Roumains, des voix, des visages

lundi 30 avr. 2012 | Dorothée Duchemin

Stigmatisés, paroles de Roumains est un webdocumentaire en ligne depuis le 30 avril. Marqués par le durcissement du discours politique envers les Etrangers et plus particulièrement envers les Roumains, ses auteurs, deux jeunes journalistes, ont donné la parole à des Roumains de France. Désillusions, espoirs, des témoignages forts qui racontent comment la France les accueille.

Au départ est un constat : les Roumains, une population stigmatisée en France. Aujourd’hui, un webdocumentaire raconte la manière dont les Roumains de France vivent cette stigmatisation. Réalisé par deux jeunes journalistes, Marianne Rigaux et Jean-Baptiste Renaud, Stigmatisés, Paroles de Roumains est en ligne ce 30 avril, après 18 mois de travail.

Stigmatisés, paroles de Roumais, visuel

Interpellée par la radicalisation du discours politique envers les étrangers, plus spécifiquement envers les Roumains, et par le démantèlement des camps de Roms après le discours de Grenoble, Marianne Rigaux souligne une libération de la parole suite à la fameuse allocution du Président Sarkozy. « On parle des Roms, des Roumains, on fait beaucoup d’amalgames entre les deux. On montre du doigt toute une nationalité. Roumain, c’est devenu une nationalité bouc émissaire, très pratique. » Elle évoque la une du Parisien du 25 septembre 2011 : Délinquance, le plan de lutte contre les jeunes Roumains. On y est, tous les jeunes Roumains sont des délinquants.

Des histoires personnelles

Comment les Roumains de France ressentent-ils cette stigmatisation ? Comment la vivent-ils au quotidien et qu’est désormais la France pour eux, magnifique terre d’accueil pour les réfugiés Roumains jusqu’en 1989 ? Marianne Rigaux et Jean-Baptiste Renaud sont allés à la rencontre des Roumains et ont recueilli de nombreux témoignages. Restent au final huit histoires, « des histoires personnelles, des situations particulières symptomatiques d’une situation générale, qui, articulées ensemble, forment un tout ». Ce webdocumentaire, qui bénéfice du soutien du CNC, donne la parole aux Roumains. Pas aux associations, pas aux ONG, mais aux Roumains. Une fois n’est pas coutume.

On retrouve Giorgina et Constantin, interpellés et mis en garde à vue pour le vol d’un téléphone portable. Et pour une nationalité, roumaine, qui a suffit à convaincre les forces de l’ordre de leur culpabilité.

On découvre aussi Anca et Florin, deux jeunes médecins roumains, installés depuis peu dans le cabinet d’un médecin de campagne, aujourd’hui à la retraite et qui n’a pas trouvé de repreneur en France. Sans eux, ce village de 3000 habitants n’aurait pas de médecin.

Et Anca, diplômée d’un master 2, qui a dû fouiller dans les textes de lois pour démontrer aux pouvoirs publics qu’elle avait le droit de travailler en France, sans titre de séjour ni permis de travail. Car si la Roumanie fait partie de l’Union européenne depuis 2007, les Roumains, eux, ne peuvent pas travailler librement en France, au moins jusqu’en 2014 encore.

Anca, jeune diplômée | Photo Marianne Rigaux

Et aussi Roxana Maracineanu, franco-roumaine, première Française à ramener un titre mondial de natation à la France. Les ouvriers roumains du nucléaire, à Flamanville, soumis à un couvre-feu dans leur village retranché, alignement de mobil-home. Alin, chef d’entreprise intégré, qui met en relation les travailleurs roumains et les employeurs français…
Huit histoires accompagnées de nombreux éclairages, documents administratifs, articles de presse mais aussi d'experts. Et Alexandre Romanès, fondateur du cirque Romanès, sur le pont, pour défendre les Roms, depuis le discours de Grenoble.

Outre les témoignages, ces éclairages pédagogiques en apprennent beaucoup sur les lois, les relations entre les Roumains arrivés avant en 1989 et ceux de la dernière génération, les conditions particulières dans lesquelles se trouvent les Roumains et les Bulgares dans l’Union européenne…

Des individus, des voix, des visages

Ces différentes trajectoires posent un visage sur les Roumains. Il s’agit d’histoires personnelles qu’on nous raconte et qui ne permettent plus d’envisager un groupe de personnes, les Roumains. Non, cette fois c’est l’histoire d’Anca, d’Alin, de Roxana et des autres qui compte. Il n’est plus question d’envisager une population dans son ensemble.

Stigmatisés, paroles de Roumains, visuel

Pour poursuivre le projet, ses auteurs ont voulu mettre en place, avec Dailymotion, un webdocumentaire participatif. « Il suffit d’avoir un accès à internet et une webcam pour participer. Les gens peuvent témoigner, raconter leur expérience d’immigrés roumains en France. Certains sont très bien intégrés, vivent ou non la stigmatisation, d’autres ne trouvent pas de travail à cause de leur nom. Nous avons choisi ces huit histoires mais nous voulons ensuite faire vivre le webdoc. »

Est-ce que les Roumains de France participeront ? Trop tôt pour le dire. Mais voici en tout cas une belle tribune pour se raconter et contribuer à faire évoluer les mentalités. Surtout à dissiper cette tendance lourde, infiltrée jusqu’au cœur de la population française. Cette stigmatisation dont le processus consiste, avant tout, à ne pas poser de visages sur ces personnes, à ne pas les considérer individuellement. Montrée du doigt, Anca, la jeune diplômée, résume : « Plus on stigmatise les Roumains, plus je me sens roumaine. Plus on me stigmatise pour ce que j’ai en moi de mon identité roumaine, moins j’ai envie d’être française. »

En ligne à partir du lundi 30 avril, Stigmatisés, Parole de Roumains, revient sur cinq ans de stigmatisations et sort quelques jours avant le second tour de l’élection présidentielle. Un rappel à l’ordre, avant l’isoloir, à ceux qui se rêvaient humanistes ?

> Stigmatisés, paroles de Roumains, un webdocumentaire de Marianne Rigaux et Jean-Baptiste Renaud, une coproduction Coogan et Real Production, 2012.

 

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