"Samba", la danse de l’identité

mardi 14 oct. 2014 | Marco Pierrard

Très bon

Après le handicap, les réalisateurs d’Intouchables s’attaquent au sujet moins consensuel des travailleurs étrangers en situation irrégulière avec une méthode qui a fait ses preuves : bons sentiments et beaucoup d’humour. Du cinéma populaire dans le sens noble du terme, profondément humain.

Trois ans après le triomphe monumental d’Intouchables (2011) – près de 20 millions d’entrées et second plus gros succès dans l’histoire du box office derrière les Ch’tis de Dany Boon – les réalisateurs Olivier Nakache et Eric Toledano retrouvent leur acteur fétiche pour une nouvelle comédie sur fond de message social. Samba Cissé (Omar Sy), Sénégalais vivant en France depuis 10 ans, enchaine les petits boulots en espérant sa régularisation. Au cours de ses démarches pour obtenir des papiers, il rencontre Manu (Izïa Higelin) et Alice (Charlotte Gainsbourg), deux bénévoles dans une association d’aide aux migrants. Entre Alice, la cadre supérieure en plein burn-out, et Samba, le sans papiers plein d’espoir, une tendre complicité va naître, avec en toile de fond la menace d’une expulsion.

© David Koskas / Quad - Gaumont

Romance et travail clandestin

L’intrigue du film se partage – de façon assez habile – entre l’idylle naissante et les difficultés que rencontre Samba pour régulariser sa situation. En évitant le cliché du coup de foudre, les réalisateurs se détournent de la comédie romantique basique où tout se déroule sans accrocs. Et en effet, rien n’est évident quand on doit mentir sur son identité pour échapper à la police et trouver du travail, forcément clandestin. Si le ton du film est résolument dans la veine comique, l’angoisse d’une expulsion est latente et plane sur cet amour naissant. Le quotidien de ces travailleurs fantômes espérant une embauche à la journée sur des chantiers ou pour des petits boulots est évoqué avec justesse. Tout comme la romance entre Samba et Alice, progressive et subtile, qui réunit deux êtres instables, le sans papiers en quête d’identité et de reconnaissance et la cadre névrosée, interprétée par une Charlotte Gainsbourg parfaite. Si les sentiments aident à surmonter les moments difficiles rien ne se règle par magie, un parti pris plutôt réaliste qui, malgré le ton – forcément optimiste – de cette comédie, évite la mièvrerie et la facilité.

© David Koskas / Quad - Gaumont

La recette Nakache - Toledano

L’irrésistible Omar Sy, César du meilleur acteur en 2012 pour son rôle dans Intouchables, est de nouveau le pilier de cette comédie (un peu) dramatique. Même s’il est dans une situation plus critique, son personnage reste proche du film précédent : Samba est charmeur et marrant, une image finalement proche de l’image publique d’Omar Sy. Dans Samba la surprise vient de Tahar Rahim qui joue Wilson, un travailleur sans papiers – officiellement brésilien – enjoué, un rôle bien loin de l’image d’Un prophète (2009). Si l’empathie envers Samba est gagnée d’avance grâce au capital sympathie d’Omar Sy, reste à savoir si le thème de fond – la situation de ces étrangers qui travaillent en France, souvent pour faire les boulots ingrats que les français ne souhaitent pas faire – touche le spectateur ou s’efface derrière les bonnes vannes distillées tout au long du film. Efficace ou non sur l’évolution des mentalités – à supposer que le cinéma ait ce pouvoir –, il faut saluer la prise de risque d’évoquer ce sujet sensible, à contre-courant d'une France en crise où les idées du Front National ont contaminé le débat politique et le livre d’Eric Zemmour caracole en tête des ventes.

Attendus au tournant, les réalisateurs signent un film qui reprend, sans surprise, les codes de leur succès phénoménal : un sujet social porté par le charisme des acteurs, Omar Sy en tête, et un humour omniprésent. Mais le résultat est là, Samba est une comédie populaire très efficace et une bouffée d'air très agréable dans un climat national pesant.

> Samba, réalisé par Olivier Nakache et Eric Toledano, France, 2014 (1h58)

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