Les festoches, pour quoi faire ?

mercredi 22 mai 2013 | Vincent Le Doeuff

La saison des festivals est lancée. L'occasion de se demander pourquoi 40 000 pélerins peuvent se saigner les veines pour se réunir dans un champ collés les uns aux autres, pour manger des merguez en regardant des groupes sur un grand écran.

"Pour la musique pardi", me direz-vous. Certes. C’est vrai que généralement, tout le monde fait le lien musique/festival. "Vous qui recevez plein de vinyls, vous devez faire plein de festivals", me dira mon facteur dans un soupir. Il pourrait aussi me dire : "hey, toi qui achètes des disques, qui adores manger gras, boire de la mauvaise bière et rester debout dans la boue pendant trois jours sans te laver, tu dois faire plein de festivals non ?" Et mon facteur n'aurait pas tout à fait tort. 

Le lieu

C’est souvent un champ, un parc, voire un hangar. "Un endroit triste avec des bourbiers qui finissent pas, ses maisons où les gens n’y sont jamais et ses chemins qui ne vont nulle part" (Céline, Mort à Crédit). Un endroit où s’il n’y avait pas le festival, tu n’y serais jamais allé ou tout du moins tu ne serais pas resté plus de cinq minutes. Sincèrement sans leurs festivals respectifs, qui se serait aventurer à Evreux ou Carhaix ?

La gastronomie

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Longtemps, la gastronomie des festivals s’est globalement limitée au triumvirat merguez/frites/bières. L’avantage est que le public rock se renouvelle peu. Il grisonne et prend du portefeuille, donc il ne se satisfait plus de ça. Maintenant le festivalier peut manger des huitres, boire du champ’, du taboulé birman et des frites guatémaltèques.

Les festivaliers

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Etrangement on retrouve beaucoup dans le public rock, des professeurs/journalistes/publicitaires qui ne supportent que peu la gauloiserie et la franche camaraderie, on se demande alors ce qu’ils viennent faire dans ces lieux. Car les festivals sont peuplés de cornichons, et je pèse mes mots. Et c’est un peu comme quand tu prends le métro. Quand tu fais beaucoup de festivals, tu ne les supportes plus.

Donc le type du cornichon de festival est le gars pris de boisson qui parle fort à son compère juste devant la scène pendant le moment calme du concert, qui gueule "c’est nul" qui veut du "rock" et qui vient te dire "ben alors faut s’amuser, t’as pas l’air de t’amuser !", qui t’offre son breuvage pour que toi aussi tu t’amuses.  Comme tu es un peu alcoolique, tu bois et tu regrettes aussitôt mais le cornichon, il est content. Il te tape dans le dos en signe de camaraderie. Généralement ce brave personnage te réveillera 36 fois au camping en gueulant "David Bowie ! ".

Il y a le petit plus des festivals bretons, le gwenn ha du. Un jeune patriote va s’amuser à faire tournoyer son drapeau pendant chaque concert. Mon petit conseil pour faire fuir l’indésirable, prévenez-le qu’un course cycliste se déroule en même temps à 5 km, il pliera vite bagage.

Le confort

FlickR_cc_Jay Gooby

Les joies du camping ! Dormir sur un matelas de deux centimètres qui épouse parfaitement les sillons, se réveiller cinq fois aux sons des douces mélopées susurrées par vos merveilleux voisins, faire deux heures de queue pour une douche froide dans une cabine sombre remplie de trucs que tu n’oses même pas imaginés. Et puis, l’ampoule a grillé.

Les plus fortunés pourront sinon réserver une chambre d'hôtel, avec 40 collègues pour économiser les frais, située bien sûr à deux heures de navette des concerts.

Les groupes

Généralement ils sont contents d’être là. Enfin c'est ce qu'ils disent. Ceux qui ont relus leur biographies préciseront qu'ils sont déjà venus et que c'est un vrai plaisir de revenir. Les plus affables nous gratifieront d'un commentaire sur la météo et deux trois petites blagues bien senties. Les plus loquaces nous affirmeront sans sourciller qu'on est un public super et même qu'on est beau. 

C'est quand même pour eux, pour les plus célèbres d'entre eux en tout cas, que cette masse s'est déplacée, et levée tôt. Ainsi cette même masse pourra annoncer fièrement à sa myriade de connaissances qu'ils les ont vus. C’est un peu le même principe social qu’une bibliothèque. Avoir vu Nirvana aux Transmusicales doit avoir une valeur sociale plus ou moins équivalente que posséder une première édition de la Pléiade.

Camera Obscura à la route du Rock. FlickR_cc_ephoz

Donc le festivalier pourra s'enorgueilleur de dire qu'il a vu Radiohead, enfin  bon oui sur un grand écran … sur un parking... et y avait un gros cornichon chevelu qui cachait Jonny Greenwood … avec pleins de gens sentant la bière et la saucisse.

En toute honnêteté, je me demande bien pourquoi les gens font des festivals. Sur ce je vous quitte, je dois prendre l’avion pour le Primavera Sound.

Photo d'accueil FlickR_cc_Simononly

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