Sex toys, fini de jouer !

vendredi 25 févr. 2011 | Dorothée Duchemin

Le godemiché est devenu fréquentable depuis l’apparition du sex toy, au début des années 2000. Présentés comme des objets ludiques et mignons, ces charmants instruments déculpabilisaient l’utilisateur. Aujourd’hui, celui-ci a mûri et a de moins en moins besoin du canard rassurant.

Déjà distribué aux fans lors de sa tournée en 2009, le godemiché de la rousse Mylène Farmer est dorénavant disponible sur son site de merchandising. Il côtoie les T-shirt, éventails et autres pendentifs que vend la star. Il n’est ni mignon ni « trop chou » et il ne fait pas marrer. Non, le Sextonik de Mylène Farmer est un godemiché, un vrai. Il est noir, incrusté de faux diamants et il a une forme phallique. Il impose assurance et puissance. Rien à voir avec ses petits frères animaliers, chouchous de la presse féminine.

Un véritable bestiaire

Jusqu’à très récemment, les sex toys les plus en vogues étaient ceux à l’effigie d’animaux sympathiques. On préfère les taupes aux lions et les dauphins aux épaulards. Un véritable bestiaire peuplé de poissons farceurs, chenilles non urticantes, lapins malins ou pingouins rigolards. Les mines ludiques et innocentes, le sex toy affichait un air de "pas y toucher". Christian Foch, cofondateur du site Chambre 69 : « Au début, on ne montrait que des sex toys déculpabilisants, mignons et souriants. Les médias n’osaient pas montrer des objets plus… concrets. C’est donc forcément ce qui a le mieux marché. »

Bien sûr, dans ce bestiaire fantastique, le canard a une position à part. Lancé par Sonia Rykiel en 2003, c’est grâce au volatile que le sex toy a pu sortir des sex shops sombres de la rue de la gare. Mais il a beau faire le malin en pirate, tout nu tout jaune ou sado-maso, le canard reste avant tout un jouet de bain. Pour enfant ! Et Christian Foch d’asséner : « Il faut de tout de même reconnaître que le canard possède un potentiel orgasmique plus que limité ! »

Des godemichés plus concrets

Aujourd’hui, le godemiché n’avance plus masqué, déguisé en choco BN à l’heure de la récré. Les boutiques en lignes, qui ont pignon sur rue, sont de moins en moins peuplées par nos amis les bêtes. Les rayons affichent au contraire des godemichés phalliques, beaucoup moins tape-à-l’œil.

« Les clients ont maintenant des attentes exigeantes en termes de plaisir. Les sex toys sont plus ergonomiques et plus efficaces. On privilégie le beau et l’efficacité. La forme est très importante. Pour stimuler au mieux, il n’y a pas 36 000 formes ! » Les sex toys s’affirment désormais et assument tout à fait leur fonction sexuelle. Les canards en plastique restent au bain et les animaux de Barbie retournent dans le coffre à jouets. Les pauvres animaux sont en voie de disparition, qui sont les braconniers ? « Celles et ceux qui ont osé passé le cap avec, pour commencer, les sex toys ludiques assument désormais l’utilisation d’objets moins ludiques. Les clients ne cherchent plus à se déculpabiliser mais à prendre du plaisir. Designers et fabricants l’ont bien compris. »

Pourtant, on n’en a pas encore tout à fait fini avec la faune. La ville de Carcassonne a voulu s’encanailler à l’occasion de la Saint-Valentin. Les Gîtes de France de l’Aude ont sorti un coffret, Love in Carcassonne, commercialisé toute l’année. Quelle petite bestiole à plumes y trouve-t-on ? Un canard goguenard. Malgré tout, saluons la prise de risque. D’autant plus qu’on imagine mal les Gîtes de France brandir un gode digne de ce nom. Et l’initiative est bien la preuve que le sex toy se démocratise et s’assume.

Les sex toys, c'est pécher ?

« La génération des quarantenaires aura du mal à se déculpabiliser. Mais la génération des 20/30 ans a beaucoup moins de scrupules à acheter un godemiché phallique et élégant », explique Christian Foch. Le canard perdurera sans doute dans le tiroir de maman. Et de papa ! Parce qu’il faut savoir que la majorité des sex toys sont utilisés en couple et pas en solo. Selon Christian Foch, c’est l’une des raisons pour laquelle le sex toy peine à s’implanter en France, contrairement aux pays protestants comme l’Angleterre et l’Allemagne.

« Chez les Latins, les hommes sont macho. Ils ont l’impression qu’ils vont être remplacés par le sex toy. Alors qu’il est stimulant mais ne se substitue à personne ! De même que dans ces pays, on culpabilise beaucoup moins. On a une vision très différente du péché », affirme Christian Foch. Ce monsieur n’est peut-être pas spécialiste des religions mais il est spécialiste du sex toy. Et il constitue un marché durablement et largement implanté dans ces pays alors que « la France n'en est qu'à ses balbutiements, contrairement à ce qu’affirment les médias. Mais le marché se développe, c’est certain ». Nos voisins n’ont pas - ou peu - eu besoin d’objets cancanant, glapissant, jabotant ou couinant. Mais les Français sont en train de rompre avec leurs jouets au profit d’un godemiché plus adulte. Il tient le bon bout.

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