Le streetgolf fait son trou en centre ville

lundi 20 mai 2013 | Jeanne Ably

Ne vous étonnez pas de croiser au détour d'un chemin un hipster armé d’un club de golf. Au même titre que le streetfishing qui se pratique les pieds sur le bitume en  jean et baskets , le  streetgolf,  alias urbangolf,  fait son trou – ! – dans la street culture. Plus accessible, moins coûteux, pimenté d’avant-gardisme, il est l'occasion de s’approprier le mobilier urbain tout en revendiquant un esprit champêtre. Rencontre avec Philippe Missemer, fondateur du  collectif  "19e trou" et précurseur de cette discipline en France.
 

L'Urbangolf, une pratique qui se développe. Photo Alex Chamemat

À la trappe, l’image poussiéreuse d’un sport de « bourge » juste bon à réjouir une engeance à pantalon à pinces et polo Ralph Lauren. C’est officiel : le golf a passé la frontière du 7-8 pour installer ses greens en centre-ville. Apparu officiellement dans les années 90 à Berlin, et bien avant, au XVIIIe siècle, sous l’impulsion d’un certain Thomas Duncan, d'Édimbourg, dont on ne sait rien sinon qu’il aurait été l’inventeur de cette discipline frappante, le streetgolf fait le buzz et crée l’événement. Compétitions aux quatre coins de la France, partenariats avec les plus grandes marques, dont la chiquissime Lacoste, sponsorings, télés, unes de journaux, etc.

Tout commence à Paris en 2003 : fraîchement débarqué pour y rejoindre sa copine de l’époque, Philippe Misssemer, dont le souffle juvénile aura cette année raison de trente et une bougies, décide de taper la balle à la sortie du boulot, histoire d'entretenir son swing. Deux ans et quelques centaines de parties improvisées plus tard, notamment sur les quais de Seine avec pour cible les navettes du ministère des Finances, naît le collectif "19ème trou", par référence au numéro du trou ultime, situé hors des parcours balisés. Depuis deux autres associations de street golfeurs se sont installées à Paris. 

Le Logo du 19ème trou. Photo 19ème trou

Objectif : promouvoir, dans l'esprit de la street culture, cette discipline insolite en organisant toutes sortes d’événements, de la journée d’initiation au tournoi national en passant par la mise en place d’expositions ou la réalisation de clips de lancement de marque. « L’idée première est de démocratiser le golf, de lui offrir une cure de jouvence. C’est ainsi que le port du jean, interdit dans l’étiquette du golf, tend à s'imposer grâce à nous. Plus qu’un sport de crise, le streetgolf se veut, comme le proclamait en 2005 mon associé Bastien, acte politique inconsidéré, récupération d'une discipline  un peu chochotte. » Sport en tout cas – et Philippe insiste –  en constante évolution et dont les règles, inspirées du jeu traditionnel, varient selon l’environnement. Pour n’en citer qu’une : l’interdiction de se promener son club à la main entre deux trous, que Philippe et ses coéquipiers ont instaurée conformément à la loi sur le port d’armes.

Une discipline ouverte à tous

Pari réussi : la majorité des joueurs – entre  cinq et dix mille en France, selon les chiffres les plus fiables1 – ont beau avoir fréquenté les club houses depuis l’enfance, beaucoup n’ont jamais eu un club entre les mains avant de se mettre au streetgolf, certains se découvrant dès lors une passion pour le vrai golf. C’est d’ailleurs l’ambition de la Fédération française : loin de mépriser le collectif  "19ème trou" qui rallie non seulement les street golfeurs mais aussi des musiciens, des graffeurs et autres artistes en chemise à carreaux et barbe de trois jours, elle encourage le mouvement et son envie de démocratiser le golf.

Philippe Missemer, fondateur du collectif 19ème trou. Photo 19ème trou

Quant au profil du pratiquant, impossible d'établir un portrait-robot: rappeurs, rastas, experts-comptables, théoriciens marxistes, penseurs libéraux, quinquas en BMW, ados à chewing-gum, tous se donnent rendez-vous à l’heure de l’apéro, avec ce qu’il faut de Kronenbourg, sur le parvis de la Défense  (le spot idéal le week-end, selon Philippe), en haut de la butte Montmartre, dans les terrains vagues de la proche banlieue, sur les anciennes voies ferrées, ou ailleurs. Le streetgolf se  joue n’importe où, à la plage comme à la ville, à charge de viser n’importe quoi, poubelle, bouche d’égout, statue, colonne Morris, fontaine Wallace, panneau de signalisation, toit d’immeuble, casquette de sergent de ville (rires)  ou on ne sait quoi d’autre. Il est accessible – là réside son intérêt – aux novices comme aux chevaux de retour, sans égard aux convictions politiques ni au montant du compte en banque. Seuls mots d’ordre : convivialité, sécurité, créativité.

A pratiquer n'importe où, n'importe quand. Photo Skoyp

Notre jeune vétéran a un adage : où tu veux quand tu veux et avec qui tu veux. Il est catégorique : « Tant qu’on respecte les personnes et le mobilier urbain tout est permis ou presque, puisqu’il s’agit de  jouer dans la joie et dans la bonne humeur. » Le street golfeur, de sexe généralement mâle, se caractérise par son ouverture d’esprit et son fair-play. Il n’hésitera jamais à conseiller son adversaire ni à vanter la pratique de son art auprès des personnes, tantôt estomaquées, tantôt offusquées, qui croisent son parcours. Idem pour les agents de police, qui se montrent désormais tolérants, jusqu'à taper eux-mêmes la balle entre deux rondes.

Aujourd'hui Philippe le passionné veut se consacrer à un projet plus intime qui lui trotte dans la tête depuis longtemps : un tour du monde du streetgolf, pour découvrir les plus beaux spots et se frotter aux équipes de toute la planète. Il espère bien en faire un livre. Le  streetgolf a encore un beau parcours devant lui.

> Prochain événement Urban Golf organisé par le 19ème trou les 28-29-30 juin à Saint-Quentin-en-Yvelines. 

  1. 1. Difficiles d'avoir des chiffres plus précis : beaucoup jouent seuls et il n'existe pas de fédération officielle pour les recenser
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