Stéphane Moscato à la galerie Ligne 13

mardi 12 juin 2012 | Dorothée Duchemin

La Galerie ligne 13, lieu d’accueil pour les artistes du street art, accueille depuis le 6 juin l’artiste marseillais Stéphane Moscato. Un pochoiriste dans un univers dense et complexe.

Les Corps célestes, le nom donné à cette exposition et qui en reflète également la ligne directrice. « L’espace, le ciel, le corps, les oiseaux… Pour cette expo, et pour la première fois, j’ai travaillé autour d’un thème bien déterminé. » À travers ces thèmes, c’est la liberté qui est fêtée, dans chaque secteur du travail de l’artiste. On la trouve dans les corps, très présents dans son travail. Jamais contraints, ils semblent tout à fait détendus et relâchés, le regard porté vers le haut. L’oiseau est également très présent et notamment l’hirondelle. « Elle ne se pose jamais à terre, c’est la liberté par excellence. »

Un amour volage | Photo DR

Affiches, couvertures de livre, journaux, c’est aussi la diversité des supports qui retient l’attention. Et tous ces supports, ils ont été récupérés dans la ville. Stéphane Moscato vient du Street Art. Très présent en galerie ces dernières années, il tient malgré tout à rester connecté à la rue. « J’essaie d’avoir un discours cohérent, de continuer à faire du street art en amenant un morceau de rue dans la galerie. Du street art sur la toile brute, je trouve ça dommage alors qu’il y a plein de choses à récupérer et à travailler. Et moi, à Marseille, niveau récupération de déchets, collages anarchiques, j’ai de quoi faire. »

Our Spaceship earth | Photo DR

Voilà commence débute l’histoire de ces œuvres. Une ballade en voiture, dans la cité phocéenne. Il traîne devant les panneaux de libre expression, se poste devant les affiches. Et attend le déclic. « Trois choses guident mon choix, en fonction du sujet que je veux traiter. La couleur, les bords de l’affiche, qui vont donner une ligne de regard et la typo. Je décolle l’affiche et la stocke chez moi. »

Des oeuvres polysémiques

Chez lui, dans l’atelier, l’affiche est marouflée sur toile. Il applique ensuite son pochoir en positif, mais aussi, enduit de peinture, en négatif. S’ajoute alors la typographie : des lettres, des mots, des chiffres. Un travail de composition très construit et réfléchi, des œuvres polysémiques extrêmement denses. Stéphane Moscato sait de manière très précise où il va, mais ne contraint jamais le public à suivre son cheminement. « Libre à lui de se fabriquer un chemin de pensée. Moi, j’essaie de l’entraîner vers une réflexion. Quand je fais mon tableau, je sais où je vais. Je jette des petites touches d’imprécision pour obliger les gens à réfléchir. Si j’y arrive, alors j’ai atteint l’objectif. »

La tête dans les nuages, sur couverture de livre | Photo Dorothée Duchemin

Juste avant le vernissage de l’exposition à la galerie Ligne 13, Stéphane Moscato a posé l’un de ses pochoirs dans la rue. Cette fois, il signe STF, plus pratique parce que plus rapide. S’il aime toujours beaucoup intervenir dans la ville, il s’en est toutefois détourné au profit de la galerie. « J’ai attaqué par la rue, mais je ne me suis plus senti à l’aise quand tout le monde s’est mis à faire n’importe quoi. Mes aînés sont Ernest Pignon Ernest, Jef Aérosol, des gens qui connectent leurs œuvres avec une rue, un quartier, un lieu. Alors que maintenant, beaucoup interviennent juste pour se montrer, je me suis alors retranché dans l’atelier pour faire des pièces beaucoup plus composées. »

Façade de la galerie Ligne 13 | Photo Dorothée Duchemin

Garder un sens, rester cohérent, tenir une direction, une philosophie qu’il conserve dans son travail. Les pochoirs utilisés pour les œuvres en galerie ne le seront qu’une seule fois, parce qu’une œuvre pour la galerie doit rester unique. « Dans la rue, le pochoir est éphémère et il correspond à un lieu. Qu’il soit décliné à l’infini, je suis pour. Mais en galerie, voir toujours les mêmes pochoirs à chaque expo avec seulement une couleur qui change, je ne comprends pas. »

STF pose un pochoir dans la rue avant le vernissage | Photo Samantha Longhi

STF est cash, un peu trash aussi. Selon lui, le pochoir est au rock n’roll ce que le graffiti est au hip hop. Issu d’un milieu punk, contestataire, il parle de son travail en ces termes, « trash maîtrisé ». Ce côté rock n’roll, c’est aussi la deuxième vie qu’il donne aux objets, la récupération, le recyclage. Et bien sûr en filigrane, un message écolo. Mais surtout, c’est la liberté qu’il laisse à ceux qui regardent son œuvre. Surtout, pas de coercition.

> Les Corps célestes, Stéphane Moscato, jusqu'au 30 juin, 13 rue de la Condamine, 75017 Paris.

 

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