A Camden, la ville la plus violente des Etats-Unis

lundi 14 janv. 2013 | Mathilde Fassin

Pendant près de deux ans, le photographe français Jean-Christian Bourcart a traîné son appareil à Camden, aux Etats-Unis, ville réputée comme l'une des plus violentes du pays. En ressort une collection exposée actuellement à New York et qui dévoile le quotidien d'une population dans la misère. 

Camden, par Jean-Christian Bourcart.

Après la tuerie dans une école de Newtown en décembre dans le Connecticut, la ville de Camden a organisé une collecte d’armes. Cette commune d’environ 77 000 habitants, dans l’État du New Jersey, offrait de $25 à $250 par arme à feu rapportée. En deux jours, 1137 fusils, revolvers et autres carabines ont été déposés sur les tables de deux églises selon le Daily Mail. Près de 90% étaient en état de marche. Des chiffres impressionnants, mais guère surprenants pour une ville figurant à la tête du top 10 des plus violentes aux Etats-Unis d’après les chiffres du FBI recensant le nombre de crimes par habitant.

C’est grâce à ce classement malheureux que le photographe Jean-Christian Bourcart a trouvé Camden. En recherchant le danger, ce Français qui vit à New York depuis 1997 s’est aperçu qu’il n’était qu’à deux heures de cette ville à la triste réputation. En 2008, il prend son appareil et s’immerge. Il en résulte une galerie d’images exposées en ce moment à Brooklyn, au centre artistique The Invisible Dog.

Certes, le photographe reconnaît que sa démarche s'inscrivait dans la « provocation », mais il explique également que c'était « l'occasion de revisiter les pratiques documentaires et photo-journalistiques. » Et ce notamment parce qu'il refuse toute neutralité. « Raconter l'histoire des autres plutôt que la sienne semble être intrinsèque au travail documentaire », écrit le reporter dans l'un des textes qui agrémentent l'exposition. « Mais en même temps, mon point de vue est défini par qui je suis. Donc, si j'évoque ma propre expérience, je contextualise mon point de vue et me rapproche d'une certaine objectivité. » Il s'inclut à part entière dans le processus : « je raconte mon aventure, à cet endroit-là. Je n'ai pas les compétences pour dire autre chose sur la vie de ces gens que ce que j'ai vécu. »

Camden, par Jean-Christian Bourcart.

Pendant deux ans, le Français se rend régulièrement à Camden, et apporte aux habitants les photos de la fois précédente. « Je ne m'attendais pas à de telles réactions. Les gens étaient contents de reconnaître des amis, des connaissances, des personnes qui sont mortes depuis ou d'autres en prison", confie-t-il à Citazine. Un court film montre ainsi deux femmes, aux traits marqués, épluchant l'album et s'enthousiasmant devant les visages connus.

Un quotidien dans la misère

La galerie de portraits et natures mortes donne à entrevoir – sans voyeurisme – une vie marquée par la pauvreté. Sans donner dans la caricature ou le stéréotype, le résultat est néanmoins assez attendu. Les dealers, les crackheads, les locaux délabrés, les prostituées qu'on imaginait en allant à une expo sur la ville la plus violente des Etats-Unis sont tous là. « Parfois ça rappelle un peu l'ambiance des villes assiégées, en guerre », note le reporter qui a fait un documentaire en Bosnie par exemple. « Mais d'un sujet à l'autre je change de style. » Ici, de la rue à l'intérieur des maisons, les photos sont des plus simples, sans effet artistique, représentatives d'un quotidien dans la misère. L'observateur a relevé des détails : un animal mort sur la route, une seringue plantée dans un mur, une chambre délabrée.

Camden, par Jean-Christian Bourcart.

Le spectateur s'immerge progressivement avec le visiteur et se familiarise avec les personnages. Supreme devient le guide du photographe. Cet homme recherchait du travail quand Jean-Christian Bourcart est arrivé. Ils se sont mis d'accord pour que le résident de Camden aide le documentariste à trouver des gens disposés à être photographiés. « Il m'explique que si un noir et un blanc sont ensemble dans la rue, soit le blanc est un junkie et le noir un dealer, soit le blanc est un flic et le noir un indic. Il critique ma façon de parler, de m'habiller. Il dit que je fais peur aux gens. Il dit qu'il va m'apprendre », écrit le Français, qui raconte avoir traîné dans « beaucoup d'endroits pourris, de maisons abandonnées, de lieux de deal de crack. » Un jour, une femme l'a attiré à l'écart et l'a menacé d'une bouteille en verre brisée. Il lui a donné de l'argent, elle s'est ravisée. « Les gens ne sont pas bienveillants au premier abord, et il y a une tension quand j'arrive avec l'appareil photo », explique-t-il. « Mais ils sont ouverts et bien plus disponibles que les gens à New York ! C'est aussi parce que je n'ai pas traîné avec les vrais méchants et les dealers. Je ne voulais pas les voir et ils ne voulaient pas non plus ! »

Tandis que l'exposition de ces clichés vient de commencer à Brooklyn, cela fait plus d'un an que le reporter n'est pas allé à Camden. Il prépare actuellement une série sur les foules à travers le monde. Il revient d'Afrique du Sud et de Madagascar, où il a capturé l'essence des masses. 

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