"Seul sur Mars", suspense, humour et botanique

mercredi 21 oct. 2015 | Marco Pierrard

Très bon

Abandonné par ses coéquipiers qui le pensent mort, l’astronaute Mark Watney se retrouve seul sur l’hostile planète Mars. Avec des ressources très limitées, il va devoir faire preuve d’ingéniosité pour survivre en attendant une éventuelle mission de sauvetage de la NASA.

​Lors d’une mission humaine sur Mars, l’astronaute spécialisé en botanique Mark Watney (Matt Damon) et son équipage sont surpris par une violente tempête qui les oblige à quitter la planète en urgence. Alors qu’ils rejoignent leur navette spatiale, Mark est violemment percuté par un débris et disparaît. Présumé mort, l’astronaute est laissé sur place par ses coéquipiers qui repartent vers la Terre. À son réveil, le botaniste de l’espace ne peut que constater son abandon, à plus 220 millions de kilomètres de notre chère planète bleue. En terrain hostile, Mark va devoir faire marcher ses méninges pour économiser le peu de ressources qu’il possède et produire de quoi tenir en attendant les secours sur une planète où rien ne pousse.
Pendant qu’il lutte pour sa survie, sur Terre, la NASA et une équipe de scientifiques internationaux tente l’impossible pour ramener sain et sauf ce martien très particulier.
Adapté du roman à succès éponyme d’Andy Weir, le nouveau Ridley Scott mêle habilement suspense haletant et humour dans un divertissement à la gloire de la science, très efficace.

Seul sur Mars © Twentieth Century Fox Film Corporation

Disco et botanique

La très bonne idée de cette histoire d’astronaute abandonné sur la planète rouge est d’avoir choisi un outsider pour héros ; Mark est botaniste et ses coéquipiers ne manque pas une occasion de se moquer gentiment de cette spécialité qu’ils estiment plutôt inutile dans l’espace. Paradoxalement, ce sont ses connaissances scientifiques, notamment en biologie, qui vont aider Mark à survivre sur la planète rouge, bien au-delà des réserves de nourriture prévues par la NASA. Matt Damon est parfait dans le rôle de cet astronaute qui tente de garder le moral et l’énergie de s’en sortir en analysant sa situation avec recul, intelligence et dérision alors que la situation est totalement désespérée. On s’attache très vite au personnage et on tremble évidemment à l’idée qu’il finisse sa carrière spatiale dans la poussière martienne.

Le décalage du héros face à sa situation - seule façon de ne pas céder au désespoir et devenir fou - se retrouve également dans le ton du film qui gère avec brio l’équilibre délicat entre la tension inhérente à l’histoire et un humour omniprésent. Le fait que l’astronaute se retrouve abandonné avec pour unique source musicale une collection de classiques du disco - musique qu’il déteste - appartenant au capitaine Melissa Lewis (Jessica Chastain) est particulièrement savoureux. Loin de la bande originale anxiogène ou planante habituelle dans un blockbuster de l’espace, Seul sur Mars se démarque avec des plans surréalistes de paysages désertiques accompagnés du Hot Stuff de Donna Summer ou encore le Waterloo d’ABBA. Une blague récurrente sur le disco qui fonctionne à merveille car, malgré sa répulsion pour ce style musical, ces rythmes dansants sont le compagnon quotidien de Mark. Une façon de garder un lien avec une humanité qui l’attend à des millions de kilomètres de là.

Dans l’espace, personne ne vous entendra cultiver

La mission sauvetage de l’astronaute est compliquée par une multitudes de facteurs, dont le plus évident : la distance entre la planète bleue et la rouge. Cet élément qui donne une dimension inédite au film - ringardisant un peu au passage l'isolement de Tom Hanks dans Seul au monde (2000) - aurait pu également lui nuire car le temps passe très lentement sur Mars, et l’action se déroule donc sur plusieurs années. Pourtant, Ridley Scott gère bien cette temporalité sur le long terme grâce à des événements inattendus qui viennent pourrir la vie du survivant et accentuer la tension jusqu’à son apothéose.

La réaction de la NASA quand elle apprend la mort de son astronaute, puis son improbable “résurrection”, est également finement observée. Si gérer la présence d’un cadavre sur une planète lointaine s’avère compliqué, il est encore plus sensible d’organiser une mission de sauvetage pour rapatrier le naufragé de l’espace. Sur ce point, le film se démarque du film d’action à l’américaine basique dans lequel la nation à la bannière étoilée n’a jamais besoin de personne pour régler ses soucis, voire sauver l’humanité toute entière.

Dans le cas présent, c’est un seul homme qu’il faut sauver et le film tout entier se focalise sur cette échelle de grandeur. Loin des prouesses cinématographiques inédites de Gravity (2013), le réalisateur n’inonde pas le spectateur d’une débauche d’effets spéciaux spectaculaires. Dans cet épisode inédit de Mac Gyver de l’espace, l’astronaute doit faire avec les moyens du bord, et surtout faire appel à son inventivité s’il souhaite être toujours en vie à l’arrivée de la cavalerie spatiale... si celle-ci débarque un jour. Ce grand bricolage scientifique - avec tout de même des outils à la pointe de la technologie - donne un charme irrésistible à la lutte pour la survie du botaniste.

Depuis que la Lune est devenu un terrain conquis, Mars est la nouvelle frontière qui excite l’imagination de ceux qui ont la tête dans les étoiles. Nul doute que Seul sur Mars va renforcer la fascination pour cette planète rouge qui vient de dévoiler son secret liquide (une information que connaissait le réalisateur lors de la préparation du film). Avec ce divertissement aux données scientifiques presque toutes crédibles, Ridley Scott nous offre un beau film sur l’espoir et une ode à l’ingéniosité humaine réjouissante.

Seul sur Mars (The Martian), réalisé par Ridley Scott, États-Unis, 2015 (2h24)

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