"Sans un bruit", un son mortel

mercredi 20 juin 2018 | Marco Pierrard

Très bon

Dans un monde post-apocalyptique, une famille tente de survivre au quotidien face à des créatures impitoyables qui attaquent au moindre bruit. Sans réinventer le genre du film de monstre, Sans un bruit s'avère d'une redoutable efficacité. Constamment sur le fil entre silence et effroi, les nerfs du spectateur sont mis à rude épreuve auprès de cette famille survivaliste.

Submergé par une horde de monstres voraces, le monde a basculé dans un chaos ironiquement silencieux. D'une grande férocité, ces créatures impitoyables sont également dotées d'une sensibilité auditive extrêmement développée ce qui condamne tout être qui souhaite survivre à la plus grande discrétion. Pour leur échapper, une seule solution : le silence absolu. Dans ce monde où le moindre bruit équivaut à une condamnation à mort, Evelyn (Emily Blunt) et Lee (John Krasinski) tentent de protéger leurs trois enfants : Regan (Millicent Simmonds), jeune ado sourde, Marcus (Noah Jupe) et Beau (Cade Woodward), le petit dernier. Un défi qui semble d'autant plus insurmontable qu'un quatrième enfant est sur le point de rejoindre la petite famille.

Sans un bruit Photo © Paramount Films

Famille, je vous tais

Décidément, cette période pré-estivale est propice aux films d'horreur de qualité dans les salles obscures. Une semaine après le dérangeant Hérédité, c'est au tour de Sans un bruit de prendre le relais pour faire frissonner les spectateurs avec des monstres à l'ouïe très fine. Le caractère familial de ce film de science-fiction horrifique est en phase avec son scénario car le réalisateur John Krasinski — auteur notamment du scénario de Promised Land (2012) pour Gus Van Sant — joue lui-même le père de cette famille aux abois auprès d'Emily Blunt, sa femme dans la vie une fois les caméras éteintes. L'acteur cinéaste a d'ailleurs confié avoir été emballé par l'histoire signée Bryan Woods et Scott Beck alors que le couple venait d'avoir leur seconde fille. Il est déjà difficile de savoir protéger au mieux sa progéniture dans le monde "normal", le fait d'imaginer devoir le faire avec la mort qui rôde, à l'affût du moindre bruit, a immédiatement excité l'imagination de ce père pour la seconde fois. Le rôle difficile et parfois ingrat de parent est au centre de ce cauchemar silencieux où la moindre erreur peut signifier voir un de ses enfants se faire massacrer devant ses yeux par des créatures aussi mystérieuses que fatales. Cette exigence de protection qui demande une attention de tout instant — un son est si vite arrivé ! — rythme ce film parfois sans son mais également sans temps mort.

Pour la famille aux abois, la surdité de Regan est un atout car tous pratiquaient la langue des signes avant que le monde ne soit à la merci des terribles créatures. Une connaissance bien utile qui explique en partie leur survie dans un monde où la communication sonore est réduite au minimum. Mais pour l'adolescente, le silence absolu dans lequel elle est plongée en permanence est une malédiction qui fait d'elle l'être le plus vulnérable de la famille. Conscient de ce handicap, son père cherche à lui fabriquer un nouvel appareil auditif pour qu'elle se rende compte des bruits environnants, y compris ceux qu'elle pourrait elle même produire. Dans le rôle de Regan, Millicent Simmonds, actrice sourde révélée dans Le musée des merveilles (2017) [lire notre chronique] — démontre une nouvelle fois l'intensité de son jeu épaulée par un casting tout aussi solide, Emily Blunt en tête. Cette famille — en partie recomposée à l'écran — fonctionne parfaitement et leur communion est d'autant plus primordiale dans un film où les dialogues sont quasi inexistants et seuls les gestes et regards dévoilent les intentions.

Sans un bruit Photo © Paramount Films

Chut mortel

Sans révolutionner le genre, Sans un bruit utilise avec brio ses ficelles et brille par une bande son particulièrement judicieuse. Le traitement des effets sonores est l'un des atouts de ce film d'horreur qui réduit au minimum l'accompagnement musical pour plonger le spectateur dans des phases de silence absolu. Pour créer une tension lors de l'approche des créatures ou permettre au spectateur de se mettre à la place de Regan, Sans un bruit use habilement de l'absence totale d'effets sonores pour créer un silence assourdissant, plus stressant que n'importe quel cri de monstres. Et le spectateur de constater avec effroi à quel point vivre sans faire le moindre bruit demande une insoutenable maîtrise de soi : de la blessure au cas le plus extrême, un accouchement ! Dans ce domaine, les ingénieuses trouvailles de la famille pour étouffer le bruit le plus infime sont particulièrement bien pensées.  Victime de son efficacité, le premier "grand film" de John Krasinski aurait probablement gagné à être un plus long pour explorer plus en profondeur les rapports familiaux de cette famille menacée. Mais ce faux reproche est avant tout le signe d'un attachement à cette famille aux côtés de laquelle on prend paradoxalement beaucoup de plaisir à frémir.

Avec ses scènes tendues appuyées par un silence de mort, ses créatures aussi vilaines que flippantes et un casting brillant, Sans un bruit s'impose comme un film de genre très réussi. Retirez vos chaussures et apprenez à retenir votre souffle, le prochain bruit qui vous échappera pourrait bien être le dernier !  

> Sans un bruit (A Quiet Place), réalisé par John Krasinski, États-Unis, 2018 (1h30min)

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