Quelques heures de printemps, une femme à l’hiver de sa vie

jeudi 20 sept. 2012 | Etienne Baiffer

Le cinquième film de Stéphane Brizé, porté par ses deux interprètes principaux, traite d’une relation mère/fils houleuse, tout en soulevant la question du suicide médicalement assisté.

 

Vincent Lindon et Hélène Vincent | Photo Diaphana Distribution

Après avoir passé 18 mois en prison, Alain, 48 ans, retourne vivre chez sa mère, atteinte d’un cancer. Il découvre alors qu’elle a pris contact avec une association suisse pour un suicide médicalement assisté.

Stéphane Brizé est un cinéaste de l’intime. Avec sa caméra, il aime ausculter la vie des gens "simples", qui, en apparence, mènent une existence banale. Ces personnages pourraient être nos voisins de palier ou nous-mêmes. Quelques heures de printemps est ainsi constitué d’une foule de scènes – a priori – insignifiantes du quotidien : les discussions tournent autour du temps qu’il fait, du nouveau coiffeur du supermarché, ou d’un cake trop cuit. Une manière, pour le réalisateur, de s’approcher d’une certaine vérité. Le spectateur comprend vite qu’il faut lire entre les lignes, décrypter les silences et déceler les non-dits que cache cette trivialité. Il découvre alors que tout n’est qu’un masque à la pudeur des personnages. Celle du fils, qui est sorti de sa détention la honte chevillée à l’âme ; celle de la mère, qui dissimule sa peur, ses angoisses, ses faiblesses et la gravité de sa maladie. L’axe narratif du film parcourt cette relation mère/fils compliquée, où la simple expression de l’affection qu’ils se portent l’un à l’autre semble relever de l’épreuve insurmontable.

Les petits instants de la vie quotidienne | Photo Diaphana Distribution

Le thème du suicide médicalement assisté ne pourrait qu’être périphérique, secondaire (comme un nœud supplémentaire à la problématique de l’incommunicabilité entre les deux personnages principaux), mais finit par prendre toute la place. Dès lors que ce sujet est abordé, c’est sous l’angle didactique, à la manière d’un mode d’emploi – « voilà comment ça se passe », semble vouloir nous dire Brizé. Cet aspect là, plus clinique, détonne avec ce qui a précédé. Cependant, les talents combinés de Vincent Lindon et Hélène Vincent empêchent les spectateurs d’être coupés de l’émotion qui travaille le film. Il est en effet peu probable de ne pas ressortir bouleversé, du moins touché, de la projection. On rentre chez soi des questions plein la tête : pourrions-nous prendre une telle décision ? Accepter que l’un de nos proches s’engage dans une démarche similaire ? Quelques heures de printemps n’a peut-être pas pour vocation d’ouvrir le débat, mais il le fait assurément.

> Quelques heures de printemps de Stéphane Brizé, France, 2012 (1h48)
  

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