Simenon et son immersion au "36"

lundi 19 mars 2012 | Anthony Renaud

Troisième et dernier épisode de notre série sonore consacrée à ce lieu mythique, le 36 quai des Orfèvres. Une adresse immortalisée par les romans de Georges Simenon. Tout a commencé par une invitation officielle – en réalité, une opération de charme – du directeur de la Police judiciaire parisienne lancée à l'écrivain belge. Première rencontre avec le commissaire Guillaume qui deviendra le modèle de Simenon pour construire le personnage de Maigret...

 

L'enquête de Citazine au 36 quai des Orfèvres touche à sa fin. Grâce à la méthode d'identification des délinquants d'Alphonse Bertillon et le concours de la brigade mondaine, nous sommes remontés jusqu'à celui que nous recherchions : Georges Simenon. Le père du commissaire Maigret a une place toute particulière dans l'histoire du "36", siège de la Police judiciaire (PJ) parisienne. C'est lui qui a popularisé et immortalisé ce lieu mythique grâce aux enquêtes de son célèbre commissaire à la pipe et au chapeau de feutre.

En 1930, Simenon est un jeune journaliste et écrivain. Il vient de créer le personnage de Jules Maigret dans Pietr le Letton puis Le Charretier de la Providence, publiés en 1931. Un commissaire qui rompt avec la tradition littéraire d'alors : solide gaillard, il a du flair, de l'intuition... et n'est pas ivre. Xavier Guichard, le directeur de la Police judiciaire parisienne est furieux. Pourquoi ? Pour une fois qu'un policier est bien traité dans un roman, qu'il montre un aspect positif de la Police, il appartient à la maison d'en face, la brigade mobile (relevant de la Sureté). Or, cette dernière et la Préfecture de Police (le "36"), se livre une petite guéguerre.

Le directeur de la PJ parisienne va donc imaginer une opération de communication pour séduire et impressionner Georges Simenon. Courant 1931, il invite l'écrivain belge au 36 quai des Orfèvres, dans ces bâtiments vétustes et peu lumineux, pour une petite visite de tous les services. Objectif ? Tout simplement le récupérer, lui montrer le vécu des inspecteurs, les coulisses. En clair, lui en mettre plein les yeux et montrer qu'à la PJ aussi, on fait du bon travail.
Charles Diaz, actuel contrôleur général à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), historien et ancien du "36" raconte la suite... 

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A partir de ce moment-là, Simenon aura ses entrées au "36" et rencontrera à plusieurs reprises le commissaire, rigide et moustachu, Marcel Guillaume, chef de la Brigade criminelle, et son adjoint Georges Massu. Deux policiers hors norme1 qui vont permettre à l'écrivain de construire physiquement et moralement le commissaire Maigret. Notamment Marcel Guillaume – et ses techniques d'interrogatoires – qui deviendra un véritable modèle pour Simenon.

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Et les premiers concernés, les policiers, que pensaient-ils de ces romans teintés de l'atmosphère du "36" et des enquêtes de l'impénétrable commissaire Maigret ? Pour répondre aux critiques, Georges Simenon a sa petite tactique.

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Pour Charles Diaz, le créateur du roman gris policier a su mettre en scène un commissaire qui n'est pas infaillible. Et surtout, Simenon a parfaitement cerné le fonctionnement et les coulisses du 36 quai des Orfèvres pour retranscrire, dans ses romans, la vie professionnelle des policiers, leur place dans la vie sociale. 

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> Histoire du 36 illustrée, Claude Cancès et Charles Diaz, Editions Jacob-Duvernet.
> A lire (et à écouter), Bertillon, révolution et police scientifique, le 1er épisode, et La Mondaine, légendaire et sulfureuse, le 2e épisode.

  1. 1. Le commissaire Guillaume deviendra une figure du "36". Notamment pour avoir enquêté ou traqué la Bande à Bonnot, Landru ou encore l'affaire Stavisky.
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