a fait repartir de zéro pas moins de 52 comics de l'univers DC Comics. Et premier volume de ce nouveau Superman s’ouvrait effectivement sur… la démolition des anciens locaux du Daily Planet.

Superman contre Internet  

Cette intrigue, on ne peut plus dans l’air du temps, traduit en tout cas la volonté de Lobdell de surprendre les fidèles lecteurs de Superman. « Je voulais envoyer un vrai boulet de canon dans le Super-verse (l’univers dans lequel évolue Superman, NDLR) » a avoué l’intéressé à USA Today.

La nouvelle, largement relayée sur le web, est parfois considérée comme un tournant inédit dans les aventures de Clark Kent/Superman. Sauf que c’est un peu plus compliqué que ça.

Xavier Fournier, rédacteur en chef du magazine Comic Box, est en effet formel : « Dans les années 70, Clark avait déjà quitté le Daily Planet pour devenir présentateur télé. Et dans les années 2000, il a carrément été viré ! ».

Un univers chamboulé depuis un an

La première fois, c’était un bon moyen de renouveler les aventures de Superman, qui devait parfois présenter les infos et venir en aide aux innocentes victimes de Métropolis en même temps. La seconde, il s’agissait d’un subterfuge pour permettre au journaliste de travailler sous couverture.

Cette fois-ci, cependant, le départ s’inscrit dans un mouvement de fond. Depuis un an, les nouvelles aventures de Superman prennent en effet un malin plaisir à remettre en cause plusieurs fondements de l’univers imaginé par Jerry Siegel et Joe Shuster en 1932.

Volume 1 du nouveau Superman

La preuve : Lois et Clark ne sont désormais plus mariés (fin août, Superman a même échangé un baiser avec Wonder Woman)… et surtout il ne porte plus de slip rouge sur son collant bleu puisque sa tenue a été relookée !

Ce nouvel épisode connaîtra-t-il un succès aussi énorme que celui qui raconta, en 1993, la mort du superhéros ? Dans les deux cas, la couverture médiatique de l’événement a fait sensation. Et cette année, le départ du Daily Planet joue allègrement avec le buzz.

Un buzz rondement orchestré

« DC Comics a pris le parti de beaucoup communiquer sur la vie de Superman, note Xavier Fournier. Aux Etats-Unis, le marché du comics est en stagnation, alors on fait ce qu’on peut pour attirer le chaland. Mais c’est vrai que le message véhiculé est très ambivalent puisque DC Comics fait aussi partie d’un puissant conglomérat : la Warner ».

Le logo de Superman

On ignore en tout cas combien de temps Clark Kent restera loin du Daily Planet. Si Lodbell a affirmé, un peu sur le ton de la boutade, qu’il pourrait peut-être fonder le prochain Huffington Post, les fans, eux, gardent la tête froide. Il faut dire qu’ils ont vu d’autres. « En 1993, Superman est mort et six mois plus tard, c’était reparti de plus belle ! », ajoute le rédacteur en chef de Comic Box.

Et si, d’aventure, il ne devait plus travailler pour le Daily Planet, il ne serait pas le seul héros de comics à devoir changer de vie. « A la fin des années 2000, Peter Parker/Spiderman a également quitté son poste de photographe au Daily Bugle pour devenir laborantin. On en a beaucoup moins parlé et, lui, n’a toujours pas repris son poste. »

Être superhéros et travailler dans les médias ne font pas bon ménage au XXIe siècle.
 

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