Les sauterelles et Guillaume à table !

lundi 17 févr. 2014 | Sylvain Toiron

C’est décidé, je vais manger des insectes !  Punaise,  quelle idée n’avais-je pas eu là. Impossible de reculer, sous peine de passer pour un lâche. Oubliées les bonnes pièces de bœuf et les frites maison, place à l’exotisme.  Il me faut un lieu et un complice. Direction le Festin nu, Paris XVIII. Mon acolyte ? Guillaume.

Station Lamarck-Caulaincourt, ligne 12, 20 heures. Je suis fin prêt. Guillaume, est paré lui aussi, à « braver l’interdit », selon ses dires. Nous descendons les marches menant à la rue de la Fontaine du But.  Qu’allons-nous devenir ? Ecoeurés, addicts, ou peut-être même transformés en grillons géants, qui sait ? Arrivés au numéro 10, le Festin nu s’offre à nous. Quel drôle de nom quand on y pense. Sans doute une référence à Naked Lunch, roman de l’américain William Burroughs, mêlant drogue, politique, homosexualité, hallucinations et délires paranoïaque. Une soi-disant descente cauchemardesque dans l’esprit d’un junkie … Ma gorge se serre un peu plus. Nous entrons.

De sales bêtes, pourtant inoffensives 

Dans l’assiette cela donne quoi, croustillant, juteux, ou gluant ? Pire encore… bougent-elles ? Pourquoi me suis-je lancé un tel défi ? Tout se bouscule dans ma tête. Tantôt le bruit agaçant d’une cigale ayant trop chanté, tantôt l’odeur nauséabonde d’une poubelle bien garnie, truffée de blattes et autres cafards. Et cette sensation qu’un milliard d’insectes se faufile dans mon cou. Mon corps disparaît, quasi-momifié sous la tonne de bestioles.  Aucun sens n’est épargné. Pas même le goût… Ah, le goût ! Et si on évitait d’y songer ?

Je meurs, pourtant ici, l’ambiance est à la fête, aux discussions entre « potes ». Pas de grillons géants, ni de cadavres momifiés. Première impression, le Festin nu est un simple bar. Peut-être même un bar branché, je remarque des hipsters attablés… Nous restons debout, face au comptoir. Il nous faut commander au plus vite. Où sont-ils ? A l’horizon, des inscriptions sur un tableau. Bières, cocktails, vin, tapas… mais pas d’insectes. S’est-on donc trompé d’endroit ? Guillaume fait acte de présence. Là sans être là. Le regard perplexe, un brin ennuyé. Il faut dire qu’il n’était pas très partant pour cette expérience.  Mais où peuvent-être ces satanées bestioles ?

Dos à nous, le menu apparaît, écrit à la craie. "Sauterelles : 6 euros".  Parmi les vers, les scorpions et les scarabées, elles ne sont pas seules à vouloir s’inviter  à notre table. Mais sur l’instant, impossible de goûter à quoi que ce soit d’autre. Va pour les sauterelles et seulement les sauterelles. "Deux bières s’il-vous plaît et… des sauterelles". Jamais je n’aurais pensé un jour passer une telle commande, ici, à Paris, au pied de Montmartre. Breuvages en main, il ne manquait plus que… bref,  vous savez. "Voici le ticket, amenez-le en cuisine et prenez commande", lança le serveur. Mais où sommes-nous tombés ? La pression monte. Que vais-je découvrir encore ? Je m’imagine déjà un grand aquarium grouillant de bestioles et le cuisinier me tendant une épuisette pour choisir ma proie.

A la recherche des sauterelles

Trois marches plus bas, nous voilà Guillaume et moi dans une petite salle. Sur le mur du fond, un écran géant sur le lequel est diffusé un film en noir et blanc. Je me dirige vers le supposé "abbatoir" pour passer commande. La main tremblante, je tends mon ticket sur lequel on peut lire : "sauterelles". Je reste là, bouche bée, dans l’attente que le cuisinier me dévoile enfin son secret. Toujours pas le moindre insecte. Attendez… je crois que c’est le moment. Dans un bol,  à mi-étagère, il plonge sa main. Elles sont bien là…mes précieuses ! Déjà mortes visiblement et prêtes à être dégustées. "Santé !" A peine le temps de tremper les lèvres dans l’épaisse mousse débordant du verre qu’il est l’heure de passer aux choses sérieuses. L’aventure commence enfin.

Tenant à peine au creux de la main, ce qui dans notre imagination s’apparentait à un grand festin tenait dans une petite assiette, pas plus grande qu’une sous-tasse.  Au milieu, une demi-cuillerée d’houmous. Autour trois sauterelles, pas une de plus. Brutes.  Trente secondes, deux doigts et trois coups de langue suffisent alors. La suite ? Il n’y en a pas. "J’ai bien dîné", commente non sans ironie, Guillaume. Je le regarde, il me regarde. Déçus. Cela n’a duré que quelques secondes. Le croustillant de la bête m’a laissé en bouche un goût de foin. Guillaume va plus loin et parle "d’un goût peu marqué, voire insipide". Agréable mais pas de quoi casser sept pattes à un grillon, pour tout vous dire. A quoi nous attendions-nous ? "Partons, j’ai faim", décide mon complice.

Ce n’était pas l’aventure tant attendue. Simple nouvelle expérience culinaire. Nous aurions pu retenter notre chance avec une autre assiette ou de nouvelles saveurs. La déception l’emporte ou peut-être ne sommes-nous pas suffisamment "détendus" pour apprécier la nouveauté. Je vous conseille tout de même d'essayer, ne serait-ce que pour l'exotisme. Sans doute je reviendrai, un dimanche profitant du ciné-club ou un soir en semaine, déguster des tapas en buvant un cocktail fait maison. C'est le Festin nu. Un bar à tapas et à cocktails, qui a aussi eu la bonne idée de cuisiner des insectes. 

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