"The Rover", un moteur en sous régime

mardi 3 juin 2014 | Marco Pierrard

Peut mieux faire

Dans une société futuriste décadente, un homme se lance à la poursuite de trois inconnus qui lui ont dérobé sa voiture. Une virée désespérée et violente qui peine à captiver l’attention jusqu’à son dénouement.

Dix ans après l’effondrement de son économie, l’Australie est plongée dans le chaos : la règle du chacun pour soi est devenue la seule qui vaille dans cette société à la dérive. Eric (Guy Pearce), un ancien soldat solitaire, se fait dérober sa voiture par trois hommes en fuite après une fusillade. Bien décidé à récupérer son véhicule à tout prix, Eric se lance à leur poursuite. Il est bientôt rejoint par Rey (Robert Pattinson), le jeune frère d’un des voleurs, laissé pour mort par la bande. Eric devra faire équipe avec cet homme mentalement déficient s’il souhaite retrouver cette voiture qui semble tant compter pour lui. Cette quête entraine les deux hommes dans un périple dangereux qui les rapproche, et ce malgré la méfiance qu’ils ont l’un pour l’autre.

© vMetropolitan Filmexport

Une bonne mauvaise ambiance

Présenté en compétition à Cannes, The Rover est le second long métrage du réalisateur australien David Michôd, après Animal Kingdom (2010). Dans cette société post-crise qui n’a plus de repères, l’ex-soldat a remplacé le cow-boy. Les paysages déserts de la cambrousse australienne renforcent l’impression d’un western moderne, peuplé de hors-la-loi qui n’ont plus aucun sens de l’honneur. Ce climat de violence, omniprésent tout au long du périple, est d’autant plus insensé que le butin, une simple voiture, semble bien futile. Cette ambiance oppressante est renforcée par l’incarnation d’Eric par Guy Pearce, homme mystérieux et hermétique, qui n’est pas du genre à se livrer facilement sur son passé ni sur la raison qui donne tant de valeur au véhicule volé. L’autre prestation remarquable est celle de Robert Pattinson qui campe Rey, abandonné au bord de la route par son frère, au sens propre comme au figuré. Résolument enlaidi par une bouche aux dents pourries, l’acteur révélé par la saga Twilight s’exprime avec une élocution difficile et étonne dans un rôle d’attardé qui aurait pu facilement tourner à la caricature. Malheureusement, tous ces éléments séduisants ne permettent pas à ce film âpre et brutal d’atteindre son but.

Puzzle futuriste incomplet

The Rover possède des qualités indéniables mais son atmosphère austère s’accompagne d’un manque de perspective qui peut dérouter. Les indices permettant au spectateur de situer le contexte social et politique de cette Australie plongée dans la confusion sont trop rares. L’étendue du chaos qui s’est installé au sein de la nation reste inconnue, comme son origine précise. Si les décors font référence à un futur très proche, ce flou entourant les circonstances de ce récit d’anticipation n’aide pas à en comprendre les enjeux. L’intérêt se reporte alors sur les trajectoires personnelles de ces deux étrangers unis malgré eux par les circonstances. L’évolution de Rey, être fragile et confronté à une violence extrême, est la plus intéressante. Le personnage d’Eric reste pour sa part très secret et son passé, évoqué en quelques phrases, ne permet malheureusement pas de donner un vrai fond au personnage. Cette distance, maintenue tout au long du film, peut finir par décourager le spectateur le plus attentif et le rendre insensible à un dénouement qui peut surprendre mais peine à émouvoir.

Cette quête désespérée d’un homme pour retrouver sa voiture dans une société devenue hostile peut séduire par son ambiance pesante mais le récit reste malheureusement au niveau du sol brûlant du désert australien. Ce futur troublé aurait gagné à être plus que seulement esquissé, un supplément d’âme qui a malheureusement été oublié quelque part au bord de la route.

The Rover, réalisé par David Michôd, Australie, 2014 (1h42)

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