Le sex toy français veut pénétrer le marché mondial

mercredi 30 avr. 2014 | Dorothée Duchemin

Le marché du sex toy est aujourd’hui largement dominé par des jouets de fabrications chinoises. Une poignée de créateurs français, chantres du Made in France, font un autre pari : le savoir-faire français. Réunis au sein de l’association Plaisirs de France, ils veulent tenter leur chance hors des réseaux habituels.

Le 30 avril s’ouvre la foire de Paris qui inaugure cette année son premier Espace coquin. 600 m2 exclusivement dédiés au plaisir et à la sensualité. Parmi tous les exposants l'on trouvera l’association Plaisir de France – qui promeut l’érotisme Made in France – et son monumental godemichet fièrement dressé vers le ciel "la Tour est Folle".

Cofondateur de l’association, Sébastien Lecca a imaginé sa désormais célèbre Tour est Folle voici un an ; de tous les monuments phalliques de Paris, la Tour Eiffel serait donc le monument super-phallique. Depuis 2013, 8.000 tours ont été érigées. En élastomère de haute qualité, certifiée sans phtalates et hypoallergénique, ce jouet aussi décoratif que lubrique est fabriqué dans l’Ain, à Oyonnax, dans ce qui est surnommé la Plastic Valley, haut lieu de la plasturgie française, qui a même façonné, un temps, la poupée Barbie.

« Il y a eu une grande vague de délocalisation mais grâce à la Tour est Folle, on redresse le marché », sourit Sébastien Lecca, dans son atelier du 59 Rivoli. Une forme de redressement productif qui ne déplairait pas à Arnaud Montebourg. Sébastien sourit et pourtant : certes le marché des sex toys ne cesse de se développer, encore faut-il que les industriels français trouvent la bonne position pour pouvoir le pénétrer.

Comment lutter contre les usines chinoises ?

L’association est née au printemps 2013, fruit de la rencontre entre Stéphane Türc, le président jusqu'à la semaine dernière encore, par ailleurs directeur de la société Eymalis et fabricant des sex toys connectés Smart Love et Sébastien Lecca, qui aujourd'hui assure la présidence par intérim. Elle vise à promouvoir le savoir-faire français en matière d’érotisme. Chaque membre s’engage ainsi à concevoir et à produire en France, quand c'est possible. « On a voulu par exemple faire fabriquer en France un petit moteur vibrant à intégrer dans la Tour est Folle, ça n’était pas faisable en France. Nous savons aussi nous adaptés aux réalités de la mondialisation », explique Sebastien Lecca. Parmi les adhérents, Seecret’s Paris créateur de sex toy en métal basé en région parisienne, BobToys, créateur vosgien de sex toys en bois, ou encore les bijoux bordelais Lot of Love, signés Orée Flamm, créatrice de bijoux qui habillent les corps nus. 

Dans la ligne de mire de Plaisir de France, les distributeurs dont les marges ne permettent pas à un fabricant français de gagner décemment sa vie. « Comment réussir à distribuer nos produits quand on est "made in France", avec des produits plus chers que le "Made in China" ? Actuellement, 70 % des sex toys viennent de Chine. Ils tirent le marché vers le bas. Les gros distributeurs margent comme des cochons sur des produits chinois et ne voient pas l’intérêt de marger un peu moins sur les produits français. »

Des distributeurs trop gourmands, des banques pudibondes

Scala, Two Too, Concorde, Lovely Planet… c’est bien eux que les membres de l’association Plaisir de France essaie de contourner pour trouver des débouchés moins contraignants à leurs produits. Une manœuvre qui s’avère compliquée puisque la plupart des sex shops et love store travaillent avec les distributeurs. Des boutiques trop frileuses pour s'émanciper des distributeurs sauf le love store Passage du désir, qui valorise en magasin la production française et est lui-même adhérent de l'association Plaisir de France. « On se réunit entre nous pour aller directement nous faire connaître auprès des commerçants et de certains distributeurs, très peu, qui reconnaissent notre savoir-faire français. » 

Ces petits acteurs français de la juteuse industrie du sexe doivent aussi batailler contre les banques. Sébastien Lecca a dû voguer de banque en banque pour enfin trouver celle qui acceptait d’ouvrir le compte de "l’infréquentable" association Plaisir de France. Par contre, pour ce qui est des emprunts les entrepreneurs peuvent se brosser. « Pas une seule banque n’accepte de nous prêter de l’argent. » Et pour cause, ils portent en eux le sceau de l’infamie, l’odieuse pornographie ! Sébastien Lecca et son associé ont dû auto-produire les premiers exemplaires de la Tour est Folle. Pour ceux qui n’ont ni bas de laine ni vieille tante fortunée, comment réunir la somme nécessaire pour investir ?

S’il est difficile d’être distribué en France, pourquoi ne pas viser plus large ? Les membres mutualisent ainsi les dépenses et peuvent être présents sur des gros salons des professionnels de l’érotisme, comme sur le salon européen EroFame en octobre dernier à Hanovre ou cette année à la Foire de Paris. « On est moins seul, c’est important, on mutualise les coûts, on loue ensemble les stands, on a mis nos fichiers clients en commun. On ne bidouille plus tout seul. » L’objectif d’une participation des membres de l’association à des salons d’envergure international est de réussir à s’implanter sur le marché mondial, un marché mondial qui pourrait finalement être plus accueillant que la France.

Bientôt le label Plaisir de France ?

Le Vosgiens Thierry Germain créateur des sex toys BobToys est membre de l’association. Sa spécialité, les sex toys en bois, une passion héritée de son grand-père qui était tourneur sur bois. Après son expérience à Erofame, il ne veut plus retourner sur les salons. « Je ne veux plus entendre parler des distributeurs. Tout le monde veut des Bobtoys, mais tout le monde les veut gratuits. Je dois  énormément augmenter mes prix pour que ces gens-là rentrent dans leur marge et que je ne vende pas à perte, ce n’est pas possible. »

Thierry Germain fabrique seul ses jouets, quand son autre métier dans le bâtiment le lui permet, et se situe sur de faibles volumes. Il a fait le choix de « se débrouiller » seul, sur Internet. « L’année dernière, l’AFP s’en est mêlée, c’était un bon coup de pub ». Par contre, il croit beaucoup en la création d’un label "Plaisir de France" qui permettrait de faire connaître les produits et de les proposer à l’export.  

Le label est la suite logique et naturelle que les fondateurs de l’association veulent lui donner. « Plaisir de France a vocation à devenir un label. On imagine un corner pour les commerçants. On pense à logoter et packager les produits estampillés "Plaisir de France".» La Gaule reste donc conquérante, mais pour affermir sa présence sur le marché mondial il faudra sans doute être encore plus incisive. 

> Découvrez le stand de Plaisir de France dans l'espace coquin de la Foire de Paris, Porte de Versaille, jusqu'au 11 mai.

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