Marcher vers le droit chemin

mardi 20 déc. 2011 | Yves Tradoff

L’association Seuil utilise les vertus de la marche comme outil de réinsertion à l’intention des jeunes en difficulté. Accompagnés par un adulte et épaulés par un vaste éventail de professionnels, les adolescents ont pour mission de parcourir 1 800 kilomètres en trois mois, dans un pays étranger.

Les vertus de la marche à pied sont difficilement contestables. Plus qu’un moyen de se maintenir en bonne santé, « la déambulation favorise naturellement la réflexion », comme l’explique Paul Dall’acqua, directeur de l’association Seuil. Fort de sa propre expérience, l’auteur-voyageur prolifique (Longue marche, La vie commence à 60 ans, etc.) et ancien journaliste (Paris Match, Combat, Le Figaro, etc.) Bernard Ollivier a fondé Seuil en 2000 sur le modèle de l’association belge Oïkoten. Cette structure tente de faire retrouver le droit chemin aux jeunes en difficulté en utilisant la marche à pied. Accompagné par un adulte, l’adolescent va devoir parcourir en trois mois, 1 800 à 1 900 kilomètres dans un pays étranger, généralement l’Italie ou l’Espagne. « Si on s’adresse à Seuil, c’est parce que l’on offre une prise en charge individuelle, ce qui est rare en France. La marche est un tête-à-tête de trois mois entre un jeune et un adulte, ce qui est à la fois difficile à gérer et porteur de plein de possibilités. » En leur faisant vivre le quotidien du voyageur, l’association vise notamment à responsabiliser l’adolescent, à lui redonner confiance en lui et ainsi, à préparer sa réinsertion.

Une mise en place difficile

Si le principe est on ne peut plus simple, la mise en place de cette initiative se révèle beaucoup plus complexe. « Nous avons l’obligation d’avoir des tutelles qui nous contrôlent pédagogiquement et financièrement. Nous en avons deux : le Conseil Général de Paris, qui a une obligation d’assistance éducative pour les mineurs en situation difficile, et la Direction Interrégionale d’Ile-de-France, qui a le pouvoir d’imposer une mesure éducative aux parents. »

Chaque structure accorde à Seuil un nombre limité de marches ainsi qu’un budget de fonctionnement. En 2010, l’association était ainsi autorisée à mener douze marches par tutelle pour un budget allant de 270 à 300 euros par journée de marche. C’est également le Conseil Général de Paris et la Direction Interrégionale d’Ile-de-France qui proposent, par le biais de ses éducateurs, des candidats à la marche. Rien ne doit être laissé au hasard. Aussi, un grand nombre de professionnels (accompagnant, responsable de marche, éducateur référent, etc.) se mobilisent pour encadrer chaque marche.

Retour à la réalité

L’association a mis en place un stage d’avant marche d’environ une semaine afin de permettre à l’adolescent comme à son accompagnateur de mieux percevoir la réalité du terrain. « C’est difficile de se représenter ce qu’est une marche. Les jeunes pensent parfois que ce sont des vacances. Mais il faut se lever tous les jours, porter quotidiennement un sac d’une dizaine de kilos et respecter un itinéraire et le calendrier. » Aussi, une fois la marche entamée, il est rare qu’elle s’arrête de manière anticipée. Durant le voyage, l’adolescent et l’adulte se retrouvent seuls face aux quotidiens randonneurs et ce que cela comporte de privations : pas de parents, pas de copains, pas de téléphone, pas de musique.

Pour autant, ils ne sont pas coupés du monde car ils ont des contacts très réguliers avec les responsables restés dans les bureaux de l’association. Cette aventure humaine atypique permet aux jeunes de changer le regard qu’ils portent sur eux mais également celui de leur entourage. « Au terme de la marche, ils sont étonnés de ce qu’ils ont fait. Leurs parents, leurs amis et les éducateurs sont également bluffés. » Toutefois, la fin de l’aventure peut s’avérer délicate, voire brutale. « Les marches que nous organisons sont des aventures extraordinaires mais ce sont également des bulles. Si les difficultés quotidiennes sont moins marquées durant la marche, l’adolescent va vite être rattrapé par sa réalité. Or, nous ne travaillons pas sur sa réalité. »

Bien évidemment, cette aventure n’est pas une recette miracle. Dans certains cas, le voyage ne modifie rien au quotidien du jeune marcheur. « Nous avions un garçon appelé Alex1 que les éducateurs avaient proposé parce qu’il passait son temps à trainer sur un canapé. Dès qu’il est revenu, il a retrouvé son canapé. Pour certains, trois mois ne sont pas suffisants pour prendre du recul. Ça serait presque trop beau que nous soyons en capacité de transformer quelqu’un en si peu de temps. » Pour autant, le travail commun de l’éducateur référent et de l’association Seuil semble porter ses fruits « Dans 95 % des cas, nous arrivons à construire un projet qui peut permettre au jeune de se réinsérer. »
 

  1. 1. Le prénom a été changé.
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