Six soeurs et un sac à main

mardi 26 juin 2012 | Dorothée Duchemin

Donnez-leur un vieux blouson de cuir, elles vous rendront un sac à main. Ces six sœurs accros au cuir et à la couture, mordues de sacs et de brocantes, ont eu l’idée géniale de faire de leurs passions une boutique et un atelier en ligne, lancés en avril dernier.  

Elles sont six : Alice, Lucie, Jeanne, Suzanne, Angèle et Madeleine. Elles sont sœurs. Six sœurs mordues de mode, de cuir et de sacs à main. Ensemble, en avril dernier, elles ont lancé leur propre site, Sixsoeurs.fr où elles vendent les sacs qu’elles ont elles-mêmes confectionné, à partir de cuirs vintage, chinés dans les brocantes ou apportés par les clientes. A chaque fois, le sac nouveau-né a une histoire et une vie antérieure.

Un ancien pantalon | Photo SixSoeurs

Madeleine, la plus âgée, a 34 ans. Elle chine depuis qu’elle a 14 ans. C’est chez elle que nous avons rendez-vous, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Elle nous y attend avec l’autre sœur qui s’y consacre à plein-temps, et plus encore, Suzanne. Des sacs à la déco vintage, « tout ce qui se trouve dans cette pièce a été chiné ! ». Les tasses à café ont été dégotées dans une brocante. On prend place dans de séduisants fauteuils, que leur mère a elle-même recouverts de velours rouge.

Au départ, une mère

Biberonnées aux embruns des côtes normandes, toutes ont commencé à courir les brocantes avec cette mère couturière, clé de voûte de cette aventure en famille. « Comme on le dit souvent, Sixsœurs, c’est d’abord une mère », raconte Suzanne, la troisième des sœurs. Une génitrice couturière de carrière qui a transmis à chacune de ses six filles la passion des sacs et des brocantes (sans doute que le papa écrivain n’y est pas pour rien dans leur amour pour l’écriture, mais revenons à la maman.) « C’est elle qui nous a tout appris, commente Madeleine, on n’a pas fait d’école de couture. » Entre deux brocantes, elle leur a d’abord confectionné des sacs en tissu avant que les filles ne développent un goût prononcé pour le cuir. Bon gré, mal gré, la matriarche se met au cuir. Finalement, elle prend goût à cette matière noble, sensuelle et glamour que le temps patine à merveille.

De gauche à drote, Angèle, Alice, Jeanne, Suzanne, Madeleine, Lucie | Photo Jean Chénel

Les stocks de cuir qui grossissent, les musettes made in Normandie ou Paris qui s’amoncellent, que faire de ces sacs en peau qui s’arrachent dans les petites ventes organisées pour les copines ? « La boîte où je travaillais venait de fermer et je me suis dit que ce serait bien de faire quelque chose avec ces sacs en cuir. J’ai commencé à faire le tour des ateliers de fabrication, mais je me suis rendue compte que si on les faisait faire, nos sacs allaient perdre leur âme », raconte Madeleine, qui se lance, avec Sixsoeurs, dans une deuxième vie professionnelle après l’audiovisuel.

Six personnalités, une créativité commune

Elles décident alors de monter leur site. Une boutique à deux entrées, Sixsoeurs et Sixsœurs atelier ; un même univers bohème, qui mise sur la qualité des peaux, le savoir-faire et l’esprit de famille. Une créativité commune, affinée par les six sœurs au fil des années, toujours au contact les unes des autres.

Donnez-leur un vieux pantalon, elle vous feront un sac | Capture du site SixSoeurs

SixSœurs Atelier, ce sont les sacs qu’elles confectionnent. « Les clientes nous apportent des vieux vêtements de cuir qu’elles ne mettent plus et on les transforment en sac. » Blousons aux larges épaulettes ? Mini-jupes étroites ? De vos fripes, les filles feront des sacs. Le site, lancé en avril dernier, propose aussi des sacs qu’elles ont crées à partir de cuir vintage déniché dans les brocantes.

Un vide-dressing en ligne

Sous la marque Sixsoeurs, elles mettent en vente les trésors découverts, à l’aube, dans les brocantes. Les quatre autres sœurs sont danseuse, maquilleuse, journaliste et styliste. Si elles ont un travail, elles participent dès qu’elles le peuvent. « Nous chinons toutes, comme ça on a des yeux partout. Six petits soldats, toujours à l’affût. » Elles vident aussi les greniers de clientes qui n’en ont pas le courage, des perles sont parfois dénichées sous les toits.

Leur site est en fait leur dressing parfait. « Notre credo : les belles pièces et les bonnes affaires. Nous sommes très vigilantes sur l’état et la qualité du vêtement. Il colle à notre univers, même si on l’élargit de plus en plus. Il s’agit souvent de pièces de créateurs, parfois de produits vintage, mais il faut que ce soit nickel », insiste Suzanne, toujours mannequin entre deux sacs et trois vide-greniers.

Cabas créé à partir d'un blouson de cuir chiné en Normandie et acheté à un motard... | Photo SixSoeurs

On sonne à la porte. Une jeune femme vient récupérer un manteau acheté sur le site. L’échange est chaleureux. SixSœurs fleure bon l’authenticité. L’histoire des sœurs est peu banale, de cette entreprise encore moins. L’histoire de ces pièces de mode, ce qu’elles racontent, est aussi l’une des raisons d’être des sacs de Six Sœurs Atelier. Les ateliers ? Les appartements des six jeunes filles ou l’atelier installé en Normandie à proximité de la maison de famille. « Ce qui est magique, c’est de voir le vêtement et d’imaginer le sac dedans. On n’est pas totalement maître, c’est le vêtement qui nous guide », confie Suzanne.

Sur la table, une paire de sabots est prête à être expédiée, quelque part en France. L’une des sœurs emmènera le colis à la Poste dans la journée. Sixsoeurs débute mais jouit déjà d’un impressionnant bouche à oreille. La famille, le cuir, la mode et la récup’, un cocktail qui attire !

> Photo page d'accueil, ©Jean Chénel. 

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